• Les fans de Stanley Kubrick (The Shining) savent bien qu'il ne faut pas construire sur un ancien cimetière, au risque de réveiller de vieux démons. Mais les édiles parisiens n'en n'ont cure, et ce n'est pas moins de trois écoles qui furent édifiées sur un ancien cimetière. 

     

    j'ai peur 
    "J'ai peur", installation artistique de Claude Levêque, École Pierre Budin

    (Cliquer sur les images pour agrandir)

     

    N'ayez pas peur, prenez votre cartable, nous allons faire un tour au cimetière de la Goutte d'Or.

     

    Les quatre cimetières

    En effet, dans la quartier de la Goutte d'Or était établit un cimetière, sis au 29 rue Marcadet. C'était là le troisième de la commune de la Chapelle Saint-Denis.

    Le premier cimetière de cette commune dont dépendait la Goutte d'Or avant l'annexion à Paris en 1860, était situé devant l'église Saint-Denys de la Chapelle, sur l'actuelle rue de la Chapelle. Le deuxième fût ouvert en 1704 et se trouvait derrière l'église Saint-Denys de la Chapelle, sur ce qui est aujourd'hui le carrefour formé par les rues de Torcy, de l'Evangile et de l'Olive. 

    Ouvert en 1803 ou 1804, le cimetière Marcadet est d'abord de petite dimension, se limitant à 6 ares et 40 centiares. La commune connait alors un essor démographique considérable, la population passe de 800 habitants en 1800 à 3500 habitants en 1826, date à laquelle la population du village envois une pétition au Ministre de l'Intérieur pour demander un agrandissement de la nécropole. On agrandit donc le cimetière Marcadet en 1828 pour le porter à une surface totale de 41 ares et 11 centiares.

      

    1846 
    Le cimetière Marcadet sur le plan cadastral de 1846

     

    Situé entre la rue Marcadet au Nord, la d'Oran au Sud et la rue des Poissonniers à l'Ouest, le cimetière Marcadet arrive vite à saturation et est rapidement entouré de constructions nouvelles. Rapelons que depuis 1808, les cimetières doivent être implantés en dehors des agglomérations. Il est fermé en 1849 au profit du quatrième cimetière de la Chapelle Saint-Denis construit au Nord du village, au-delà de l'enceinte de Thiers, les "fortifs". Ce cimetière méconnu, à présent parisien, existe toujours, caché derrière le périphérique Porte de la Chapelle. On visitera avec intérêt le site Cimetières de France pour en savoir un plus sur cette nécropole nommée cimetière de la Chapelle, ou encore sur l'excellent blog Paris-Bise-Art

    Après 1860, une trentaine de concessions sont transférées au cimetière de la Chapelle. Le cimetière Marcadet est peu à peu délaissé et envahi par la végétation, offrant à cet endroit une petite parenthèse bucolique dans un quartier alors fortement industrialisé. 


    Sous l'école, le cimetière…      

    Dans l'Assommoir, Zola remet en service ce cimetière pour les besoins de son roman et y enterrer maman Coupeau: "Heureusement, le cimetière n'était pas loin, le petit cimetière de La Chapelle, un bout de jardin qui s'ouvrait sur la rue Marcadet".

     

    L'Assommoir

       

    Mais malgré sa fermeture en 1849, le petit cimetière Marcadet est ouvert de nouveau durant la guerre Franco-prussienne et la Commune de Paris, faute de pouvoir procéder à des inhumations dans les cimetières parisiens hors les murs durant cette période. Ainsi, du 10 septembre 1870 au 19 juin 1871, ce n'est pas moins de 2811 corps, notamment de Communards, qui ont étés enterrés là. 

     

    Sous l'école, le cimetière… "Le vieux cimetière de la rue Marcadet", dessin de M. Giradon, Le Monde Illustré, 6 novembre 1886

     

    Le cimetière Marcadet est définitivement fermé par un arrêté du 18 juillet 1878. Les neuf concessions restantes du cimetière furent transférées au quatrième cimetière de la Chapelle.

     

    La Croix Cottin, raptée par Montmartre 

    Au milieu du cimetière Marcadet était dressée une croix de pierre, la Croix Cottin. La famille Cottin est une des plus anciennes familles de propriétaires de Montmartre et de la Chapelle Saint-Denis ; c'est de cette famille que vient le nom du passage Cottin sis sur le versant oriental de la Butte Montmartre.

     

    1886

    La Croix Cottin dans le cimetière Marcadet abandonné (1886)

     

    Cette croix en pierre a été initialement érigée en 1763 dans le deuxième cimetière de la Chapelle Saint-Denis. À la fermeture de ce dernier, on l'installât dans le cimetière Marcadet. C'est à un certain Philippe Cottin que l'on doit cette croix, comme l'indique l'inscription gravée au pied de la croix (voir ci-dessous).

     

    Croix Cottin

      

    Philippe Cottin était marguillier de la paroisse de la Chapelle Saint-Denis. Il mourut un an après avoir érigé la croix, en 1764. Un marguillier était une sorte de sacristain, il était notamment chargé d'administrer les registres des pauvres de sa paroisse ; c'est également lui qui portait la croix durant les processions. Marguillier était une charge et non pas un métier.

    Trônant au milieu d'un cimetière fantôme dont elle était une des dernières traces, la Croix Cottin avait traversé le temps sans dommage. En 1886, la Société d'Histoire et d'Archéologie "Le Vieux Montmartre", qui s'était attribué le territoire de l'ancienne commune de la Chapelle Saint-Denis comme zone d'action depuis l'annexion à Paris, s'enquit du devenir de la Croix Cottin. 

    Une délégation se rendit sur place en grande pompe pour décider du sort de la croix. On immortalisa la visite comme en témoigne le cliché pris à cette occasion (ci-dessous) qui nous montre la délégation toute de gibus coiffée, posant jusqu'au ridicule autours de la dite croix. 

     

    1886

     Les membres de la Société d'Histoire et d'Archéologie
    "Le Vieux Montmartre" préparant leur forfait devant le Croix Cottin

     

    Les sociétaires obtinrent des autorités municipales la conservation du monument. Ils décidèrent de transférer la Croix Cottin sur le parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Ce qui fût fait en 1887. Lucien Lombeau, auteur érudit d'une série d'ouvrages de référence consacrée aux communes annexées à Paris en 1860, déplora cette confiscation d'un vestige du village de la Chapelle Saint-Denis. Lombeau préconisa qu'on la déplaça au quatrième cimetière de la Chapelle Saint-Denis, arguant qu'elle fût initialement dressée pour un cimetière et que Montmartre n'était pas sa patrie.

    Mais le savant ne fût pas entendu et depuis la Croix Cottin est toujours sur le parvis de Saint-Pierre de Montmartre, voyant défiler des hordes de touristes indifférents à cette relique de pierre. Mais pardonnons à la Société d'Histoire et d'Archéologie "Le Vieux Montmartre" qui a eut au moins le mérite d'avoir sauvé un des rares vestiges du 18e siècle de la Chapelle Saint-Denis.

     

    La Croix Cottin en exil
    La Croix Cottin sur le parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre

      

    Mortelle l'école!

    L'endroit libéré de ses tombes et de la Croix Cottin, Le Conseil municipal de Paris prend la décision de construire un groupe scolaire sur les terrains de l'ancien cimetière Marcadet. Cette nouvelle affection du terrain est votée lors de la séance du 25 juillet 1888, le coût de l'opération est estimée à la somme de 517545 francs de l'époque (équivalent à un peu plus d'un million d'euros).

    C'est donc sur le cimetière Marcadet que sont installées les trois établissements scolaires actuels:

    - École maternelle Marcadet, 29 rue Marcadet

    - École élémentaire publique Pierre Budin, 5 rue Pierre Budin

    - Ecole élémentaire publique d'Oran, 18 rue d'Oran

     

    29 rue Marcadet 
    29 rue Marcadet, entrée du cimetière de l'école maternelle Marcadet

           

    En 1890, la petite impasse du Cimetière, qui commence face au 51 rue des Poissonniers et butte contre le coté ouest du cimetière, prend le nom d'impasse d'Oran, en référence à la rue éponyme toute proche. On efface là les souvenirs du cimetière disparu. En 1906, l'impasse d'Oran est prolongée jusqu'à la rue Léon, elle-même nouvellement prolongée jusqu'à la rue Marcadet. En 1912 elle est nommée rue Pierre Budin en hommage au professeur de médecine spécialisé dans la petite enfance. La rue partage alors en deux le groupe scolaire, de nouveaux bâtiments sont construits, notamment l'école Pierre Budin.

