• La Goutte d'Or est un quartier relativement enclavé, ceinturé par les boulevards Barbès et de la Chapelle, les voies de chemin de fer du Nord et la rue Ordener. Sa topographie actuelle est l'héritage d'une urbanisation privée menée durant la première moitié du XIXème siècle. La commune de La Chapelle Saint-Denis, dont dépendait la Goutte d'Or jusqu'à l'annexion des communes faubouriennes en 1860, et ensuite la ville de Paris ont cherché à désenclaver ce territoire urbain en perçant de nouvelles voies. Cette ambition municipale a toutefois été bien modeste et beaucoup des projets de voies nouvelles n'ont jamais vu le jour. La carte ci-dessous liste les voies projetées mais jamais réalisées sur le territoire de la Goutte d'Or. Parmi les projets avortés, nous nous intéressons ici à un projet inachevé, le prolongement de la rue Ernestine.

     

       

     

    Une voie privée

    La rue Ernestine commence au 44 rue Doudeauville et finit au 25 rue Ordener. C'est une petite artère de 215 mètres de long et 10 mètres de largeur, elle est orientée dans un axe Sud-Nord. Percée vers 1840 entre la rue Doudeauville et la rue Marcadet sur une initiative privée, elle porterait le prénom de l'épouse d'un ancien propriétaire selon la version officielle, d'autres sources parlent du prénom de sa fille, mais aucun document ne vient attester ces différentes assertions. Elle devient ensuite une voie publique de La Chapelle Saint-Denis (en ?). En 1860, elle intègre le territoire parisien avec l'annexion des communes suburbaines. Elle est prolongée de quelques mètres au Nord, entre la rue Marcadet et la rue Ordener, lors du percement de cette dernière en 1868.

     

     rue Ernestine
    Rue Ernestine, début du XXème siècle 

    (Cliquer sur les images pour agrandir) 

     

    En route vers le Sud

    Dans les années 1860, dans la continuité des travaux de transformation urbaine du baron Haussmann, des nouvelles voies sont projetées dans le quartier de la Goutte d'Or. Ainsi, l'église Saint-Bernard nouvellement édifiée (1858-1861) est pensée comme le centre d'un plan en étoile comme le montre la carte ci-dessous. En plus de désenclaver le quartier, ce plan en étoile permet d'ouvrir des perspectives monumentales sur l'église Saint-Bernard.

     

    1851-1868
    Plan levé de 1851 à 1868

     

    Plan Sagansan 1866
    Plan Sagansan, 1866

     

    On peut y voir la projection d'une rue Ernestine allant du boulevard de la Chapelle, au début de la rue de Chartres, jusqu'à la rue Ordener en passant par l'axe tracé par le transept de l'église Saint-Bernard. Deux tronçons, celui entre la rue de Jessaint et la rue Saint-Bruno (alors rue de Valence) et celui entre la rue Saint-Mathieu et la rue Cavé, sont d'ors et déjà ouverts à l'occasion de l'aménagement des abords de l'église Saint-Bernard en 1868 (création des rues Saint-Luc et Saint-Mathieu et prolongement de la rue de Valence qui devient la rue Saint-Bruno). Il reste quatre tronçons à percer pour que le projet aille à son terme : entre le Boulevard de la Chapelle et la rue de Jessaint, entre la rue Cavé et la rue Myrha (alors rue de Constantine), entre la rue Myrha et la rue Laghouat et entre la rue Laghouat et la rue Doudeauville.

    rue Ernestine

     

    Trois rues en une

    Un arrêté préfectoral du 20 juillet 1868 attribue le nom de rue Ernestine aux deux parties nouvellement ouvertes. Mais cette dénomination est bien peu pratique : la rue Ernestine commence rue de Jessaint, elle est barrée par l'église Saint-Bernard au bout de 74 mètres, ensuite la deuxième partie s'arrête rue Cavé au bout de 42 mètres, et enfin, il faut faire un grand détour en empruntant pas moins de trois rues pour rejoindre la dernière partie de la rue Ernestine partiellement prolongée. Voilà qui est problématique pour qui cherche une adresse dans cette artère. On renomme alors la première partie "rue Ernestine prolongée", mais cette légère modification ne résout pas les problèmes engendrés par cette rue en pointillés. En 1874, il est finalement décidé de renommer les deux tronçons encore très éloignés de leur but. Le premier, au Sud de l'église Saint-Bernard, prend le nom de rue Pierre l'Ermite et le deuxième, au Nord de l'église, celui de rue Saint-Jérome (Arrêté du 19 décembre 1874).

     

    Arrêté 1874
    Extrait de l'arrêté du 19 décembre 1874

     

    Rue Pierre l'Ermite
    Rue Pierre l'Ermite 

     

    Rue Saint Jérome
    Rue Saint Jérome

     

    Un prolongement sans fin

    Malgré ces nouveaux baptêmes le projet n'est pas abandonné. En 1883, les terrains et habitations situés entre la rue Cavé et la rue Doudeauville sont frappés de droit de préemption par la ville de Paris en vue du prolongement de la rue Ernestine, mais pour autant point de percement en vue. Et pourtant la population de la Goutte d'Or souhaite voir aboutir ce fameux prolongement, pour cela elle adresse à la municipalité plusieurs pétitions pour réclamer la mise en oeuvre du projet en 1885, 1887, 1891, 1892, 1896, 1899 et 1900. On passe le projet en commission, on étudie dans les services, la préfecture donne son avis, mais rien ne se concrétise. 

     

    1882Plan Andriveau et Goujon, 1882

     

    La décision du prolongement de la rue Stephenson, parallèle à la rue Ernestine, jusqu'au boulevard de la Chapelle va mettre un frein au projet. En effet, avec le percement de ce qui deviendra la rue de Tombouctou dans le prolongement de la rue Stephenson, celui de la rue Ernestine devient moins urgent. Il faudra donc attendre encore pour qu'il se réalise. 

    En 1903 le conseil municipal classe le prolongement de la rue Ernestine entre la rue Cavé et la rue Myrha comme opération "2ème urgence" et provisionne à cet effet la somme de 306.000 Frs. Mais rien ne vient, le rue Ernestine ne se prolonge toujours pas. Cependant, ce prolongement apparaît encore sur les plans du quartier, parfois comme rue projetée, parfois comme une voie déjà ouverte. C'est sur une carte de 1928 que la rue Ernestine prolongée est tracée pour la dernière fois. Comme on peut s'en rendre compte aujourd'hui, le projet fut définitivement abandonné, mais les rue Saint-Jérome et Pierre l'Ermite restent les témoins de cette tentative d'ouvrir une artère centrale Sud-Nord dans la quartier de la Goutte d'Or.

     

    1911Plan Baedeker, 1911

     

    1928
    Plan Leconte, 1928

     

    Sauvée!

    Le prolongement inachevé de la rue Ernestine a toutefois permis de sauver une des dernières constructions du quartier datant de sa première urbanisation, entre 1830 et 1845. En effet, la maison sise au 14 rue Cavé, face à la rue Saint-Jérome, a été très longtemps promise à la destruction pour permettre le passage de la rue Ernestine, et fait qu'aucune construction d'envergure n'a été envisagée pour remplacer cette maison comme ce fut le cas pour de nombreuses constructions modestes de ce type de cette époque. Aussi, lorsque le projet fut définitivement abandonné, le 14 rue Cavé resta sur pied et il l'est toujours. 

     

    14 rue Cavé14 rue cavé, janvier 2014

     

     

    Et pourquoi pas jusqu'à la rue Mouffetard ? 

    Les élections françaises connaissent une tradition de candidatures farfelues depuis le XIXème siècle. La Goutte d'Or a eu elle aussi son candidat fantaisiste au début du XXème siècle. Il s'agit de Fénelon Hégo, tapissier-matelassier et décorateur-inventeur de son état. Il se présenta aux suffrages de ses concitoyens en 1902 et en 1906.

    Fénelon Hégo
    Fénelon Hégo et son équipe de campagne, carte postale 1906

     

    Pour les législatives de 1902, il se présenta à la députation pour le représenter le quartier de la Goutte d'Or (3ème circonscription du XVIIIème arrondissement). Le programme de Fénelon Hégo aligne de bien belles propositions, citons notamment:

    - Impôt sur le revenu, impôt de terre et impôt de fer ; ceux ne possédant rien seront exonérés

    - Réforme de l'Ortografe, suppression de l'Académie et des grands dictionnaires pour faire place

    - Interdiction à tout citoyen d'avoir plus de trois maisons dans la même rue. Ceux qui en possèdent un nombre supérieur seront tenus à les mettre gratuitement à la disposition des prolétaires

    Mais parmi toutes ses propositions, il est en une qui retient notre attention, celle de prolonger la rue Ernestine jusqu'à... la rue Mouffetard (soit une rue d'environs 6 kilomètres!). Gageons que notre insolite politicien trouva là une bonne occasion de moquer le projet sans fin de prolongement de la rue Ernestine jusqu'au boulevard de la Chapelle, projet qui resta dans les cartons une cinquantaine d'années.

    Ne récoltant que 70 voix, Fénelon Hégo ne fut pas élu député et la rue Ernestine n'a jamais rejoint la rue Mouffetard, pas plus que le boulevard de la Chapelle.