     

    Rue Pierre Budin
    Rue Pierre Budin

     

    Malgré les nombreuses transformations opérées sur ces établissements scolaires, si l'on regarde l'ensemble formé par les trois écoles sur un plan, on retrouve quasiment le tracé de l'ancien cimetière de la Chapelle Saint-Denis. La configuration actuelle de ces écoles vient donc du tracé d'un cimetière ouvert deux siècles plus tôt.

     
    Sous l'école, le cimetière…  Sous l'école, le cimetière…
    Plan des écoles construites sur le cimetière Marcadet

     

    Préalablement, l'endroit a été dûment débarrassé des restes de ses anciens hôtes, donc cela devrait éviter aux jeunes élèves de la Goutte d'Or de croiser quelques âmes en peine. Pas si sûr… 

     

    Le retour des trépassés

    Lors de travaux pour améliorer les plantations dans la cour de l'école des filles de la rue Pierre Budin (actuelle école élémentaire Pierre Budin), conduits en août 1924, les ouvriers firent une macabre découverte. En creusant des tranchées, les ouvriers mirent à jour une grande quantité d'ossements. On compris alors que les corps ensevelis en 1870-1871 avaient été oubliés et étaient restés sur place. On exhuma ce que l'on pu et les restes furent envoyés à l'ossuaire municipal.

    En septembre 1934, d'autres travaux, coté Marcadet, donnent encore lieu à de sinistres découvertes. Les os mis à jour étaient cette fois en petite quantité. L'ensemble des restes fût enterré dans une boite en bois à l'endroit où on les trouva, soit dans la cour de l'école!

    On se rendit alors à l'évidence, l'ensemble des sols du groupe scolaire était truffé de squelettes de Communards et autres morts restés là quelques décennies plus tôt. Ils y sont toujours.

     

     

     

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  • Le quartier de la Goutte d'Or s'est développé au XIXe siècle autours de petites et moyennes industries. On a gardé le souvenir des usines Pauwel ou Cavé. Mais on ignore souvent que parmi ces industries, une activité a été particulièrement florissante, celle de la fabrique d'instruments de musique, et plus particulièrement la facture de pianos.

     

    A. Bord

     
    (Cliquer sur les images pour agrandir)

     

    Mais ne nous y trompons pas, si beaucoup de fabriques, essentiellement des ateliers d'assemblage et de finition, étaient situées dans le quartier, on n'y vendait que peu d'instruments. En effet, la Goutte d'Or n'était alors pas un secteur commercial, mais plutôt industriel. Aussi, la plupart des sociétés disposaient ici de leur usine ou de leurs ateliers, alors que leur point de vente et/ou de location se situaient plus au centre de Paris, le plus souvent dans le 9e arrondissement où se concentrait ce type de commerce. Assurément, la clientèle ayant les moyens d'investir dans un piano ne se serait pas aventurée à aller à la Goutte d'Or. Les ouvriers des manufactures, eux, y vivaient.

     

    Philippi

      

    Pleyel est un des premiers à s'installer dans les environs au début du XIXe siècle, dans la rue des Portes Blanches**, la production se délocalisera ensuite à Saint-Denis. Le carrefour Pleyel gardant le souvenir de ce facteur célèbre disparu en 2013. À sa suite, toute un cohorte d'ateliers de pianos va se développer dans le quartier. D'ailleurs, beaucoup de ces entreprises sont créées par d'anciens facteurs ayant exercé chez Pleyel.

     

    Pleyel

    Les ateliers Pleyel rue des Portes Blanches en 1828

     

    La rue des Poissonniers était l'axe central de cette production, concentrant tout au long de son parcours de nombreux facteurs de pianos. La plus remarquable de ces manufactures est sans conteste la société A. Bord au 52 rue des Poissonniers, qui fût un des premiers fabricants au monde de pianos, sa production totale se comptant en dizaines de milliers d'unités, plus encore que des marques connues comme Pleyel ou Gaveau. On trouvera une intéressante histoire de cette manufacture de pianos par ici.

     

    Rue des Poissonniers A. Bord

    La rue des Poissonniers vers 1900. On aperçoit l'entrée de la manufacture A. Bord sur la droite.

    L'immeuble de rapport qui le jouxte, à sa gauche sur la photo, a été construit par la société de facteurs Bénard, Champ & Cie en 1900.

     

    A. Bord

     Magasin A. Bord, 14 bis boulevard Poissonnière

     

    A. Bord

     

    A. Bord

      

    Dans ce secteur d'activité alors très concurrentiel, les raisons sociales évoluent très vite. Certaines sociétés sont difficiles à cerner tant les associations changent au fil du temps, comme les sociétés formées par les facteurs Ansel, Benard, Champ, Hanel, Rameau, Schreck et Yot que l'on retrouve associées dans différentes combinaisons et à différentes adresses. Ces sociétés se regrouperont sous le label de Société des facteurs de pianos de Paris, une forme de coopérative ouvrière de travail. Mais dès la fin du XIXe siècle  le nombre de manufactures diminue rapidement. Néanmoins, l'activité perdure jusqu'avant la Première Guerre mondiale, avec des ateliers comme Bénard, Champ & Cie ou A. Bord qui résiste et continue son activité ici jusqu'en 1913, en plus de son usine de Saint-Ouen.

     

    Corbéel

     

    Il faudrait un blog totalement dédié pour retracer précisément l'histoire de ces facteurs d'instruments de musique ainsi que celle de leurs fournisseurs. Aussi nous nous limitons ici à lister ces manufactures (voir carte et tableau plus bas) et de reproduire quelques illustrations. Il serait intéressant qu'un travail de recherche approfondi sur ce sujet soit mené et ainsi conserver la mémoire de cette histoire ouvrière locale. D'autant que les transformations urbaines de la fin du XIXe et au début du XXe siècle ont effacé les traces de ces fabriques. Seule subsiste la façade des ateliers d'Adolphe Sax, datant de 1910 et modifiée en 1949 par les établissements Selmer, au 84 rue Myrha, pour témoigner des manufactures instrumentales du quartier. 

     

    Sax

      

    Selmer 84 rue Myrha 1949

    Établissement Selmer, 84 rue Myrha, en 1949 après surélévation de deux étages de l'immeuble de Sax. La maison Selmer a fermé son unité de fabrication de la rue Myrha en 1981

     

    84 rue Myrha

    84 rue Myrha, août 2015

     

    Selmer 1978

    Guy Le Querrec, "Manufacture de Fabrication de Trompettes SELMER.Rue Myrha, Paris.Septembre 1978", Agence Magnum

     

    Barbe et Cie

    Maison Barbe et Cie, 36 rue de la Goutte d'Or

     

    Une fois n'est pas coutume, nous débordons du quartier de la Goutte d'Or afin de mieux rendre compte de la concentration de cette activité dans ce secteur, à la frontière des communes de Montmartre et La Chapelle Saint-Denis jusqu'en 1860, et séparation des quartiers administratifs de Clignancourt et de la Goutte d'Or depuis.

     

    Localisations des productions d'instruments de musique dans le secteur de la Goutte d'Or 

     

    Le tableau ci-dessous regroupe l'ensemble des facteurs d'instruments de musique et fabricants de pièces et mécaniques pour instruments de musique sis dans le quartier de la Goutte d'Or et aux alentours immédiats.

     

     NomAdresse de production
    Adresse de vente
    ActivitéDate*

     Angenscheidt

    Angenscheidt

     10 rue des Gardes

    (correspondrait au 20 rue des Gardes, adresse disparue)

     105 faubourg Saint-Denis  Piano  1850-1862
     Association ouvrière "Instruments de musique"

     37 rue des Poissonniers**

       Syndicat  1840-1850

     Ballagny

     (F.)

     3 rue des Gardes    Piano  ?-1922

     Barbe et Cie

     (Armand Barbe)

    Barbe et Cie

     36 rue de la Goutte d'Or    Manufacture générale d'instruments de musique ?-?

     Benard Champ & Cie

    Benard Champ & Cie

     54 rue des Poissonniers

    (coopérative ouvrière)

       Piano  1913

     Bord A.

     (Antoine Guillaume)

    A. Bord

     64 puis 52 rue des Poissonniers  14 bis boulevard Poissonnière  Piano  1863-1913

     Carembat

     (Paul Louis Philibert)

     12 rue des Poissonniers

    (adresse disparue avec le percement de la rue Richomme)

       Piano "finisseur"  ?-1877

     Champ Rameau

    Champ Rameau

     54 rue des Poissonniers    Piano 1878-1913

     Corbéel

     (Jules Henri)

     12 rue de la Goutte d'Or     Fabrique de claviers pour orgues et pianos  1828-1884
     Coutillac & Cie  41 rue des Poissonniers**    Piano  1868-1876

     Dauer

     (Charles)

    Dauer

     31 rue Doudeauville      ?-1881

     Duval

     (Émile)

     4 rue Dejean**    fabricant de "tendeurs pour chanterelles"  

     Fabre

     (Gabriel)

    Fabre

     

     32 boulevard Barbès**    Édition musicale et réparation d'instruments  1896-1910

     Gervex

     (Félix)

    Gervex

    Gervex

     49 puis 23 rue des Poissonniers**

    (père du peintre Henri Gervex)

     34 rue Richer

     4 rue de Montholon

     Piano

     1854-1864(?)

     1878-1895

     Gohin

    D'ébène et d'ivoire

     14 rue des Poissonniers puis 85 rue Myrha**

       Cuivres

     1863-19??

     Hanel Ansel & Cie

    Hanel Ansel & Cie

     54 rue des Poissonniers

       Piano

     1873-1884

     Hanel Benard & Cie

    Hanel Benard & Cie

     54 rue des Poissonniers

     rue Lafayette  Piano

     1888-1897

     Heppenheimer

     (Augustin Louis)

     48 rue Marcadet**, puis 58 rue des Poissonniers, puis 35 rue Doudeauville

    (représentant syndical des facteurs d'orgues et de pianos, conseiller prudhommal, conseiller municipal de Paris et conseiller général pour le quartier de la Goutte d'Or)

       Piano

     ?-?

     ?-?

     ?-1908

     

     Herman-Vygen

     père et fils

    Herman Vygen

     10 rue des Gardes

    (correspondrait au 20 rue des Gardes, adresse disparue)

     53 rue Notre-Dame-de-Nazareth

     41 rue du faubourg Saint-denis

     Piano et accordeur de piano  1851-1858

     Heywang

    (Georges Gustave Adolphe)

     20 rue Marcadet

    (adresse disparue avec le prolongement de la rue Léon)

       Piano  1862-1865

     Pauch

     (Jean-Frédéric-Paul)

     4 rue des Cinq Moulins

    (auj. 8 rue Stephenson)

    15 rue des Martyrs  Piano  ?-1857 

     Philippi Frères

    Philippi Frères

     2 rue Dejean***

    (auj. 80 rue Doudeauville)**

     6 rue Lafitte  Piano  1864-1889

     Pleyel

    Pleyel

     rue des Portes Blanches** (ateliers)  22-24 rue Rochechouart /rue Richelieu  Piano  1828
     Polinat Coqueval  18 rue d'Alger (auj. rue Affre)    Fournitures métalliques (clefs, cordes, charnières...) pour pianos et orgues   1858

     Pourtier

     (L.)

     63 boulevard Barbès    Consoles et appliques pour pianos  1889-1893

     Radenez & Cie

    (Charles Joseph)

    Radenez

     40 rue Polonceau  8 rue Richelieu  Piano  1851-1870

     Sax

     (Alphonse)

    Sax

     84 rue Myrha**

     50 rue Saint-Georges

     Cuivres

     Piano

     1910-1929

     Scholtus

     (Pierre)

    Scholtus

     10 rue des Gardes

    ( auj. correspondrait au 20 rue des Gardes, adresse disparue = square Léon)

     1 rue Bleue

     9 rue Cadet

     Piano  1848-1858

     Schwander

    (Jean)

     8 rue des Cinq Moulins (auj. 16 rue Stephenson)

    puis rue de l'Évangile

       Mécaniques pour pianos  1857-1863

     Selmer

     (Henri)

    Selmer

     84 rue Myrha**

     (Henri Selmer rachète l'entreprise et la marque A. Sax en 1929. La maison Selmer est toujours en actvité)

     4 place Dancourt

     (auj. place Charles Dullin)

     Cuivres 1929-1981

     Yot Hanel & Cie

    Yot Hanel & Cie

     54 rue des Poissonniers

       Piano 1875-1876

     Yot Schreck & Cie, Société des facteurs de pianos de Paris

    Yot Schreck & Cie

     34 puis 66 rue des Poissonniers (coopérative ouvrière)  15 place de la Bourse  Piano  1849 -1876

     

    * Les dates indiquées correspondent à la période attestée à l'adresse indiquée, elles ne rendent pas nécessairement compte de la durée réelle de l’existence de l'entreprise.

    ** La rue des Poissonniers était la frontière entre les communes de Montmartre et La Chapelle avant leur annexion à Paris en 1860. Les numéros impair de la rue des Poissonniers, ainsi que les adresses sises à l'Ouest de cette frontière, se trouvent sur la commune de Montmartre jusqu'en 1860, après ils font parties administrativement du quartier de Clignancourt.

    *** La rue Dejean à Montmartre était la portion de l'actuelle rue Doudeauville entre la rue des Poissonniers et la rue de Clignancourt. Après l'annexion à Paris, cette voie a été absorbée par la rue Doudeauville et la rue Neuve Dejean pris le nom de rue Dejean, celle que nous connaissons aujourd'hui entre la rue des Poissonniers et la rue Poulet.

      

     

    A. Bord

     

     

     

     

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  • À deux pas du 28 rue Affre, un joli immeuble d'habitation se dresse au 36 rue Cavé, face au square Léon. Sur son fronton, on peut toujours lire "MONT-DE-PIÉTÉ" et plus haut "LIBERTÉ-ÉGALITÉ-FRATERNITÉ". Ancien nom du Crédit Municipal, autrement connu comme "Chez ma tante" ou "au clou", le Mont-de-Piété était un office public de prêt sur gage (ce service existe toujours au Crédit Municipal). Le Mont-de-Piété de Paris dont nous connaissons le siège historique rue des Francs-Bourgeois, avait ouvert ici son "Bureau auxiliaire Y".

     

    36 rue Cavé
    36 rue Cavé, 2014

    (Cliquer sur les images pour agrandir)

     

    Gervaise…

    La coutume locale veut que ce charmant petit immeuble fût celui évoqué par Zola dans L'Assommoir, dont l'action se déroule dans la Goutte d'Or. En effet, dans son roman, Zola envoie Gervaise ou la mère Coupeau au Mont-de-Piété y gager le peu de valeurs de la famille. 

     

    "Ca tournait à la dégringolade lente, le nez davantage dans la crotte chaque semaine, avec des hauts et des bas cependant, des soirs où l'on se frottait le ventre devant le buffet vide, et d'autres où l'on mangeait du veau à crever. On ne voyait plus que maman Coupeau sur les trottoirs, cachant des paquets sous son tablier, allant d'un pas de promenade au Mont−de−Piété de la rue Polonceau. Elle arrondissait le dos, avait la mine confite et gourmande d'une dévote qui va a la messe; car elle ne detestait pas ca, les tripotages d'argent l'amusaient, ce bibelotage de marchande à la toilette chatouillait ses passions de vieille commère  Les employés de la rue Polonceau la connaissaient bien; ils l'appelaient la mère “ Quatre francs “, parce qu'elle demandait toujours quatre francs, quand ils en offraient trois, sur ses paquets gros comme deux sous de beurre. Gervaise aurait bazarde la maison; elle était prise de la rage du clou, elle se serait tondu la tête, si on avait voulu lui prêter sur ses cheveux. C'était trop commode, on ne pouvait pas s'empêcher d'aller chercher là de la monnaie, lorsqu'on attendait après un pain de quatre livres. Tout le saint−frusquin y passait, le linge, les habits, jusqu'aux outils et aux meubles. Dans les commencements, elle profitait des bonnes semaines, pour dégager  quitte a rengager la semaine suivante. Puis, elle se moqua de ses affaires, les laissa perdre, vendit les reconnaissances."

    (Émile Zola, L'Assommoir. Extrait)

     

    S'il évoque à plusieurs reprise le Mont-de-Piété dans son roman, Zola ne le localise qu'une fois, ce n'est pas rue Cavé mais rue Polonceau. Alors, l'auteur se serait trompé de rue dans son travail préparatoire dont les notes nous sont parvenues ?