     

    rue Ernestine
    Rue Ernestine, vers 1900

     

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  • Après le pont Jean-François Lépine et le pont Saint-Ange, nous continuons à nous interesser aux ponts de la Goutte d'Or avec le pont de Jessaint. Encadré par les deux ponts précédemment cités, et comme sont nom l'indique, ce pont routier est situé sur la rue de Jesssaint et enjambe les voies de chemin de fer qui partent de la gare du Nord toute proche.

     

    le pont de Jessaint
    Le pont de Jessaint, vue sur le côté Sud (Mai 2015)  

    (Cliquer sur les images pour agrandir) 

     

    Les ponts de la Goutte d'Or

     

     

    Naissance d'un pont

    Les ponts prennent souvent le nom de la voie qu'ils supportent, le pont de Jessaint qui soutient la rue éponyme est de ceux-là. La rue de jessaint est ouverte en 1829 en même temps que la rue de la Goutte d'Or qui la prolonge. Ces deux rues suivent peu ou prou la voie d'abord nommée "Chemin de traverse de celui des Poissonniers (rue des Poissonniers) au faubourg de Gloire (rue Marx Dormoy et rue de la Chapelle)" et ensuite "Chemin neuf du Chemin des Poissonniers à la Chaussée Saint-Denis", alors sur la commune de la Chapelle Saint-Denis. Quand on viabilise ce chemin, on en fait deux rues, la première prend celui du sous-préfet de Saint-Denis d'alors, Adrien-Sébastien de Jessaint (1788-1850) et la seconde prend le nom du lieu-dit de la Goutte d'Or qu'elle dessert. Précisons ici que la Goutte d'Or n'est alors qu'un petit hameau au croisement des rues de la Goutte d'Or et des Poissonniers, le territoire qui correspond au quartier actuel de la Goutte d'Or est connu à l'époque comme la Butte des Couronnes, puis Butte des Cinq Moulins. Nous reviendrons plus avant sur les origines du nom du quartier dans un article à venir.

    La rue de Jessaint a connu plusieurs transformations au cours du temps. Elle perd, par exemple, ses huit premiers numéros au moment de la création de la place de la Chapelle en 1860, mais c'est l'arrivée du chemin de fer du Nord qui va lui faire subir le plus de transformation, presque la moitié de la longueur de la rue se trouvant dorénavant supportée par le pont du même nom.

     

    Un pont qui grandit

    Un des premiers élargissements les plus conséquents a lieu en 1894, suite à l'intensification du trafic en gare du Nord, dont la création de la ligne de la Petite Ceinture en 1893 qui a considérablement augmenté la circulation ferroviaire de la Gare du Nord. Précisons que la petite Ceinture n'était pas une simple boucle autours de Paris, mais incluait notamment la Gare du Nord dans son parcours (voir carte ci-dessous).

     

    La petite ceinture
    "Plan général du chemin de fer de ceinture de paris"

     

    L'évolution du pont de Jessaint et de ses alentours se lit clairement à travers les différentes cartes reproduites ci-dessous. Des deux voies de chemins de fer d'origine mises en fonction en 1846, on est arrivé aujourd'hui à un complexe ferroviaire de grande ampleur. Ces élargissements, grignotant peu à peu les immeubles riverains, allongèrent d'autant le pont de Jessaint, qui a pratiquement triplé sa longueur depuis son origine et s'est élevé de plusieurs mètres.

     

    1750
    1750 

     

    cadastre 1846
    1846

     

     cadastre 1896
    1896

     

     plan Loyer 1970
    1970

     

       Les ponts de la Goutte d'Or : 3. le pont de Jessaint
    1980

     

     2014
    2014

     

    La fin d'un îlot

    Tout au long de la tranchée des chemins de fer du Nord, de la Gare du Nord aux fortifications (remplacées depuis par le périphérique), le bâti a donc cédé la place au ballast. Et parmi ces bâtiments remarquons un petit îlot qui faisait face au square de Jessaint et qui a laissé place depuis les années 1970 aux voies du RER.

     

    rue de Jessaint - place de Jessaint
    Vue sur le coté Est de la place de la Chapelle (vers 1910), le pont de Jessaint est hors-champs à droite. 

     

     Les ponts de la Goutte d'Or : 3. le pont de Jessaint
    Vue sur le pont de Jessaint à l'angle de la rue de Tombouctou
    Extrait du journal Regards, N°159 du 28 janvier 1937 

     

    rue de Jessaint
    Vue sur le pont de Jessaint prise depuis la rue de Jessaint (vers 1900),
    les immeubles au deuxième plan ont aujourd'hui disparus 

      

    Suite à tous ces élargissements, reconstructions et autres surélévations, on peut se demander ce qu'il reste du pont d'origine, a réponse est rapide et tient en un mot : rien. En effet toutes ce transformations ont été telles qu'au gré du temps piliers, maçonnerie, voirie et grilles ont été  peu à peu entièrement remplacés par de nouveaux éléments.

     

    Déraillements

    La concentration de voies de chemin de fer à cet endroit -le faisceau de voies qui sort de la Gare du Nord est le plus dense et complexe d'Europe- rend le lieu fortement accidentogène. Depuis sa construction, le pont de Jessaint a connu plusieurs accidents de trains sous son tablier. Mais ici les accidents qui se sont succédés n'ont jamais été des catastrophes ferroviaires majeures comme en ont connu les autres ponts voisins. Petite revue de presse sélective des accidents ferroviaires du pont de Jessaint:

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 3. le pont de Jessaint
    Extrait de La Presse du 7 novembre 1883

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 3. le pont de Jessaint
    Extrait de Gil Blas du 14 décembre 1892

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 3. le pont de Jessaint
    Extrait du Radical du 24 mai 1904

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 3. le pont de Jessaint
    Extrait de Gil Blas du 29 mai 1908

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 3. le pont de Jessaint
    Extrait de l'Ouest-Éclair du 1er Janvier 1924 

     

    Par dessus bord

    Et si comme tous les ponts ferroviaires, le pont de Jessaint a connu bon nombre d'accidents, il fût également le théâtre de plusieurs suicides. Le plus marquant de ces gestes désespérés est celui de Victor Ramard, alors président de l'Union des fonctionnaires. Comme le relate l'extrait du Figaro du 2 novembre 1937 (ci-dessous), cette tentative spectaculaire se solda par un échec. En effet, après avoir sauté du pont de Jessaint, le malheureux se releva pour se jeter sous un train qui ne lui ôta pas la vie mais lui sectionna le bras droit.

     

    Le Figaro
    Extrait du Figaro, 2 novembre 1937 

     

    Figure communiste de la première moitié du XXe siècle, Victor Ramard parvint à mener à bien son funeste projet deux ans plus tard en octobre 1939, il était âgé de quarante deux ans.

     

    V Ramard 1937
    Victor Ramard en 1933 

      

    Le pont des arts

    Le pont de Jessaint n'est certes pas un ouvrage d'art remarquable mais il donne lieu quand même à des expressions artistiques, notamment avec la proximité de l'immeuble en "proue de navire" du 2 rue Stephenson qui lui donne le caractère qu'il n'a pas. Finissons donc notre visite avec un petit tour des représentations artistiques liées au pont de Jessaint.

     

    le pont de Jessaint
    Le pont de Jessaint, in : "Les minutes parisiennes. 9, 6 heures du matin : La Chapelle, par Désiré Louis", illustrations de Gaston Prunier, gravées sur bois par T.-J. Beltrand et Dété, 1904. 

     

    Les biens aimés

    Chiara Mastroiani empruntant le pont de Jessaint, extrait du film "Les biens aimés" (2011) de Christophe Honoré

     

    le pont de Jessaint
     "Le Pont de Jessaint sous la neige" (2013) par Calderoneddie

      

    le pont de Jessaint 
     Le pont de jessaint coté rue Stephenson (Avril 2015) croqué par Philourama

      

    Street art
    Petite installation artistique sur le pont de Jessaint (Mai 2015)

     

    Il se dit que le pont de Jessaint pourrait bien se transformer dans un avenir proche à la faveur du projet de réhabilitation du boulevard de la Chapelle, une affaire à suivre...

     

     

     

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  • Les fans de Stanley Kubrick (The Shining) savent bien qu'il ne faut pas construire sur un ancien cimetière, au risque de réveiller de vieux démons. Mais les édiles parisiens n'en n'ont cure, et ce n'est pas moins de trois écoles qui furent édifiées sur un ancien cimetière. 

     

    j'ai peur 
    "J'ai peur", installation artistique de Claude Levêque, École Pierre Budin

    (Cliquer sur les images pour agrandir)

     

    N'ayez pas peur, prenez votre cartable, nous allons faire un tour au cimetière de la Goutte d'Or.

     

    Les quatre cimetières

    En effet, dans la quartier de la Goutte d'Or était établit un cimetière, sis au 29 rue Marcadet. C'était là le troisième de la commune de la Chapelle Saint-Denis.

    Le premier cimetière de cette commune dont dépendait la Goutte d'Or avant l'annexion à Paris en 1860, était situé devant l'église Saint-Denys de la Chapelle, sur l'actuelle rue de la Chapelle. Le deuxième fût ouvert en 1704 et se trouvait derrière l'église Saint-Denys de la Chapelle, sur ce qui est aujourd'hui le carrefour formé par les rues de Torcy, de l'Evangile et de l'Olive. 

    Ouvert en 1803 ou 1804, le cimetière Marcadet est d'abord de petite dimension, se limitant à 6 ares et 40 centiares. La commune connait alors un essor démographique considérable, la population passe de 800 habitants en 1800 à 3500 habitants en 1826, date à laquelle la population du village envois une pétition au Ministre de l'Intérieur pour demander un agrandissement de la nécropole. On agrandit donc le cimetière Marcadet en 1828 pour le porter à une surface totale de 41 ares et 11 centiares.