     

    Plan Zola
    Esquisse de plan, travail préparatoire pour l'Assommoir d'Émile Zola

     

    Répondons d'emblée par la négative. Zola n'a pas pu mal situer le bureau de la rue Cavé pour la bonne et simple raison qu'il n'existait pas quand l'Assommoir a été édité. En effet, le roman a été initialement publié en feuilleton en 1876, alors que la construction de l'immeuble du 36 rue cavé (architecte Belot) a été décidée et commencée en 1888, le Bureau auxiliaire Y du Mont-de-Piété y a été transféré en 1890.

    Auparavant, et depuis juin 1882, cette annexe de Chez ma tante se situait ni rue Cavé ni rue Polonceau, mais au 21 rue Stephenson (occupé actuellement par le bar Le Mistral Gagnant, l'immeuble date de 1879). Et encore avant, quand Zola rédigeait l'Assommoir, le Bureau auxiliaire Y se situait au 37 rue de la Chapelle (aujourd'hui 37 rue Marx Dormoy, l'immeuble actuel date de 1898). 

     

    21 Stephenson
    21 rue Stephenson vers 1900

     

    Zola a tout simplement inventé l'adresse rue Polonceau, comme de très nombreux éléments du roman. Car, faut-il le rappeler, Émile Zola était romancier, et même s'il s'assurait de rendre le plus réel et crédible possible ses histoires, elles n'en demeurent pas moins de la fiction.

     

    Mere Coupeau au Clou
    "La mère Coupeau au Mont-de-Piété", E. Zola, Oeuvres complètes illustrées de Émile Zola ; 1-20. Les Rougon-Macquart : histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire. L'assommoir, 1906, p. 289

     

    Des clous à la chaine…

    Pour l'anecdote, on peut trouver à Paris des immeubles jumeaux à celui de la rue Cavé, dessinés par le même architecte. Le premier se situe au 13 rue de l'Equerre (19e arrondissement), la mention "Mont-de-Piété" y a été effacée. Un autre immeuble identique a été construit au 9 bis rue Bellot (19e arrondissement) mais la façade est légèrement plus étroite que les autres. Et enfin, on peut trouver un immeuble d'angle au 26 rue des Volontaires/196 rue de Vaugirard (15e arrondissement), toujours dessiné sur le même modèle, mais qui a été surélevé depuis par une extension sans grâce qui écrase le petit édifice d'origine en lui faisant perdre toute son élégance initiale. 

    Ces petits immeubles sont les reliquats d'un temps où le Mont-de-Piété essaimait ses succursales et ses bureaux auxiliaires à travers les quartiers populaires parisiens, quartiers où les fins de mois étaient bien difficiles à boucler, comme ceux de Gervaise à la Goutte d'Or.

     

     

     

     

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    2 commentaires
  • Dans un précédent article,"Miracle de la Science au 28 rue Affre", nous avons appris qu'une supposée aveugle miraculée avait habité au 28 rue Affre. En effet, à travers plusieurs publicités, apparaît une dénommée "Mme Vanse" domiciliée précisément au 28, ces publicités la domicilient aussi au 11 impasse d'Oran. 

     

    Un aveugle qui voit clairLe Littoral, 2 avril 1909

    (Cliquer sur les images pour agrandir)

     

    Jusque là, aucun élément ne venait confirmer l'existence de Mme Vanse, dont il était permis de douter. Et pour cause, car le nom de Mme Vanse est mal orthographié (parfois, elle est nommée mme Vausse); dans les nombreuses publicités la donnant en exemple, il manque un S au nom de Mme Vansse. Une fois cet obstacle surmonté, il n'est plus question d'absence de trace de l'aveugle miraculée dans les archives. Bien au contraire, on a accès à une abondance de documents la concernant, une fois n'est pas coutume. Une fois saisi ce fil ténu, c'est toute une pelote que l'on peut dérouler, et ainsi retracer assez précisément le parcours de Pauline Lepetit épouse Vansse, puisque c'est ainsi que se nomme notre aveugle qui voit clair.

     

    Pauline Lepetit

    Pauline Louise Alexandrine Lepetit est née le 1er avril 1859 à Paris, dans l'ancien 10e arrondissement (qui recouvre approximativement l'actuel 7e arrondissement). L'imprécision autours de sa naissance tient à un évènement particulier de l'histoire de Paris : La Commune en 1871. En effet, les incendies de l'Hôtel de Ville de Paris en mai 1871 entrainent la destruction d'une grande partie des archives de Paris ainsi que des communes annexées en 1860. Les registres paroissiaux du XVIe siècle à 1792 et les registres d'état civil de 1793 à 1859 disparaissent alors dans leur quasi totalité. On procède alors à la reconstitution des archives de l'État Civil, mais cette reconstitutions est très imprécise et incomplète ; décidée en 1872, elle est arrêtée en 1897 faute de crédit. Seul un tiers  de l'état-civil est finalement reconstitué, ce qui rend difficile les recherches portant sur cette période.

    Hôtel de Ville
    Façade de l'Hôtel de Ville incendié durant La Commune

     

    Que cette naissance dans un quartier considéré aujourd'hui comme particulièrement "chic" ne nous trompe pas, Pauline Lepetit est issue d'un milieu modeste. À sa naissance, son père âgé de quarante-cinq ans, Pierre Marie Amédée Lepetit, est  un ouvrier typographe et sa mère âgée de trente et un ans, Charlotte Joséphine Guentleur, est sans profession. Malgré des parents lettrés, Pauline restera illettrée jusqu'à la fin de sa vie. Peut-être est-ce dû à ses problèmes de vue. En 1867, la famille Lepetit habite au 10 rue Copreaux dans le quinzième arrondissement (les adresses citées se retrouvent dans la carte en fin d'article) quand naît Étienne, le petit frère de Pauline, le 18 décembre. Trois ans plus tard, La famille a encore déménagé pour la rue des Ciseaux dans le sixième arrondissement de Paris lorsque Pierre Lepetit décède le 29 avril 1870.

     

    Charlotte Guentleur
    Signature de Charlotte Guentleur

     

    Charlotte Guentleur épouse Lepetit devient blanchisseuse pour nourrir ses deux enfants. En 1875, la famille Lepetit habite le 64 rue de la Pompe dans le seizième de Paris. Pauline n'a pas encore seize ans quand elle fait la connaissance d'Ambroise Vansse son futur mari.

     

    Ambroise Vansse

    Ambroise Marie Vansse est né le 23 mars 1853 au 19 rue de Saint-Cloud à Ville d'Avray, Seine et Oise (aujourd'hui Hauts-de-Seine). Fils d'un ouvrier menuisier, Jean-Marie Vansse, Ambroise perd sa maman, Jeanne Ferrière âgée de trente-sept ans, le 24 novembre 1853. Il n'est alors âgé que de huit mois lors du décès de sa mère. Plus tard il déménage avec son père à Boulogne (aujourd'hui Boulogne-Billancourt) dans la Seine (aujourd'hui Hauts-de-Seine). Devenu adulte, Ambroise Vansse est "homme de peine" et habite seul au 22 rue Desaix dans le quinzième arrondissement de Paris. Il rencontre Pauline Lepetit qui demeure de l'autre coté de la Seine. Leur mariage est programmé le 11 février 1875 à la Mairie du seizième arrondissement. Les bans sont publiés, l'acte de mariage est pré-rempli, mais les futurs époux ne se présentent pas à la mairie le jour de leur mariage. Ce mariage est donc annulé. On ne connait pas le motif de cette annulation. 

     

    Ambroise Vansse
    Signature d'Ambroise Vansse

     

    Ambroise et Pauline ne sont pas mariés mais emménagent tout de même ensemble à Boulogne, au 24 rue des Menus. Ambroise Vansse est ouvrier blanchisseur et sa "concubine" Pauline Lepetit est journalière. Charlotte Guentleur veuve Lepetit, la mère de Pauline, et Étienne son petit frère déménagent de la rue de la Pompe et se rapprochent du nouveau domicile de Pauline en allant s'installer au 99 rue Boileau, toujours dans le seizième arrondissement. Le non-mariage des Vansse-Lepetit est consommé et le 18 octobre 1875, Désirée Louise Vansse, "enfant illégitime", voit le jour. Très vite Pauline est à nouveau enceinte. Malheureusement la vie va vite s'assombrir, la petite Désirée a une santé fragile et  décède à l'âge de trois mois et demi, le 5 février 1876.

     

    La famille Vansse

    Le couple décide de régulariser leur situation maritale. Une nouvelle date de mariage est fixée, cette fois-ci c'est la bonne. Le 21 mars 1876, Ambroise Vansse et Pauline Lepetit s'unissent à la mairie de Boulogne. Le couple déménage au 17 rue Saint-Denis à Boulogne. Le 28 juin 1876, Pauline Vansse donne naissance à Eugènie Étiennette. La petite famille Vansse change encore de domicile et retrouve une adresse parisienne, 45 rue Virginie (auj. rue Gutenberg) dans le quinzième arrondissement. C'est sans doute Étienne Bergeotte, artiste dramatique, qui a été témoin à leur mariage et habite au 21 rue Virginie, qui les aide à trouver ce logement. Le 14 juillet 1880, la famille Vansse s'agrandit avec la venue au monde de Joseph André. De son coté, Charlotte Guentleur veuve Lepetit et son fils Étienne vont s'installer au 3 route de Vaugirard, dans la commune de Bas-de-Meudon, Seine (auj. Meudon, Hauts-de-Seine).

    En 1883, si l'on en croit les publicités de l'Oculiste américain, Pauline Vansse se voit délivrer un certificat de cécité "par le médecin en chef de l'Hospice National des Quinze-Vingt". Depuis 1880, les Quinze-Vingt ont ouvert un dispensaire pour soigner "ceux des malvoyants dont la vue n’était pas définitivement compromise". Petite gens sans le sou, les Vansse n'ont certainement pas pu s'offrir les services réguliers de l'hôpital et ont donc du s'adresser au dispensaire pour les indigents. Voilà qui relativise le handicap de Pauline Vansse et donc le "miracle" sensé la guérir ; Pauline était surement malvoyante, sa "vue n’était pas définitivement compromise", elle n'était donc pas totalement aveugle comme le prétendront les publicités de l'Oculiste américain.

     

    Quinze-Vingt
    "Quinze Vingt", dessin d'Hubert Clerget, 1890 (via Gallica)

     

    Cette même année 1883, un nouveau malheur vient frapper Pauline Vansse, avec la mort de sa mère. Charlotte Guentleur veuve Lepetit a fini son existence comme chanteuse ambulante, le métier de ceux qui n'ont plus que leur voix pour survivre. Malade, elle s'éteint à l'hôpital Saint-Antoine (Paris 12e) le 19 juin 1883 à l'âge de cinquante-quatre ans. Le jeune frère de Pauline, Étienne n'a que quinze ans à la mort de leur mère, il part vivre avec sa soeur et sa famille qui ouvrent leur porte au jeune orphelin. Quelques mois plus tard, en février 1884, Pauline et Ambroise Vansse sont à nouveau parents avec l'arrivée du petit Louis.

    Par la suite les époux Vansse, leurs enfants, Eugènie, Joseph et Louis, et Étienne Lepetit quittent le Sud de Paris pour le dix-huitième arrondissement. La famille s'installe dans une rue habitée principalement par des chiffonniers, au 11 rue Angélique Compoint, une voie privée dans le quartier de la Cité Malbet. La Cité Malbet, plus tard renommé quartier de la Moskowa, est un petit quartier ouvrier miséreux coincé entre la rue Leibniz et la tranchée voie de chemin de fer de la Petite Ceinture (qu'on couvrait alors, voir la photo ci-dessous) d'un coté et le boulevard Ney de l'autre. La Moskowa est alors un labyrinthe de ruelles et d'impasses aux constructions modestes, sis à deux pas des "fortifs" et de la "Zone". Habitat précaire tenu par des marchands de sommeil et totalement délaissé par les pouvoirs publics durant tout le vingtième siècle -il est déclaré insalubre déjà en 1937!- ce quartier a été presque complètement rasé lors de sa "réhabilitation" commencée en 1992. Comme un très (trop) grand nombre de quartiers ouvriers parisiens du dix-neuvième siècle, ce secteur a subit une reconfiguration pour le moins brutale, sans que les protestations des habitants n'y changent rien. Et quand on détruit tout un pan du fragile  patrimoine de l'habitat ouvrier faubourien, c'est aussi la mémoire de vies modestes qu'on efface. Des vies comme celles de la famille Vansse.

     

    La petite Ceinture
    Travaux de couverture de la tranchée de la Petite Ceinture, 23 octobre 1888 (via Gallica). La Cité Malbet est juste derrière la palissade à gauche. Les Vansse qui habitaient là à cette époque ont connu ces travaux.

     

    Le sort s'acharne

    Une fois encore, la mort frappe la famille, le petit Joseph Vansse décède le 14 février 1885. La famille change à nouveau d'adresse, cette fois le déménagement est court, les Vansse passent du numéro 11 au numéro 2 de la rue Angélique Compoint. Une année passe et les époux Vansse sont à nouveau parents. Le 16 mars 1886, Louise Eugénie voit le jour. Mais le sort semble décidément s'acharner, et encore un an plus tard, le 19 mai 1887, c'est au tour de Louis de décéder à l'âge de trois ans et quatre mois. Quinze jours après, le 3 juin  1887, Louise s'éteint à son tour. La vie et la mort se succèdent dans la famille dans un cycle infernal. Encore un an passe et la famille Vansse accueille Émile Louis, qui voit le jour le 2 juillet 1888. Ambroise Vansse exerce le métier de maçon pour nourrir sa famille, mais le travail n'est pas régulier et il offre également ses services comme journalier. Visiblement, l'argent manque dans le foyer.

    La famille déménage encore et quitte le 2 rue Angélique Compoint et les Vansse emménagent au 226 rue Marcadet, toujours dans le 18e arrondissement. Mais cette fois, Étienne Lepetit, le jeune frère de Pauline, ne les accompagne pas, il reste rue Angélique Compoint. Le changement de domicile des Vansse n'est pas vraiment un progrès. En effet, à cette nouvelle adresse s'étend la cité Lévêque, une série de braquements miséreux de chiffonniers, comme en témoigne un article du journal Gil Blas du 30 juillet 1892. Ce n'est pas du Zola… c'est pire encore :

    Cité Lévêque

     

    Pour le coup, voilà un habitat dont on ne regrette pas du tout la disparition (L'îlot a été rasé et reconstruit vers 1910-15).  C'est dans cette triste cité Lévêque que Pauline Vansse va mettre au monde  Gabriel Louis dans une fin d'hiver glaciale, le 28 février 1890. Mais la famille Vansse va sortir de ce que nous nommerions aujourd'hui un bidonville. Toujours dans la précarité, les Vansse et leurs trois enfants vont trouver refuge à l'Oeuvre de la Bouchée de Pain, un asile de nuit pour indigents sis au 148 rue Championnet. La vie n'y est pas simple pour Ambroise et Pauline Vansse, la structure accueille séparément les hommes d'un coté et les femmes avec leurs enfants de l'autre. En outre des dortoirs de nuit, et comme son nom l'indique, l'Oeuvre de la Bouchée de Pain dispose ici d'un fournil, d'un réfectoire pour la distribution du pain ainsi que deux comptoirs de vente de pain "par épargne" (système d'auto-financement) pour les nécessiteux. Mais cet environnement ne change guère le triste destin des Vansse qui voient ici mourir encore un de leurs enfants, le dernier-né Gabriel Louis le 5 janvier 1891. Et comme le destin familiale est décidément cyclique, alternant naissances et décès, un nouvel enfant voit le jour. Il s'agit de Félicie Étiennette, née le 9 septembre 1891.

     

    Le XIXe Siècle
    Extrait du XIXe Siècle, 10 juin 1886

     

    Le temps passe un peu et la famille Vansse semble reprendre pied. Un nouveau déménagement et tout le monde se retrouve au 4 bis rue Leibnitz (à présent on écrit Leibniz en français, le T est resté pour le nom de la rue), à deux pas de la rue Angélique Compoint quittée quelques années auparavant. À cette adresse se retrouvent Ambroise et Pauline Vansse et leurs enfants ainsi qu'Étienne Lepetit qui est à présent en couple avec Marie Caron, mais également Benoît Le Corre, futur gendre des Vansse. L'année 1893 va voir la famille s'agrandir plus encore. 