      

    1846 
    Le cimetière Marcadet sur le plan cadastral de 1846

     

    Situé entre la rue Marcadet au Nord, la d'Oran au Sud et la rue des Poissonniers à l'Ouest, le cimetière Marcadet arrive vite à saturation et est rapidement entouré de constructions nouvelles. Rapelons que depuis 1808, les cimetières doivent être implantés en dehors des agglomérations. Il est fermé en 1849 au profit du quatrième cimetière de la Chapelle Saint-Denis construit au Nord du village, au-delà de l'enceinte de Thiers, les "fortifs". Ce cimetière méconnu, à présent parisien, existe toujours, caché derrière le périphérique Porte de la Chapelle. On visitera avec intérêt le site Cimetières de France pour en savoir un plus sur cette nécropole nommée cimetière de la Chapelle, ou encore sur l'excellent blog Paris-Bise-Art

    Après 1860, une trentaine de concessions sont transférées au cimetière de la Chapelle. Le cimetière Marcadet est peu à peu délaissé et envahi par la végétation, offrant à cet endroit une petite parenthèse bucolique dans un quartier alors fortement industrialisé. 


    Sous l'école, le cimetière…      

    Dans l'Assommoir, Zola remet en service ce cimetière pour les besoins de son roman et y enterrer maman Coupeau: "Heureusement, le cimetière n'était pas loin, le petit cimetière de La Chapelle, un bout de jardin qui s'ouvrait sur la rue Marcadet".

     

    L'Assommoir

       

    Mais malgré sa fermeture en 1849, le petit cimetière Marcadet est ouvert de nouveau durant la guerre Franco-prussienne et la Commune de Paris, faute de pouvoir procéder à des inhumations dans les cimetières parisiens hors les murs durant cette période. Ainsi, du 10 septembre 1870 au 19 juin 1871, ce n'est pas moins de 2811 corps, notamment de Communards, qui ont étés enterrés là. 

     

    Sous l'école, le cimetière… "Le vieux cimetière de la rue Marcadet", dessin de M. Giradon, Le Monde Illustré, 6 novembre 1886

     

    Le cimetière Marcadet est définitivement fermé par un arrêté du 18 juillet 1878. Les neuf concessions restantes du cimetière furent transférées au quatrième cimetière de la Chapelle.

     

    La Croix Cottin, raptée par Montmartre 

    Au milieu du cimetière Marcadet était dressée une croix de pierre, la Croix Cottin. La famille Cottin est une des plus anciennes familles de propriétaires de Montmartre et de la Chapelle Saint-Denis ; c'est de cette famille que vient le nom du passage Cottin sis sur le versant oriental de la Butte Montmartre.

     

    1886

    La Croix Cottin dans le cimetière Marcadet abandonné (1886)

     

    Cette croix en pierre a été initialement érigée en 1763 dans le deuxième cimetière de la Chapelle Saint-Denis. À la fermeture de ce dernier, on l'installât dans le cimetière Marcadet. C'est à un certain Philippe Cottin que l'on doit cette croix, comme l'indique l'inscription gravée au pied de la croix (voir ci-dessous).

     

    Croix Cottin

    Philippe Cottin était marguillier de la paroisse de la Chapelle Saint-Denis. Il mourut un an après avoir érigé la croix, en 1764. Un marguillier était une sorte de sacristain, il était notamment chargé d'administrer les registres des pauvres de sa paroisse ; c'est également lui qui portait la croix durant les processions. Marguillier était une charge et non pas un métier.

    Trônant au milieu d'un cimetière fantôme dont elle était une des dernières traces, la Croix Cottin avait traversé le temps sans dommage. En 1886, la Société d'Histoire et d'Archéologie "Le Vieux Montmartre", qui s'était attribué le territoire de l'ancienne commune de la Chapelle Saint-Denis comme zone d'action depuis l'annexion à Paris, s'enquit du devenir de la Croix Cottin. 

    Une délégation se rendit sur place en grande pompe pour décider du sort de la croix. On immortalisa la visite comme en témoigne le cliché pris à cette occasion (ci-dessous) qui nous montre la délégation toute de gibus coiffée, posant jusqu'au ridicule autours de la dite croix. 

     

    1886

     Les membres de la Société d'Histoire et d'Archéologie
    "Le Vieux Montmartre" préparant leur forfait devant le Croix Cottin

     

    Les sociétaires obtinrent des autorités municipales la conservation du monument. Ils décidèrent de transférer la Croix Cottin sur le parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Ce qui fût fait en 1887. Lucien Lombeau, auteur érudit d'une série d'ouvrages de référence consacrée aux communes annexées à Paris en 1860, déplora cette confiscation d'un vestige du village de la Chapelle Saint-Denis. Lombeau préconisa qu'on la déplaça au quatrième cimetière de la Chapelle Saint-Denis, arguant qu'elle fût initialement dressée pour un cimetière et que Montmartre n'était pas sa patrie.

    Mais le savant ne fût pas entendu et depuis la Croix Cottin est toujours sur le parvis de Saint-Pierre de Montmartre, voyant défiler des hordes de touristes indifférents à cette relique de pierre. Mais pardonnons à la Société d'Histoire et d'Archéologie "Le Vieux Montmartre" qui a eut au moins le mérite d'avoir sauvé un des rares vestiges du 18e siècle de la Chapelle Saint-Denis.

     

    La Croix Cottin en exil
    La Croix Cottin sur le parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre

      

    Mortelle l'école!

    L'endroit libéré de ses tombes et de la Croix Cottin, Le Conseil municipal de Paris prend la décision de construire un groupe scolaire sur les terrains de l'ancien cimetière Marcadet. Cette nouvelle affection du terrain est votée lors de la séance du 25 juillet 1888, le coût de l'opération est estimée à la somme de 517545 francs de l'époque (équivalent à un peu plus d'un million d'euros).

    C'est donc sur le cimetière Marcadet que sont installées les trois établissements scolaires actuels:

    - École maternelle Marcadet, 29 rue Marcadet

    - École élémentaire publique Pierre Budin, 5 rue Pierre Budin

    - Ecole élémentaire publique d'Oran, 18 rue d'Oran

     

    29 rue Marcadet 
    29 rue Marcadet, entrée du cimetière de l'école maternelle Marcadet

           

    En 1890, la petite impasse du Cimetière, qui commence face au 51 rue des Poissonniers et butte contre le coté ouest du cimetière, prend le nom d'impasse d'Oran, en référence à la rue éponyme toute proche. On efface là les souvenirs du cimetière disparu. En 1906, l'impasse d'Oran est prolongée jusqu'à la rue Léon, elle-même nouvellement prolongée jusqu'à la rue Marcadet. En 1912 elle est nommée rue Pierre Budin en hommage au professeur de médecine spécialisé dans la petite enfance. La rue partage alors en deux le groupe scolaire, de nouveaux bâtiments sont construits, notamment l'école Pierre Budin.

     

    Rue Pierre Budin
    Rue Pierre Budin

     

    Malgré les nombreuses transformations opérées sur ces établissements scolaires, si l'on regarde l'ensemble formé par les trois écoles sur un plan, on retrouve quasiment le tracé de l'ancien cimetière de la Chapelle Saint-Denis. La configuration actuelle de ces écoles vient donc du tracé d'un cimetière ouvert deux siècles plus tôt.

     
    Sous l'école, le cimetière…  Sous l'école, le cimetière…
    Plan des écoles construites sur le cimetière Marcadet

     

    Préalablement, l'endroit a été dûment débarrassé des restes de ses anciens hôtes, donc cela devrait éviter aux jeunes élèves de la Goutte d'Or de croiser quelques âmes en peine. Pas si sûr… 

     

    Le retour des trépassés

    Lors de travaux pour améliorer les plantations dans la cour de l'école des filles de la rue Pierre Budin (actuelle école élémentaire Pierre Budin), conduits en août 1924, les ouvriers firent une macabre découverte. En creusant des tranchées, les ouvriers mirent à jour une grande quantité d'ossements. On compris alors que les corps ensevelis en 1870-1871 avaient été oubliés et étaient restés sur place. On exhuma ce que l'on pu et les restes furent envoyés à l'ossuaire municipal.

    En septembre 1934, d'autres travaux, coté Marcadet, donnent encore lieu à de sinistres découvertes. Les os mis à jour étaient cette fois en petite quantité. L'ensemble des restes fût enterré dans une boite en bois à l'endroit où on les trouva, soit dans la cour de l'école!

    On se rendit alors à l'évidence, l'ensemble des sols du groupe scolaire était truffé de squelettes de Communards et autres morts restés là quelques décennies plus tôt. Ils y sont toujours.

     

     

     

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  • Le quartier de la Goutte d'Or s'est développé au XIXe siècle autours de petites et moyennes industries. On a gardé le souvenir des usines Pauwel ou Cavé. Mais on ignore souvent que parmi ces industries, une activité a été particulièrement florissante, celle de la fabrique d'instruments de musique, et plus particulièrement la facture de pianos.

     

    A. Bord

     
    (Cliquer sur les images pour agrandir)

     

    Mais ne nous y trompons pas, si beaucoup de fabriques, essentiellement des ateliers d'assemblage et de finition, étaient situées dans le quartier, on n'y vendait que peu d'instruments. En effet, la Goutte d'Or n'était alors pas un secteur commercial, mais plutôt industriel. Aussi, la plupart des sociétés disposaient ici de leur usine ou de leurs ateliers, alors que leur point de vente et/ou de location se situaient plus au centre de Paris, le plus souvent dans le 9e arrondissement où se concentrait ce type de commerce. Assurément, la clientèle ayant les moyens d'investir dans un piano ne se serait pas aventurée à aller à la Goutte d'Or. Les ouvriers des manufactures, eux, y vivaient.

     

    Philippi

      

    Pleyel est un des premiers à s'installer dans les environs au début du XIXe siècle, dans la rue des Portes Blanches**, la production se délocalisera ensuite à Saint-Denis. Le carrefour Pleyel gardant le souvenir de ce facteur célèbre disparu en 2013. À sa suite, toute un cohorte d'ateliers de pianos va se développer dans le quartier. D'ailleurs, beaucoup de ces entreprises sont créées par d'anciens facteurs ayant exercé chez Pleyel.

     

    Pleyel

    Les ateliers Pleyel rue des Portes Blanches en 1828

     

    La rue des Poissonniers était l'axe central de cette production, concentrant tout au long de son parcours de nombreux facteurs de pianos. La plus remarquable de ces manufactures est sans conteste la société A. Bord au 52 rue des Poissonniers, qui fût un des premiers fabricants au monde de pianos, sa production totale se comptant en dizaines de milliers d'unités, plus encore que des marques connues comme Pleyel ou Gaveau. On trouvera une intéressante histoire de cette manufacture de pianos par ici.

     

    Rue des Poissonniers A. Bord

    La rue des Poissonniers vers 1900. On aperçoit l'entrée de la manufacture A. Bord sur la droite.

    L'immeuble de rapport qui le jouxte, à sa gauche sur la photo, a été construit par la société de facteurs Bénard, Champ & Cie en 1900.

     

    A. Bord

     Magasin A. Bord, 14 bis boulevard Poissonnière

     

    A. Bord

     

    A. Bord

      

    Dans ce secteur d'activité alors très concurrentiel, les raisons sociales évoluent très vite. Certaines sociétés sont difficiles à cerner tant les associations changent au fil du temps, comme les sociétés formées par les facteurs Ansel, Benard, Champ, Hanel, Rameau, Schreck et Yot que l'on retrouve associées dans différentes combinaisons et à différentes adresses. Ces sociétés se regrouperont sous le label de Société des facteurs de pianos de Paris, une forme de coopérative ouvrière de travail. Mais dès la fin du XIXe siècle  le nombre de manufactures diminue rapidement. Néanmoins, l'activité perdure jusqu'avant la Première Guerre mondiale, avec des ateliers comme Bénard, Champ & Cie ou A. Bord qui résiste et continue son activité ici jusqu'en 1913, en plus de son usine de Saint-Ouen.

     

    Corbéel

     

    Il faudrait un blog totalement dédié pour retracer précisément l'histoire de ces facteurs d'instruments de musique ainsi que celle de leurs fournisseurs. Aussi nous nous limitons ici à lister ces manufactures (voir carte et tableau plus bas) et de reproduire quelques illustrations. Il serait intéressant qu'un travail de recherche approfondi sur ce sujet soit mené et ainsi conserver la mémoire de cette histoire ouvrière locale. D'autant que les transformations urbaines de la fin du XIXe et au début du XXe siècle ont effacé les traces de ces fabriques. Seule subsiste la façade des ateliers d'Adolphe Sax, datant de 1910 et modifiée en 1949 par les établissements Selmer, au 84 rue Myrha, pour témoigner des manufactures instrumentales du quartier. 

     

    Sax

      

    Selmer 84 rue Myrha 1949

    Établissement Selmer, 84 rue Myrha, en 1949 après surélévation de deux étages de l'immeuble de Sax. La maison Selmer a fermé son unité de fabrication de la rue Myrha en 1981

     

    84 rue Myrha

    84 rue Myrha, août 2015

     

    Selmer 1978

    Guy Le Querrec, "Manufacture de Fabrication de Trompettes SELMER.Rue Myrha, Paris.Septembre 1978", Agence Magnum

     

    Barbe et Cie

    Maison Barbe et Cie, 36 rue de la Goutte d'Or

     

    Une fois n'est pas coutume, nous débordons du quartier de la Goutte d'Or afin de mieux rendre compte de la concentration de cette activité dans ce secteur, à la frontière des communes de Montmartre et La Chapelle Saint-Denis jusqu'en 1860, et séparation des quartiers administratifs de Clignancourt et de la Goutte d'Or depuis.

     

    Localisations des productions d'instruments de musique dans le secteur de la Goutte d'Or 

     

    Le tableau ci-dessous regroupe l'ensemble des facteurs d'instruments de musique et fabricants de pièces et mécaniques pour instruments de musique sis dans le quartier de la Goutte d'Or et aux alentours immédiats.

     

     NomAdresse de production
    Adresse de vente
    ActivitéDate*

     Angenscheidt

    Angenscheidt

     10 rue des Gardes

    (correspondrait au 20 rue des Gardes, adresse disparue)

     105 faubourg Saint-Denis  Piano  1850-1862
     Association ouvrière "Instruments de musique"

     37 rue des Poissonniers**

       Syndicat  1840-1850

     Ballagny

     (F.)

     3 rue des Gardes    Piano  ?-1922

     Barbe et Cie

     (Armand Barbe)

    Barbe et Cie

     36 rue de la Goutte d'Or    Manufacture générale d'instruments de musique ?-?

     Benard Champ & Cie

    Benard Champ & Cie

     54 rue des Poissonniers

    (coopérative ouvrière)

       Piano  1913

     Bord A.

     (Antoine Guillaume)

    A. Bord

     64 puis 52 rue des Poissonniers  14 bis boulevard Poissonnière  Piano  1863-1913

     Carembat

     (Paul Louis Philibert)

     12 rue des Poissonniers

    (adresse disparue avec le percement de la rue Richomme)

       Piano "finisseur"  ?-1877

     Champ Rameau

    Champ Rameau

     54 rue des Poissonniers    Piano 1878-1913

     Corbéel

     (Jules Henri)

     12 rue de la Goutte d'Or     Fabrique de claviers pour orgues et pianos  1828-1884
     Coutillac & Cie  41 rue des Poissonniers**    Piano  1868-1876

     Dauer

     (Charles)

    Dauer

     31 rue Doudeauville      ?-1881

     Duval

     (Émile)

     4 rue Dejean**    fabricant de "tendeurs pour chanterelles"  

     Fabre

     (Gabriel)

    Fabre

     

     32 boulevard Barbès**    Édition musicale et réparation d'instruments  1896-1910

     Gervex

     (Félix)

    Gervex

    Gervex

     49 puis 23 rue des Poissonniers**

    (père du peintre Henri Gervex)

     34 rue Richer

     4 rue de Montholon

     Piano

     1854-1864(?)

     1878-1895

     Gohin

    D'ébène et d'ivoire

     14 rue des Poissonniers puis 85 rue Myrha**

       Cuivres

     1863-19??

     Hanel Ansel & Cie

    Hanel Ansel & Cie

     54 rue des Poissonniers

       Piano

     1873-1884

     Hanel Benard & Cie

    Hanel Benard & Cie

     54 rue des Poissonniers

     rue Lafayette  Piano

     1888-1897

     Heppenheimer

     (Augustin Louis)

     48 rue Marcadet**, puis 58 rue des Poissonniers, puis 35 rue Doudeauville

    (représentant syndical des facteurs d'orgues et de pianos, conseiller prudhommal, conseiller municipal de Paris et conseiller général pour le quartier de la Goutte d'Or)

       Piano

     ?-?

     ?-?

     ?-1908

     

     Herman-Vygen

     père et fils

    Herman Vygen

     10 rue des Gardes

    (correspondrait au 20 rue des Gardes, adresse disparue)

     53 rue Notre-Dame-de-Nazareth

     41 rue du faubourg Saint-denis

     Piano et accordeur de piano  1851-1858

     Heywang

    (Georges Gustave Adolphe)

     20 rue Marcadet

    (adresse disparue avec le prolongement de la rue Léon)

       Piano  1862-1865

     Pauch

     (Jean-Frédéric-Paul)

     4 rue des Cinq Moulins

    (auj. 8 rue Stephenson)

    15 rue des Martyrs  Piano  ?-1857 

     Philippi Frères

    Philippi Frères

     2 rue Dejean***

    (auj. 80 rue Doudeauville)**

     6 rue Lafitte  Piano  1864-1889

     Pleyel

    Pleyel

     rue des Portes Blanches** (ateliers)  22-24 rue Rochechouart /rue Richelieu  Piano  1828
     Polinat Coqueval  18 rue d'Alger (auj. rue Affre)    Fournitures métalliques (clefs, cordes, charnières...) pour pianos et orgues   1858

     Pourtier

     (L.)