     

    Grand-mère à trente-quatre ans

    Jeune mère, Pauline Vansse est grand-mère à trente-quatre ans lorsque sa fille ainée, Eugènie devient parent à l'âge de seize ans avec Benoît Le Corre, son voisin d'immeuble.

    Benoît Le Corre est un "enfant naturel", fils de Marie-Anne Le Corre, une lavandière. Il est né le 21 mars 1867 à Lannion dans le Côtes du Nord (aujourd'hui Côtes d'Armor). Comme bon nombre de provinciaux pauvres, il va tenter sa chance à Paris. C'est ainsi qu'il travaille dans le dix-huitième arrondissement de Paris comme garçon boucher. À l'âge de vingt-cinq ans, il rencontre la jeune Eugènie Vansse avec laquelle ils deviennent parents d'un petit Benoît Paul Le Corre, qui naît le 25 mai 1893. Le jeune couple n'est pas marié et on songe à régulariser la situation.

    Dans le même immeuble vit également Clémentine Caron, une jeune blanchisseuse âgée de dix-sept ans. Marie Clémentine Caron est née le 3 janvier 1876 au 47 bis route de la Révolte à Clichy dans le département de la Seine (aujourd'hui boulevard Victor-Hugo Clichy, Hauts-de-Seine). Elle est la fille de François Caron et Azélie Rondeau, tous deux journaliers. Alors qu'elle est encore mineure, ses parents consentent à son mariage avec Étienne Lepetit qui est célébré le 5 août 1893 en la mairie du dix-huitième. Immédiatement après leur mariage, Étienne et Clémentine Lepetit partent s'installer tout près de là, au 9 rue Angélique Compoint. Mais ce petit exil n'est que temporaire et bientôt le couple retrouve un appartement au 4 bis rue Leibnitz et ainsi renouer avec le petit clan familial.

     

    Lepetit/CaronSignatures d'Étienne Lepetit et de Marie Clémentine Caron

     

    Le 26 de ce même mois d'août 1893, c'est au tour d'Eugènie Vansse et Benoît Le Corre de se marier. On en profite pour légitimer leur enfant né trois mois plus tôt.

     

    Naissance, décès, naissance, décès…

    Pauline Vansse, à présent grand-mère, est à nouveau enceinte. Elle accouche de Clémentine Pauline le 16 janvier 1894. Jeune grand-mère et jeune maman, Pauline Vansse endosse le nouveau statut de jeune tante en mai 1894. En effet, le 30 mai 1894, Étienne et Clémentine Lepetit deviennent parents du petit Paul, leur premier enfant. Quelques mois passent encore et Ambroise et Pauline Vansse se retrouvent grand-parents pour la deuxième fois. Leur fille ainée Eugènie et son époux Benoît Le Corre sont les parents d'Étienne Clément, né le 31 octobre 1894. Une année s'écoule et Paul, le fils d'Étienne et Clémentine Lepetit, décède le 8 septembre 1895. Clémentine Lepetit est alors enceinte, Pauline Vansse également.

    La vie des Vansse va un peu s'améliorer alors qu'Ambroise devient cantonnier à la ville de Paris. Benoît Le Corre est alors cordonnier et sa femme Eugènie est blanchisseuse ; Étienne Lepetit et son épouse sont tous deux journaliers. Le clan familiale se sépare alors, les Lepetit restant rue Leibnitz, alors que les Vansse et les Le Corre vont s'installer non loin de là au 33 rue Calmels (adresse aujourd'hui disparue), toujours dans le 18e arrondissement. Le 2 mars 1896, Pauline Vansse met au monde une autre garçon : Georges Eugène. Mais moins de trois semaines plus tard, le 18 mars 1896, le sort continue son oeuvre sinistre, et c'est au tour de la petite Clémentine Pauline, âgée de deux ans, de quitter prématurément la vie. Le 4 avril suivant, une nouvelle naissance s'annonce dans la famille Lepetit avec la venue de Jean Antoine. Toujours la même année, le 23 septembre, vient au monde le petit Victor Émilien Le Corre. Mais il décède moins d'un an plus tard le 14 juillet 1897. L'année suivante, le 26 février 1898, c'est la petite Elisabeth Albertine qui voit le jour chez les Vansse.

    Étienne Lepetit, alors devenu lui aussi cantonnier de la ville de Paris, et sa famille quittent la rue Leibnitz pour s'installer dans la Goutte d'Or, au 61 rue Myrha. C'est ici que le 18 mai 1898, nait Paul Étienne Lepetit. Benoît et Eugénie Le Corre vont s'installer au 37 rue Balagny (aujourd'hui rue Guy Môquet) dans le dix-septième arrondissement. Ambroise et Pauline Vansse se rapprochent des Lepetit en déménageant pour le 11 impasse d'Oran (aujourd'hui rue Pierre Budin) dans la Goutte d'Or. Si le clan des Vansse-Lepetit-Le Corre s'est éloigné, pour autant on y est toujours aussi proche. On peut le constater sur les actes de naissance ou de décès de la famille où l'on retrouve presque systématiquement un membre de la famille qui signe comme témoin. À l'époque c'est généralement des voisins proches qui sont témoins en pareil cas, pas la famille. D'ailleurs, quand Étiennette Le Corre accouche d'Henri Eugène le 26 juin 1899 chez une sage-femme, Virginie Brice, qui exerce au 61 rue des Cloÿs, sa mère Pauline Vansse est présente. Notons que le recours aux services payants d'une sage-femme est un indice d'amélioration de la situation matérielle de la famille. Pauline Vansse est signalée comme témoin sur l'acte de naissance de son petit-fils, mais elle ne signe pas car "ne le sachant pas" comme le rappelle l'acte de naissance. On avait supposé plus haut que l'analphabétisme de Pauline Vansse était lié à ses problèmes de vue. Mais bientôt, c'est la presse, à travers une publicité, qui va nous apprendre que Pauline Vansse à "miraculeusement" recouvré la vue.

     

    Le truc de l'oculiste américain

    Le journal Le Temps , dans son édition du 31 mars 1900, publie une publicité sous forme de témoignage d'un certain Docteur Henri Thil (aucune trace de docteur dans les archives) qui fait l'éloge d'un mystérieux oculiste américain et de son remède miracle à base de plantes. On y découvre le témoignage de Pauline Vanse (sic) qui affirme avoir retrouvé la vue alors qu'elle était aveugle depuis vingt ans. Nous l'avons montré plus haut, Pauline Lepetit épouse Vansse était certainement mal-voyante mais pas non-voyante. La publicité certifie qu'elle était atteinte d'une "cécité complète et incurable". Signalons également que Pauline Vansse n'est jamais signalée comme sans-emploi sur tous  les actes d'état-civil ou elle apparaît, mais comme blanchisseuse ou journalière. On ne peut imaginer une blanchisseuse aveugle et par conséquent, cette publicité en devient bien suspecte. Mais quel est donc cet oculiste américain si célèbre qu'on n'en cite même pas le nom, alors qu'on précise moult détails sur les témoins ? Que cache cette stratégie publicitaire qui s'appuie sur un témoignage très certainement rémunéré ?

     

    Le Temps 31 mars 1900
    Extrait du journal Le Temps, 31 mars 1900

     

    La même publicité parait dans plusieurs quotidiens parisiens (Le Figaro, Le Gaulois…)dans la même semaine, puis la campagne publicitaire s'arrête brusquement. On la retrouvera plus tard, plus ou moins actualisée, à Nice ou à Montpellier. C'est en octobre 1912 en Catalogne, qu'on retrouve la campagne publicitaire pour le remède de l'oculiste américain pour la dernière fois. Pauline Vansse y est toujours citée comme miraculée, mais cette fois domiciliée au 28 rue Affre, alors qu'elle n'y habitait plus depuis plusieurs années comme nous le verrons plus bas. 

     

    Veu de Catalunya
    Publicité parue dans le journal Veu de Catalunya (Barcelone) du 31 octobre 1912

     

    C'est grâce au docteur Cosse, Secrétaire général du Syndicat général des Oculistes français, que l'on va comprendre "ce que l'on appelle le truc de l'oculiste américain". Dans son ouvrage Prévention de la Cécité (1909), le docteur Cosse dénonce et explique le système qui est à l'oeuvre, comme on peut le lire dans l'extrait ci-dessous :

     

    Prévention de la cécité
    Extrait du livre Prévention de la Cécité, par le Dr Cosse, 1909

     

    À n'en pas douter, Pauline Vansse a donc bien reçu une compensation financière pour l'utilisation de son nom, et pas qu'une fois, son adresse ayant été actualisée au gré du temps. Mais miracle ou pas, la vie de la famille continue son chemin.