     63 boulevard Barbès    Consoles et appliques pour pianos  1889-1893

     Radenez & Cie

    (Charles Joseph)

    Radenez

     40 rue Polonceau  8 rue Richelieu  Piano  1851-1870

     Sax

     (Alphonse)

    Sax

     84 rue Myrha**

     50 rue Saint-Georges

     Cuivres

     Piano

     1910-1929

     Scholtus

     (Pierre)

    Scholtus

     10 rue des Gardes

    ( auj. correspondrait au 20 rue des Gardes, adresse disparue = square Léon)

     1 rue Bleue

     9 rue Cadet

     Piano  1848-1858

     Schwander

    (Jean)

     8 rue des Cinq Moulins (auj. 16 rue Stephenson)

    puis rue de l'Évangile

       Mécaniques pour pianos  1857-1863

     Selmer

     (Henri)

    Selmer

     84 rue Myrha**

     (Henri Selmer rachète l'entreprise et la marque A. Sax en 1929. La maison Selmer est toujours en actvité)

     4 place Dancourt

     (auj. place Charles Dullin)

     Cuivres 1929-1981

     Yot Hanel & Cie

    Yot Hanel & Cie

     54 rue des Poissonniers

       Piano 1875-1876

     Yot Schreck & Cie, Société des facteurs de pianos de Paris

    Yot Schreck & Cie

     34 puis 66 rue des Poissonniers (coopérative ouvrière)  15 place de la Bourse  Piano  1849 -1876

     

    * Les dates indiquées correspondent à la période attestée à l'adresse indiquée, elles ne rendent pas nécessairement compte de la durée réelle de l’existence de l'entreprise.

    ** La rue des Poissonniers était la frontière entre les communes de Montmartre et La Chapelle avant leur annexion à Paris en 1860. Les numéros impair de la rue des Poissonniers, ainsi que les adresses sises à l'Ouest de cette frontière, se trouvent sur la commune de Montmartre jusqu'en 1860, après ils font parties administrativement du quartier de Clignancourt.

    *** La rue Dejean à Montmartre était la portion de l'actuelle rue Doudeauville entre la rue des Poissonniers et la rue de Clignancourt. Après l'annexion à Paris, cette voie a été absorbée par la rue Doudeauville et la rue Neuve Dejean pris le nom de rue Dejean, celle que nous connaissons aujourd'hui entre la rue des Poissonniers et la rue Poulet.

      

     

    A. Bord

     

     

     

     

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  • À deux pas du 28 rue Affre, un joli immeuble d'habitation se dresse au 36 rue Cavé, face au square Léon. Sur son fronton, on peut toujours lire "MONT-DE-PIÉTÉ" et plus haut "LIBERTÉ-ÉGALITÉ-FRATERNITÉ". Ancien nom du Crédit Municipal, autrement connu comme "Chez ma tante" ou "au clou", le Mont-de-Piété était un office public de prêt sur gage (ce service existe toujours au Crédit Municipal). Le Mont-de-Piété de Paris dont nous connaissons le siège historique rue des Francs-Bourgeois, avait ouvert ici son "Bureau auxiliaire Y".

     

    36 rue Cavé
    36 rue Cavé, 2014

    (Cliquer sur les images pour agrandir)

     

    Gervaise…

    La coutume locale veut que ce charmant petit immeuble fût celui évoqué par Zola dans L'Assommoir, dont l'action se déroule dans la Goutte d'Or. En effet, dans son roman, Zola envoie Gervaise ou la mère Coupeau au Mont-de-Piété y gager le peu de valeurs de la famille. 

     

    "Ca tournait à la dégringolade lente, le nez davantage dans la crotte chaque semaine, avec des hauts et des bas cependant, des soirs où l'on se frottait le ventre devant le buffet vide, et d'autres où l'on mangeait du veau à crever. On ne voyait plus que maman Coupeau sur les trottoirs, cachant des paquets sous son tablier, allant d'un pas de promenade au Mont−de−Piété de la rue Polonceau. Elle arrondissait le dos, avait la mine confite et gourmande d'une dévote qui va a la messe; car elle ne detestait pas ca, les tripotages d'argent l'amusaient, ce bibelotage de marchande à la toilette chatouillait ses passions de vieille commère  Les employés de la rue Polonceau la connaissaient bien; ils l'appelaient la mère “ Quatre francs “, parce qu'elle demandait toujours quatre francs, quand ils en offraient trois, sur ses paquets gros comme deux sous de beurre. Gervaise aurait bazarde la maison; elle était prise de la rage du clou, elle se serait tondu la tête, si on avait voulu lui prêter sur ses cheveux. C'était trop commode, on ne pouvait pas s'empêcher d'aller chercher là de la monnaie, lorsqu'on attendait après un pain de quatre livres. Tout le saint−frusquin y passait, le linge, les habits, jusqu'aux outils et aux meubles. Dans les commencements, elle profitait des bonnes semaines, pour dégager  quitte a rengager la semaine suivante. Puis, elle se moqua de ses affaires, les laissa perdre, vendit les reconnaissances."

    (Émile Zola, L'Assommoir. Extrait)

     

    S'il évoque à plusieurs reprise le Mont-de-Piété dans son roman, Zola ne le localise qu'une fois, ce n'est pas rue Cavé mais rue Polonceau. Alors, l'auteur se serait trompé de rue dans son travail préparatoire dont les notes nous sont parvenues ?

     

    Plan Zola
    Esquisse de plan, travail préparatoire pour l'Assommoir d'Émile Zola

     

    Répondons d'emblée par la négative. Zola n'a pas pu mal situer le bureau de la rue Cavé pour la bonne et simple raison qu'il n'existait pas quand l'Assommoir a été édité. En effet, le roman a été initialement publié en feuilleton en 1876, alors que la construction de l'immeuble du 36 rue cavé (architecte Belot) a été décidée et commencée en 1888, le Bureau auxiliaire Y du Mont-de-Piété y a été transféré en 1890.

    Auparavant, et depuis juin 1882, cette annexe de Chez ma tante se situait ni rue Cavé ni rue Polonceau, mais au 21 rue Stephenson (occupé actuellement par le bar Le Mistral Gagnant, l'immeuble date de 1879). Et encore avant, quand Zola rédigeait l'Assommoir, le Bureau auxiliaire Y se situait au 37 rue de la Chapelle (aujourd'hui 37 rue Marx Dormoy, l'immeuble actuel date de 1898). 

     

    21 Stephenson

    21 rue Stephenson vers 1900

     

    Zola a tout simplement inventé l'adresse rue Polonceau, comme de très nombreux éléments du roman. Car, faut-il le rappeler, Émile Zola était romancier, et même s'il s'assurait de rendre le plus réel et crédible possible ses histoires, elles n'en demeurent pas moins de la fiction.

     

    Mere Coupeau au Clou
    "La mère Coupeau au Mont-de-Piété", E. Zola, Oeuvres complètes illustrées de Émile Zola ; 1-20. Les Rougon-Macquart : histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire. L'assommoir, 1906, p. 289

     

    Des clous à la chaine…

    Pour l'anecdote, on peut trouver à Paris des immeubles jumeaux à celui de la rue Cavé, dessinés par le même architecte. Le premier se situe au 13 rue de l'Equerre (19e arrondissement), la mention "Mont-de-Piété" y a été effacée. Un autre immeuble identique a été construit au 9 bis rue Bellot (19e arrondissement) mais la façade est légèrement plus étroite que les autres. Et enfin, on peut trouver un immeuble d'angle au 26 rue des Volontaires/196 rue de Vaugirard (15e arrondissement), toujours dessiné sur le même modèle, mais qui a été surélevé depuis par une extension sans grâce qui écrase le petit édifice d'origine en lui faisant perdre toute son élégance initiale. 

    Ces petits immeubles sont les reliquats d'un temps où le Mont-de-Piété essaimait ses succursales et ses bureaux auxiliaires à travers les quartiers populaires parisiens, quartiers où les fins de mois étaient bien difficiles à boucler, comme ceux de Gervaise à la Goutte d'Or.

     

     

     

     

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  • Dans un précédent article,"Miracle de la Science au 28 rue Affre", nous avons appris qu'une supposée aveugle miraculée avait habité au 28 rue Affre. En effet, à travers plusieurs publicités, apparaît une dénommée "Mme Vanse" domiciliée précisément au 28, ces publicités la domicilient aussi au 11 impasse d'Oran. 

     

    Un aveugle qui voit clairLe Littoral, 2 avril 1909

    (Cliquer sur les images pour agrandir)

     

    Jusque là, aucun élément ne venait confirmer l'existence de Mme Vanse, dont il était permis de douter. Et pour cause, car le nom de Mme Vanse est mal orthographié (parfois, elle est nommée mme Vausse); dans les nombreuses publicités la donnant en exemple, il manque un S au nom de Mme Vansse. Une fois cet obstacle surmonté, il n'est plus question d'absence de trace de l'aveugle miraculée dans les archives. Bien au contraire, on a accès à une abondance de documents la concernant, une fois n'est pas coutume. Une fois saisi ce fil ténu, c'est toute une pelote que l'on peut dérouler, et ainsi retracer assez précisément le parcours de Pauline Lepetit épouse Vansse, puisque c'est ainsi que se nomme notre aveugle qui voit clair.

     

    Pauline Lepetit

    Pauline Louise Alexandrine Lepetit est née le 1er avril 1859 à Paris, dans l'ancien 10e arrondissement (qui recouvre approximativement l'actuel 7e arrondissement). L'imprécision autours de sa naissance tient à un évènement particulier de l'histoire de Paris : La Commune en 1871. En effet, les incendies de l'Hôtel de Ville de Paris en mai 1871 entrainent la destruction d'une grande partie des archives de Paris ainsi que des communes annexées en 1860. Les registres paroissiaux du XVIe siècle à 1792 et les registres d'état civil de 1793 à 1859 disparaissent alors dans leur quasi totalité. On procède alors à la reconstitution des archives de l'État Civil, mais cette reconstitutions est très imprécise et incomplète ; décidée en 1872, elle est arrêtée en 1897 faute de crédit. Seul un tiers  de l'état-civil est finalement reconstitué, ce qui rend difficile les recherches portant sur cette période.