     

    28 rue Affre

    En 1900, Étienne Lepetit et sa famille déménagent du 61 rue Myrha pour s'installer tout près de là au 28 rue Affre. À cette adresse c'est un modeste habitat ouvrier faubourien qui ressemble aux précédentes résidences de la famille. C'est aussi un des seuls immeubles encore existant parmi les nombreuses adresses de la famille Vansse, ce qui permet de mesurer l'ampleur de la disparition de l'habitat faubourien parisien. En habitant là, Étienne Lepetit reste proche de sa soeur Pauline Vansse.

     

    Rue Myrha
    Rue Myrha au débouché de la rue Affre vers 1900

     

    Le 21 juillet 1900, Pauline et Ambroise Vansse deviennent parents pour la dernière fois avec l'arrivée de Marie Émilie. Le 8 octobre suivant, c'est au tour de Valentine Lepetit de naître. Avec ces naissances c'est la fin heureuse d'un cycle infernal pour cette famille, il n'y aura plus de mort en bas âge. Le cycle des naissances a pris fin, mais celui des déménagements n'est pas fini. Et si jusque là nous avons pu suivre la vie de cette famille principalement à travers l'état-civil, dorénavant c'est avec les aides sociales octroyées par la ville de Paris que nous pouvons continuer cette exploration biographique. En effet, les familles Vansse et Lepetit vivent toujours une situation financière précaire et sollicitent régulièrement des aides à la Ville de Paris.

    Vers 1902, Ambroise et Pauline Vansse et leurs enfants quittent le 11 impasse d'Oran, promis à la destruction pour permettre le percement de la rue Pierre Budin (ouverte en 1906) et retrouvent Étienne Lepetit et sa famille au 28 rue Affre. Mais la famille Vansse déménage à nouveau, toujours dans la Goutte d'or. Cette fois elle s'établit au 19 rue Léon. Ambroise Vansse perçoit une aide le 14 janvier 1904 à cette adresse.

     

    Rue Laghouat
    Vue sur la rue Laghouat depuis la rue Stephenson, en fond on aperçoit le 19 rue Léon

      

    Le 20 juillet 1905 une aide est versée au cantonnier Vansse, il apparaît sur le Bulletin Officiel de la Ville de Paris que la famille a encore changé de domicile et s'est installée au 34 rue de la Goutte d'Or. Quelques année plus tard, en juillet 1908, on retrouve la famille Vansse au 53 rue des Poissonniers.

     

    53 rue des Poissonniers
    53 rue des Poissonniers (mai 2015)

     

    Le 23 janvier 1910, ils habitent toujours à la même adresse. Le 26 août 1911, Félicie âgée de dix-neuf ans, se marie avec Marius Edouard Ronart à la mairie du quinzième arrondissement de Paris. Sans doute pour se rapprocher de leur fille Félicie, les Vansse quittent le dix-huitième arrondissement pour s'installer dans le quatorzième arrondissement. Une autre aide attribuée le 23 décembre 1911, on voit que la famille Vansse loge à présent dans le quatorzième arrondissement, au 6 rue du Château (adresse aujourd'hui disparue). 

     

    34 rue de la Goutte d'Or
    34 rue de la Goutte d'Or vers 1910 (deuxième immeuble en partant de la droite) 

     

    En 1911, Étienne Lepetit a quitté le 28 rue Affre et est domicilié au 121 rue Championnet. À l'âge de quarante-quatre ans, il se voit octroyer une aide au titre d'ancien cantonnier le 31 janvier 1911. Rien n'indique la raison de cet interruption de carrière prématurée. Toujours est-il que le mariage d'Étienne Lepetit et de Clémentine Caron bat de l'aile. Le divorce est prononcé le 13 février 1912. C'est ici que l'on perd la trace d'Étienne Lepetit. Clémentine Caron se remariera avec un dénommé Léopold Debrussels le 9 mai 1925 à Saint-Ouen dans la Seine (aujourd'hui Seine Saint-Denis).

    Le couple Vansse va également connaître son terme durant le premier semestre 1912 avec le décès d'Ambroise Vansse à l'âge de cinquante-neuf ans. Le 1er juillet 1912, une aide de est attribuée à la veuve Vansse, toujours domiciliée au 6 rue du Château. En 1914, le 25 avril, Émile Vansse se marie avec Albertine Germond à la mairie du dix-huitième arrondissement. Ensuite Pauline Lepetit veuve Vansse retourne dans le dix-huitième arrondissement, pour le 19 cité Traeger. En mai 1916, on retrouve Pauline Vansse au 105 rue Championnet. Ensuite elle va quitter Paris pour la province. Le 1er août 1918, une aide est versée à Pauline Vansse domiciliée au 5 place des Récollets à Montargis dans le Loiret, sans doute chez un de ses enfants. C'est là la dernière trace de Pauline Lepetit veuve Vansse, cette aveugle qui vit clair.

     

    Descendance 

    Pour ne pas quitter cette famille si brusquement, nous finirons avec le devenir des enfants, ceux qui ont eu la chance d'échapper au funeste destin qui frappa durement la famille de Pauline Lepetit-Vansse. Rappelons-le, Pauline Lepetit et Ambroise Vansse ont eu onze enfants dont cinq sont décédés en bas-âge.

    Nous avons vu qu'Eugènie et Félicie s'étaient mariées, il en est de même pour leurs frères et soeurs. Veuf ou divorcé (?), Émile Vansse se remarie le 31 août 1935 avec Blanche Kurtz ; il mène une carrière de cantonnier, comme son père, et s'engage dans le militantisme et la représentation syndicale. Il finira sa carrière à la Ville de Paris comme contrôleur technique de première classe. Georges Vansse épouse Marie Joséphine Louchart le 31 décembre 1919 à la mairie du dix-huitième. Ensemble ils auront cinq enfants, ce qui vaudra à Marie Louchart épouse Vansse de recevoir la médaille de bronze de  la Famille française le 24 février 1932. Georges décède à l'âge de soixante-et-onze ans, le 6 septembre 1967 dans le septième arrondissement. Élisabeth Vansse se marie avec Charles Eugène Brune le 31 décembre 1932 à Bry-sur-Marne. Devenue veuve, elle épouse en secondes noces Louis Jean Alphonse Duveau à Nogent-sur-Marne le 14 mars 1939. Elle meurt à l'âge de soixante-huit ans dans le douzième arrondissement de Paris, le 30 décembre 1966. Quant à Marie Vansse, elle épouse Louis Valentin Kriégel le 6 mars 1920 à la mairie du dix-neuvième. Elle décède le 9 novembre 1968 à Caen dans le Calvados.

    Paul Lepetit épouse Augustine Louise Collin le 10 mai 1924 à la mairie du dix-huitième. On constate son décès le 7 août 1970 à son domicile, toujours dans le dix-huitième arrondissement, il semble que la mort soit survenue plusieurs jours plus tôt. Valentine Lepetit va également se marier à la mairie du dix-huitième avec Victor Félix Angel Vaucelle le 30 mai 1929. Elle meurt le 20 août 1963 à Montmorency dans la Seine-et-Oise (aujourd'hui Val-D'Oise). Et pour finir, Étienne Le Corre, petit-fils de Pauline l'aveugle miraculée, sa vie s'arrête à l'âge de soixante-quinze ans, le 21 janvier 1970 dans le village d'Avosnes dans la Côte d'Or.

    Ainsi s'achève cette saga faubourienne qui passa par le 28 rue Affre et qui nous a permis de suivre une famille indigente mais, visiblement, pour le moins soudée dans l'épreuve. La misère est sans doute moins pénible en famille.

     

     

     Les adresses de la famille Lepetit-Vansse


    Afficher Trajectoire des Vansse sur une carte plus grande

     

     

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  • Le 28 rue Affre est un petit immeuble faubourien des années 1840, bâti sur d'anciennes terres agricoles de la butte des Cinq Moulins fraichement loties. Depuis sa construction il n'a abrité que de bien modestes gens, pas de personnage illustre ici, si ce n'est Louis Hostalier, un photographe colonial qui pratiqua son art notamment à Saint-Louis au Sénégal à la fin du dix-neuvième siècle. Mais le voisinage du 28 compte un peu plus de ces personnalités qui ont marqué leur temps et/ou leur art. Voyons donc les principales personnalités, artistes, écrivains, politiques ou sportifs, qui ont résidé dans le quartier de la Goutte d'Or et qui, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, sont restées dans la postérité. 