    Hôtel de Ville
    Façade de l'Hôtel de Ville incendié durant La Commune

     

    Que cette naissance dans un quartier considéré aujourd'hui comme particulièrement "chic" ne nous trompe pas, Pauline Lepetit est issue d'un milieu modeste. À sa naissance, son père âgé de quarante-cinq ans, Pierre Marie Amédée Lepetit, est  un ouvrier typographe et sa mère âgée de trente et un ans, Charlotte Joséphine Guentleur, est sans profession. Malgré des parents lettrés, Pauline restera illettrée jusqu'à la fin de sa vie. Peut-être est-ce dû à ses problèmes de vue. En 1867, la famille Lepetit habite au 10 rue Copreaux dans le quinzième arrondissement (les adresses citées se retrouvent dans la carte en fin d'article) quand naît Étienne, le petit frère de Pauline, le 18 décembre. Trois ans plus tard, La famille a encore déménagé pour la rue des Ciseaux dans le sixième arrondissement de Paris lorsque Pierre Lepetit décède le 29 avril 1870.

     

    Charlotte Guentleur
    Signature de Charlotte Guentleur

     

    Charlotte Guentleur épouse Lepetit devient blanchisseuse pour nourrir ses deux enfants. En 1875, la famille Lepetit habite le 64 rue de la Pompe dans le seizième de Paris. Pauline n'a pas encore seize ans quand elle fait la connaissance d'Ambroise Vansse son futur mari.

     

    Ambroise Vansse

    Ambroise Marie Vansse est né le 23 mars 1853 au 19 rue de Saint-Cloud à Ville d'Avray, Seine et Oise (aujourd'hui Hauts-de-Seine). Fils d'un ouvrier menuisier, Jean-Marie Vansse, Ambroise perd sa maman, Jeanne Ferrière âgée de trente-sept ans, le 24 novembre 1853. Il n'est alors âgé que de huit mois lors du décès de sa mère. Plus tard il déménage avec son père à Boulogne (aujourd'hui Boulogne-Billancourt) dans la Seine (aujourd'hui Hauts-de-Seine). Devenu adulte, Ambroise Vansse est "homme de peine" et habite seul au 22 rue Desaix dans le quinzième arrondissement de Paris. Il rencontre Pauline Lepetit qui demeure de l'autre coté de la Seine. Leur mariage est programmé le 11 février 1875 à la Mairie du seizième arrondissement. Les bans sont publiés, l'acte de mariage est pré-rempli, mais les futurs époux ne se présentent pas à la mairie le jour de leur mariage. Ce mariage est donc annulé. On ne connait pas le motif de cette annulation. 

     

    Ambroise Vansse
    Signature d'Ambroise Vansse

     

    Ambroise et Pauline ne sont pas mariés mais emménagent tout de même ensemble à Boulogne, au 24 rue des Menus. Ambroise Vansse est ouvrier blanchisseur et sa "concubine" Pauline Lepetit est journalière. Charlotte Guentleur veuve Lepetit, la mère de Pauline, et Étienne son petit frère déménagent de la rue de la Pompe et se rapprochent du nouveau domicile de Pauline en allant s'installer au 99 rue Boileau, toujours dans le seizième arrondissement. Le non-mariage des Vansse-Lepetit est consommé et le 18 octobre 1875, Désirée Louise Vansse, "enfant illégitime", voit le jour. Très vite Pauline est à nouveau enceinte. Malheureusement la vie va vite s'assombrir, la petite Désirée a une santé fragile et  décède à l'âge de trois mois et demi, le 5 février 1876.

     

    La famille Vansse

    Le couple décide de régulariser leur situation maritale. Une nouvelle date de mariage est fixée, cette fois-ci c'est la bonne. Le 21 mars 1876, Ambroise Vansse et Pauline Lepetit s'unissent à la mairie de Boulogne. Le couple déménage au 17 rue Saint-Denis à Boulogne. Le 28 juin 1876, Pauline Vansse donne naissance à Eugènie Étiennette. La petite famille Vansse change encore de domicile et retrouve une adresse parisienne, 45 rue Virginie (auj. rue Gutenberg) dans le quinzième arrondissement. C'est sans doute Étienne Bergeotte, artiste dramatique, qui a été témoin à leur mariage et habite au 21 rue Virginie, qui les aide à trouver ce logement. Le 14 juillet 1880, la famille Vansse s'agrandit avec la venue au monde de Joseph André. De son coté, Charlotte Guentleur veuve Lepetit et son fils Étienne vont s'installer au 3 route de Vaugirard, dans la commune de Bas-de-Meudon, Seine (auj. Meudon, Hauts-de-Seine).

    En 1883, si l'on en croit les publicités de l'Oculiste américain, Pauline Vansse se voit délivrer un certificat de cécité "par le médecin en chef de l'Hospice National des Quinze-Vingt". Depuis 1880, les Quinze-Vingt ont ouvert un dispensaire pour soigner "ceux des malvoyants dont la vue n’était pas définitivement compromise". Petite gens sans le sou, les Vansse n'ont certainement pas pu s'offrir les services réguliers de l'hôpital et ont donc du s'adresser au dispensaire pour les indigents. Voilà qui relativise le handicap de Pauline Vansse et donc le "miracle" sensé la guérir ; Pauline était surement malvoyante, sa "vue n’était pas définitivement compromise", elle n'était donc pas totalement aveugle comme le prétendront les publicités de l'Oculiste américain.

     

    Quinze-Vingt
    "Quinze Vingt", dessin d'Hubert Clerget, 1890 (via Gallica)

     

    Cette même année 1883, un nouveau malheur vient frapper Pauline Vansse, avec la mort de sa mère. Charlotte Guentleur veuve Lepetit a fini son existence comme chanteuse ambulante, le métier de ceux qui n'ont plus que leur voix pour survivre. Malade, elle s'éteint à l'hôpital Saint-Antoine (Paris 12e) le 19 juin 1883 à l'âge de cinquante-quatre ans. Le jeune frère de Pauline, Étienne n'a que quinze ans à la mort de leur mère, il part vivre avec sa soeur et sa famille qui ouvrent leur porte au jeune orphelin. Quelques mois plus tard, en février 1884, Pauline et Ambroise Vansse sont à nouveau parents avec l'arrivée du petit Louis.

    Par la suite les époux Vansse, leurs enfants, Eugènie, Joseph et Louis, et Étienne Lepetit quittent le Sud de Paris pour le dix-huitième arrondissement. La famille s'installe dans une rue habitée principalement par des chiffonniers, au 11 rue Angélique Compoint, une voie privée dans le quartier de la Cité Malbet. La Cité Malbet, plus tard renommé quartier de la Moskowa, est un petit quartier ouvrier miséreux coincé entre la rue Leibniz et la tranchée voie de chemin de fer de la Petite Ceinture (qu'on couvrait alors, voir la photo ci-dessous) d'un coté et le boulevard Ney de l'autre. La Moskowa est alors un labyrinthe de ruelles et d'impasses aux constructions modestes, sis à deux pas des "fortifs" et de la "Zone". Habitat précaire tenu par des marchands de sommeil et totalement délaissé par les pouvoirs publics durant tout le vingtième siècle -il est déclaré insalubre déjà en 1937!- ce quartier a été presque complètement rasé lors de sa "réhabilitation" commencée en 1992. Comme un très (trop) grand nombre de quartiers ouvriers parisiens du dix-neuvième siècle, ce secteur a subit une reconfiguration pour le moins brutale, sans que les protestations des habitants n'y changent rien. Et quand on détruit tout un pan du fragile  patrimoine de l'habitat ouvrier faubourien, c'est aussi la mémoire de vies modestes qu'on efface. Des vies comme celles de la famille Vansse.

     

    La petite Ceinture
    Travaux de couverture de la tranchée de la Petite Ceinture, 23 octobre 1888 (via Gallica). La Cité Malbet est juste derrière la palissade à gauche. Les Vansse qui habitaient là à cette époque ont connu ces travaux.

     

    Le sort s'acharne

    Une fois encore, la mort frappe la famille, le petit Joseph Vansse décède le 14 février 1885. La famille change à nouveau d'adresse, cette fois le déménagement est court, les Vansse passent du numéro 11 au numéro 2 de la rue Angélique Compoint. Une année passe et les époux Vansse sont à nouveau parents. Le 16 mars 1886, Louise Eugénie voit le jour. Mais le sort semble décidément s'acharner, et encore un an plus tard, le 19 mai 1887, c'est au tour de Louis de décéder à l'âge de trois ans et quatre mois. Quinze jours après, le 3 juin  1887, Louise s'éteint à son tour. La vie et la mort se succèdent dans la famille dans un cycle infernal. Encore un an passe et la famille Vansse accueille Émile Louis, qui voit le jour le 2 juillet 1888. Ambroise Vansse exerce le métier de maçon pour nourrir sa famille, mais le travail n'est pas régulier et il offre également ses services comme journalier. Visiblement, l'argent manque dans le foyer.

    La famille déménage encore et quitte le 2 rue Angélique Compoint et les Vansse emménagent au 226 rue Marcadet, toujours dans le 18e arrondissement. Mais cette fois, Étienne Lepetit, le jeune frère de Pauline, ne les accompagne pas, il reste rue Angélique Compoint. Le changement de domicile des Vansse n'est pas vraiment un progrès. En effet, à cette nouvelle adresse s'étend la cité Lévêque, une série de braquements miséreux de chiffonniers, comme en témoigne un article du journal Gil Blas du 30 juillet 1892. Ce n'est pas du Zola… c'est pire encore :

    Cité Lévêque

     

    Pour le coup, voilà un habitat dont on ne regrette pas du tout la disparition (L'îlot a été rasé et reconstruit vers 1910-15).  C'est dans cette triste cité Lévêque que Pauline Vansse va mettre au monde  Gabriel Louis dans une fin d'hiver glaciale, le 28 février 1890. Mais la famille Vansse va sortir de ce que nous nommerions aujourd'hui un bidonville. Toujours dans la précarité, les Vansse et leurs trois enfants vont trouver refuge à l'Oeuvre de la Bouchée de Pain, un asile de nuit pour indigents sis au 148 rue Championnet. La vie n'y est pas simple pour Ambroise et Pauline Vansse, la structure accueille séparément les hommes d'un coté et les femmes avec leurs enfants de l'autre. En outre des dortoirs de nuit, et comme son nom l'indique, l'Oeuvre de la Bouchée de Pain dispose ici d'un fournil, d'un réfectoire pour la distribution du pain ainsi que deux comptoirs de vente de pain "par épargne" (système d'auto-financement) pour les nécessiteux. Mais cet environnement ne change guère le triste destin des Vansse qui voient ici mourir encore un de leurs enfants, le dernier-né Gabriel Louis le 5 janvier 1891. Et comme le destin familiale est décidément cyclique, alternant naissances et décès, un nouvel enfant voit le jour. Il s'agit de Félicie Étiennette, née le 9 septembre 1891.

     

    Le XIXe Siècle
    Extrait du XIXe Siècle, 10 juin 1886

     

    Le temps passe un peu et la famille Vansse semble reprendre pied. Un nouveau déménagement et tout le monde se retrouve au 4 bis rue Leibnitz (à présent on écrit Leibniz en français, le T est resté pour le nom de la rue), à deux pas de la rue Angélique Compoint quittée quelques années auparavant. À cette adresse se retrouvent Ambroise et Pauline Vansse et leurs enfants ainsi qu'Étienne Lepetit qui est à présent en couple avec Marie Caron, mais également Benoît Le Corre, futur gendre des Vansse. L'année 1893 va voir la famille s'agrandir plus encore. 

     

    Grand-mère à trente-quatre ans

    Jeune mère, Pauline Vansse est grand-mère à trente-quatre ans lorsque sa fille ainée, Eugènie devient parent à l'âge de seize ans avec Benoît Le Corre, son voisin d'immeuble.

    Benoît Le Corre est un "enfant naturel", fils de Marie-Anne Le Corre, une lavandière. Il est né le 21 mars 1867 à Lannion dans le Côtes du Nord (aujourd'hui Côtes d'Armor). Comme bon nombre de provinciaux pauvres, il va tenter sa chance à Paris. C'est ainsi qu'il travaille dans le dix-huitième arrondissement de Paris comme garçon boucher. À l'âge de vingt-cinq ans, il rencontre la jeune Eugènie Vansse avec laquelle ils deviennent parents d'un petit Benoît Paul Le Corre, qui naît le 25 mai 1893. Le jeune couple n'est pas marié et on songe à régulariser la situation.

    Dans le même immeuble vit également Clémentine Caron, une jeune blanchisseuse âgée de dix-sept ans. Marie Clémentine Caron est née le 3 janvier 1876 au 47 bis route de la Révolte à Clichy dans le département de la Seine (aujourd'hui boulevard Victor-Hugo Clichy, Hauts-de-Seine). Elle est la fille de François Caron et Azélie Rondeau, tous deux journaliers. Alors qu'elle est encore mineure, ses parents consentent à son mariage avec Étienne Lepetit qui est célébré le 5 août 1893 en la mairie du dix-huitième. Immédiatement après leur mariage, Étienne et Clémentine Lepetit partent s'installer tout près de là, au 9 rue Angélique Compoint. Mais ce petit exil n'est que temporaire et bientôt le couple retrouve un appartement au 4 bis rue Leibnitz et ainsi renouer avec le petit clan familial.

     

    Lepetit/CaronSignatures d'Étienne Lepetit et de Marie Clémentine Caron

     

    Le 26 de ce même mois d'août 1893, c'est au tour d'Eugènie Vansse et Benoît Le Corre de se marier. On en profite pour légitimer leur enfant né trois mois plus tôt.

     

    Naissance, décès, naissance, décès…

    Pauline Vansse, à présent grand-mère, est à nouveau enceinte. Elle accouche de Clémentine Pauline le 16 janvier 1894. Jeune grand-mère et jeune maman, Pauline Vansse endosse le nouveau statut de jeune tante en mai 1894. En effet, le 30 mai 1894, Étienne et Clémentine Lepetit deviennent parents du petit Paul, leur premier enfant. Quelques mois passent encore et Ambroise et Pauline Vansse se retrouvent grand-parents pour la deuxième fois. Leur fille ainée Eugènie et son époux Benoît Le Corre sont les parents d'Étienne Clément, né le 31 octobre 1894. Une année s'écoule et Paul, le fils d'Étienne et Clémentine Lepetit, décède le 8 septembre 1895. Clémentine Lepetit est alors enceinte, Pauline Vansse également.

    La vie des Vansse va un peu s'améliorer alors qu'Ambroise devient cantonnier à la ville de Paris. Benoît Le Corre est alors cordonnier et sa femme Eugènie est blanchisseuse ; Étienne Lepetit et son épouse sont tous deux journaliers. Le clan familiale se sépare alors, les Lepetit restant rue Leibnitz, alors que les Vansse et les Le Corre vont s'installer non loin de là au 33 rue Calmels (adresse aujourd'hui disparue), toujours dans le 18e arrondissement. Le 2 mars 1896, Pauline Vansse met au monde une autre garçon : Georges Eugène. Mais moins de trois semaines plus tard, le 18 mars 1896, le sort continue son oeuvre sinistre, et c'est au tour de la petite Clémentine Pauline, âgée de deux ans, de quitter prématurément la vie. Le 4 avril suivant, une nouvelle naissance s'annonce dans la famille Lepetit avec la venue de Jean Antoine. Toujours la même année, le 23 septembre, vient au monde le petit Victor Émilien Le Corre. Mais il décède moins d'un an plus tard le 14 juillet 1897. L'année suivante, le 26 février 1898, c'est la petite Elisabeth Albertine qui voit le jour chez les Vansse.

    Étienne Lepetit, alors devenu lui aussi cantonnier de la ville de Paris, et sa famille quittent la rue Leibnitz pour s'installer dans la Goutte d'Or, au 61 rue Myrha. C'est ici que le 18 mai 1898, nait Paul Étienne Lepetit. Benoît et Eugénie Le Corre vont s'installer au 37 rue Balagny (aujourd'hui rue Guy Môquet) dans le dix-septième arrondissement. Ambroise et Pauline Vansse se rapprochent des Lepetit en déménageant pour le 11 impasse d'Oran (aujourd'hui rue Pierre Budin) dans la Goutte d'Or. Si le clan des Vansse-Lepetit-Le Corre s'est éloigné, pour autant on y est toujours aussi proche. On peut le constater sur les actes de naissance ou de décès de la famille où l'on retrouve presque systématiquement un membre de la famille qui signe comme témoin. À l'époque c'est généralement des voisins proches qui sont témoins en pareil cas, pas la famille. D'ailleurs, quand Étiennette Le Corre accouche d'Henri Eugène le 26 juin 1899 chez une sage-femme, Virginie Brice, qui exerce au 61 rue des Cloÿs, sa mère Pauline Vansse est présente. Notons que le recours aux services payants d'une sage-femme est un indice d'amélioration de la situation matérielle de la famille. Pauline Vansse est signalée comme témoin sur l'acte de naissance de son petit-fils, mais elle ne signe pas car "ne le sachant pas" comme le rappelle l'acte de naissance. On avait supposé plus haut que l'analphabétisme de Pauline Vansse était lié à ses problèmes de vue. Mais bientôt, c'est la presse, à travers une publicité, qui va nous apprendre que Pauline Vansse à "miraculeusement" recouvré la vue.

     

    Le truc de l'oculiste américain

    Le journal Le Temps , dans son édition du 31 mars 1900, publie une publicité sous forme de témoignage d'un certain Docteur Henri Thil (aucune trace de docteur dans les archives) qui fait l'éloge d'un mystérieux oculiste américain et de son remède miracle à base de plantes. On y découvre le témoignage de Pauline Vanse (sic) qui affirme avoir retrouvé la vue alors qu'elle était aveugle depuis vingt ans. Nous l'avons montré plus haut, Pauline Lepetit épouse Vansse était certainement mal-voyante mais pas non-voyante. La publicité certifie qu'elle était atteinte d'une "cécité complète et incurable". Signalons également que Pauline Vansse n'est jamais signalée comme sans-emploi sur tous  les actes d'état-civil ou elle apparaît, mais comme blanchisseuse ou journalière. On ne peut imaginer une blanchisseuse aveugle et par conséquent, cette publicité en devient bien suspecte. Mais quel est donc cet oculiste américain si célèbre qu'on n'en cite même pas le nom, alors qu'on précise moult détails sur les témoins ? Que cache cette stratégie publicitaire qui s'appuie sur un témoignage très certainement rémunéré ?

     

    Le Temps 31 mars 1900
    Extrait du journal Le Temps, 31 mars 1900

     

    La même publicité parait dans plusieurs quotidiens parisiens (Le Figaro, Le Gaulois…)dans la même semaine, puis la campagne publicitaire s'arrête brusquement. On la retrouvera plus tard, plus ou moins actualisée, à Nice ou à Montpellier. C'est en octobre 1912 en Catalogne, qu'on retrouve la campagne publicitaire pour le remède de l'oculiste américain pour la dernière fois. Pauline Vansse y est toujours citée comme miraculée, mais cette fois domiciliée au 28 rue Affre, alors qu'elle n'y habitait plus depuis plusieurs années comme nous le verrons plus bas. 

     

    Veu de Catalunya
    Publicité parue dans le journal Veu de Catalunya (Barcelone) du 31 octobre 1912

     

    C'est grâce au docteur Cosse, Secrétaire général du Syndicat général des Oculistes français, que l'on va comprendre "ce que l'on appelle le truc de l'oculiste américain". Dans son ouvrage Prévention de la Cécité (1909), le docteur Cosse dénonce et explique le système qui est à l'oeuvre, comme on peut le lire dans l'extrait ci-dessous :

     

    Prévention de la cécité
    Extrait du livre Prévention de la Cécité, par le Dr Cosse, 1909

     

    À n'en pas douter, Pauline Vansse a donc bien reçu une compensation financière pour l'utilisation de son nom, et pas qu'une fois, son adresse ayant été actualisée au gré du temps. Mais miracle ou pas, la vie de la famille continue son chemin.

     

    28 rue Affre

    En 1900, Étienne Lepetit et sa famille déménagent du 61 rue Myrha pour s'installer tout près de là au 28 rue Affre. À cette adresse c'est un modeste habitat ouvrier faubourien qui ressemble aux précédentes résidences de la famille. C'est aussi un des seuls immeubles encore existant parmi les nombreuses adresses de la famille Vansse, ce qui permet de mesurer l'ampleur de la disparition de l'habitat faubourien parisien. En habitant là, Étienne Lepetit reste proche de sa soeur Pauline Vansse.

     

    Rue Myrha
    Rue Myrha au débouché de la rue Affre vers 1900

     

    Le 21 juillet 1900, Pauline et Ambroise Vansse deviennent parents pour la dernière fois avec l'arrivée de Marie Émilie. Le 8 octobre suivant, c'est au tour de Valentine Lepetit de naître. Avec ces naissances c'est la fin heureuse d'un cycle infernal pour cette famille, il n'y aura plus de mort en bas âge. Le cycle des naissances a pris fin, mais celui des déménagements n'est pas fini. Et si jusque là nous avons pu suivre la vie de cette famille principalement à travers l'état-civil, dorénavant c'est avec les aides sociales octroyées par la ville de Paris que nous pouvons continuer cette exploration biographique. En effet, les familles Vansse et Lepetit vivent toujours une situation financière précaire et sollicitent régulièrement des aides à la Ville de Paris.

    Vers 1902, Ambroise et Pauline Vansse et leurs enfants quittent le 11 impasse d'Oran, promis à la destruction pour permettre le percement de la rue Pierre Budin (ouverte en 1906) et retrouvent Étienne Lepetit et sa famille au 28 rue Affre. Mais la famille Vansse déménage à nouveau, toujours dans la Goutte d'or. Cette fois elle s'établit au 19 rue Léon. Ambroise Vansse perçoit une aide le 14 janvier 1904 à cette adresse.

     

    Rue Laghouat
    Vue sur la rue Laghouat depuis la rue Stephenson, en fond on aperçoit le 19 rue Léon

      

    Le 20 juillet 1905 une aide est versée au cantonnier Vansse, il apparaît sur le Bulletin Officiel de la Ville de Paris que la famille a encore changé de domicile et s'est installée au 34 rue de la Goutte d'Or. Quelques année plus tard, en juillet 1908, on retrouve la famille Vansse au 53 rue des Poissonniers.

     

    53 rue des Poissonniers
    53 rue des Poissonniers (mai 2015)

     

    Le 23 janvier 1910, ils habitent toujours à la même adresse. Le 26 août 1911, Félicie âgée de dix-neuf ans, se marie avec Marius Edouard Ronart à la mairie du quinzième arrondissement de Paris. Sans doute pour se rapprocher de leur fille Félicie, les Vansse quittent le dix-huitième arrondissement pour s'installer dans le quatorzième arrondissement. Une autre aide attribuée le 23 décembre 1911, on voit que la famille Vansse loge à présent dans le quatorzième arrondissement, au 6 rue du Château (adresse aujourd'hui disparue). 

     

    34 rue de la Goutte d'Or
    34 rue de la Goutte d'Or vers 1910 (deuxième immeuble en partant de la droite) 

     

    En 1911, Étienne Lepetit a quitté le 28 rue Affre et est domicilié au 121 rue Championnet. À l'âge de quarante-quatre ans, il se voit octroyer une aide au titre d'ancien cantonnier le 31 janvier 1911. Rien n'indique la raison de cet interruption de carrière prématurée. Toujours est-il que le mariage d'Étienne Lepetit et de Clémentine Caron bat de l'aile. Le divorce est prononcé le 13 février 1912. C'est ici que l'on perd la trace d'Étienne Lepetit. Clémentine Caron se remariera avec un dénommé Léopold Debrussels le 9 mai 1925 à Saint-Ouen dans la Seine (aujourd'hui Seine Saint-Denis).

    Le couple Vansse va également connaître son terme durant le premier semestre 1912 avec le décès d'Ambroise Vansse à l'âge de cinquante-neuf ans. Le 1er juillet 1912, une aide de est attribuée à la veuve Vansse, toujours domiciliée au 6 rue du Château. En 1914, le 25 avril, Émile Vansse se marie avec Albertine Germond à la mairie du dix-huitième arrondissement. Ensuite Pauline Lepetit veuve Vansse retourne dans le dix-huitième arrondissement, pour le 19 cité Traeger. En mai 1916, on retrouve Pauline Vansse au 105 rue Championnet. Ensuite elle va quitter Paris pour la province. Le 1er août 1918, une aide est versée à Pauline Vansse domiciliée au 5 place des Récollets à Montargis dans le Loiret, sans doute chez un de ses enfants. C'est là la dernière trace de Pauline Lepetit veuve Vansse, cette aveugle qui vit clair.

     

    Descendance 

    Pour ne pas quitter cette famille si brusquement, nous finirons avec le devenir des enfants, ceux qui ont eu la chance d'échapper au funeste destin qui frappa durement la famille de Pauline Lepetit-Vansse. Rappelons-le, Pauline Lepetit et Ambroise Vansse ont eu onze enfants dont cinq sont décédés en bas-âge.

    Nous avons vu qu'Eugènie et Félicie s'étaient mariées, il en est de même pour leurs frères et soeurs. Veuf ou divorcé (?), Émile Vansse se remarie le 31 août 1935 avec Blanche Kurtz ; il mène une carrière de cantonnier, comme son père, et s'engage dans le militantisme et la représentation syndicale. Il finira sa carrière à la Ville de Paris comme contrôleur technique de première classe. Georges Vansse épouse Marie Joséphine Louchart le 31 décembre 1919 à la mairie du dix-huitième. Ensemble ils auront cinq enfants, ce qui vaudra à Marie Louchart épouse Vansse de recevoir la médaille de bronze de  la Famille française le 24 février 1932. Georges décède à l'âge de soixante-et-onze ans, le 6 septembre 1967 dans le septième arrondissement. Élisabeth Vansse se marie avec Charles Eugène Brune le 31 décembre 1932 à Bry-sur-Marne. Devenue veuve, elle épouse en secondes noces Louis Jean Alphonse Duveau à Nogent-sur-Marne le 14 mars 1939. Elle meurt à l'âge de soixante-huit ans dans le douzième arrondissement de Paris, le 30 décembre 1966. Quant à Marie Vansse, elle épouse Louis Valentin Kriégel le 6 mars 1920 à la mairie du dix-neuvième. Elle décède le 9 novembre 1968 à Caen dans le Calvados.

    Paul Lepetit épouse Augustine Louise Collin le 10 mai 1924 à la mairie du dix-huitième. On constate son décès le 7 août 1970 à son domicile, toujours dans le dix-huitième arrondissement, il semble que la mort soit survenue plusieurs jours plus tôt. Valentine Lepetit va également se marier à la mairie du dix-huitième avec Victor Félix Angel Vaucelle le 30 mai 1929. Elle meurt le 20 août 1963 à Montmorency dans la Seine-et-Oise (aujourd'hui Val-D'Oise). Et pour finir, Étienne Le Corre, petit-fils de Pauline l'aveugle miraculée, sa vie s'arrête à l'âge de soixante-quinze ans, le 21 janvier 1970 dans le village d'Avosnes dans la Côte d'Or.

    Ainsi s'achève cette saga faubourienne qui passa par le 28 rue Affre et qui nous a permis de suivre une famille indigente mais, visiblement, pour le moins soudée dans l'épreuve. La misère est sans doute moins pénible en famille.

     

     

     Les adresses de la famille Lepetit-Vansse


    Afficher Trajectoire des Vansse sur une carte plus grande

     

     

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