     

    28

     

    La liste établie ci-dessous n'est ni exhaustive ni définitive, elle sera enrichie au gré des découvertes. Ne sont retenues ici que les personnes dont la notoriété a dépassé l'échelle locale.

     

     

    Christine Angot

    Romancière et dramaturge, Christine Schwartz, dite Christine Angot, est née le 7 février 1959 à Châteauroux. Elle habite la Goutte d'Or, dans "le quartier noir au-dessus de Barbès" (sic).

    C Angot
    Christine Angot

     (Cliquer sur les images pour agrandir)

     

    François-Narcisse Baptifolier 

    Prêtre, évêque de Mende, François-Narcisse Baptifolier est né le 19 décembre 1819 à Paris et est mort le 26 septembre 1900 à Mende. Il a été curé de Saint-Bernard de la Chapelle de 1869 à 1889, il quitta la paroisse pour être nommé évêque de Mende. IL était le curé en charge de la paroisse lors de la Commune de Paris, durant laquelle l'église Saint-Bernard de la Chapelle abrita le Club de la Révolution.

    FN Baptifolier
    François-Narcisse Baptifolier

     

     

    Alain Bashung

    Chanteur, Alain Baschung, dit Alain Bashung, est né le 1er décembre 1947 à Paris et mort le 14 mars 2009 à Paris. Il a habité  la Villa Poissonnière et était impliqué dans la vie associative du quartier. Un square situé au 16 rue de Jessaint porte aujourd'hui son nom.

    A Bashung
    Alain Bashung

     

     

    Alexandre Baston 

    Peintre, Alexandre Baston est né à Paris en 1848 et est mort en 1911. Il habitait au 24 rue de la Goutte d'Or (vers 1877-88).

     

     

    Barthélémy Bernier

    Peintre, Barthélémy Bernier est né à Lyon en 1837 (et est mort à ? en ?). Il a habité au 58 boulevard de la Chapelle.

    B Bernier
    Cour de l'hôtel de Ville (d'Abbeville), de Barthelemy Bernier

     

    Joseph Bilfeldt

    Peintre, Joseph Bilfeldt est né à Avignon en 1793 et est mort à Paris en 1869. Il a habité au 8 rue de Chartres (vers 1841).

    J Bilfeldt
    Homme à la tabatière, par Joseph Bilfeldt, 1821 

     

     

    Louise Bourgoin

    Présentatrice et comédienne, Ariane Louise Bourgoin, dite Louise Bourgoin, est née le 28 novembre 1981 à Vannes. Elle a habité rue de Suez à son arrivée à Paris. 

    L Bourgoin

     

     

    Saïd Bouziri

    Militant des Droit de l'Homme, Saïd Bouziri est né le 4 juin 1947 à Tunis et décédé à Paris le 23 juin 2009. Il fût une figure très active dans la vie de la Goutte d'Or qu'il habitât depuis le début des années soixante-dix jusqu'à sa mort. Le square situé rue Affre en face de l'église Saint-Bernard porte le nom "Saint-Bernard-Saïd Bouziri".

    S Bouziri
    Saïd Bouziri

     

     

    Suzanne Buisson

    Politicienne, féministe et résistante, Suzanne Levy, épouse Buisson, est née le 19 septembre 1883 à Paris et est morte en déportation en Allemagne à une date inconnue. Membre dirigeante de la SFIO et résistante active durant la Seconde Guerre mondiale jusqu'à son arrestation par la Gestapo en 1943, elle a habité au 39 rue Doudeauville où une plaque commémorative célèbre sa mémoire. Un square porte son nom dans le 18e arrondissement.

    S Buisson 
    Suzanne Buisson

     

     

    Guillaume Cachier

    Peintre et céramiste, Guillaume Cachier est né à Paris (en ? et est mort à ? en ?). Il a habité au 30 rue de la Goutte d'Or (vers 1875).

    Cachier
    Paire de vases de forme bouteille en céramique décoré à la barbotine de fleurs au naturel sur fond bleu,     de Guillaume Cachier (atelier d'Eugène Schopin)

     

     

    François-Ruppert Carabin

    Sculpteur, ébéniste et photographe, François-Ruppert Carabin est né le 17 mars 1862 à Saverne et est mort en  novembre 1932 à Strasbourg. Vers la fin du XIXe jusqu'au début du XXe siècles, il s'était établi au 16 rue Richomme (adresse disparue après le prolongement de la rue Richomme jusqu'à la rue des poissonniers).

    16 rue Richomme
    Entrée de l'atelier de Carabin, 16 rue Richomme

     

     

    François Cavé

    Industriel, François Cavé est né le 12 septembre 1794 au Mesnil-Conteville et mort en 1875 près de Meaux. Il inventa de nombreuses machines et notamment des locomotives à vapeur. Ses ateliers étaient situés dans la rue baptisée à son nom de son vivant.

    Rue Cavé 
    Rue Cavé, vers 1910

     

     

    Louis Nicolas Chainbaux

    Peintre et élève d'Achille-Etna Michallon, Louis Nicolas Chainbaux a vécu au 11 ou 12 impasse des Couronnes (aujourd'hui rue Polonceau) vers 1834-1842.

    LN Chainbaux
    Louis Nicolas Chainbaux

      

     

    Michel Cymes

    Médecin et animateur, Michel Cymes est né le 14 mai 1957 à Paris. IL a "grandi dans le 18e arrondissement de Paris, à l'entrée de la Goutte d'Or".

    M Cymes
    Michel Cymes

     

     

    Jamel Debbouze,

    Humoriste, acteur et producteur, Jamel Debbouze est né le 18 juin 1975 à Paris (10e). Il a habité dans sa petite enfance dans la Goutte d'Or avant que sa famille ne s'installe à Trappes.

    J Debbouze 
    Jamel Debbouze

     

     

    Paul Éluard

    Poète et écrivain, Eugène Grindel, dit Paul ÉLuard est né en 1895 à Saint-Denis et est mort en novembre 1952 à Charenton-le-Pont. Il a habité avec ses parents au 3 rue Ordener (1er étage, escalier du milieu), adresse administrativement située dans la Goutte d'Or, en 1912. Il est revenu habiter à cette même adresse (4e étage) avec sa femme Gala (voir plus bas), vers 1918.

    P Eluard 
    Paul Éluard

     

     

    Les Femen

    Groupe d'activistes féministe originaire d'Ukraine, les Femen ont résidé en 2012-13 au Lavoir Moderne Parisien rue Léon. Un incendie d'origine indéterminée le 21 juillet 2013 a mis fin à leur résidence au LMP.

    LMP Femen
    Inna Shevchenko, leader des Femen, devant le LMP au matin de l'incendie qui a détruit le local qui les accueillait

     

     

    Louis-Charles Fremont

    Métallurgiste et technicien, Louis-Charles Fremont est né le 7 août 1855 au 2 rue des Gardes (aujourd'hui 14 rue des Gardes, depuis  l'absorption de la rue St-Charles) et est mort le 17 août 1930. Il a constitué une collection photographique considérable sur le 18e arrondissement et particulièrement sur Montmartre ; cette collection est à présent détenue par l'Association des Amis du Vieux Montmartre. Une plaque à sa mémoire est visible au 25 rue du Simplon.

     

     

    Gala

    Épouse de Paul Éluard, puis épouse et muse de Salvador Dali, Elena Ivanovna Diakonova (Елена Ивановна Дьяконова), dite Gala, est née à Kazan (Russie) le 26 août 1894 et est morte à Figueras (Espagne) le 10 juin 1982. Elle a habité avec Paul Éluard (voir plus haut) au 3 rue Ordener (4e étage), vers 1918.

    Gala 
    Gala

     

     

    Joseph Garin

    Prêtre et historien amateur, Joseph Garin est né en 1876 et est mort en 1947. Il a été curé de la paroisse Saint-Bernard de la Chapelle dans les années 1930. Il a publié de nombreux ouvrages d'histoire locale dont L'église Saint-Bernard en 1933.

     

     

    Henri Gervex

    Peintre et pastelliste, Henri Gervex est né le 10 septembre 1852 à Montmartre et est mort le 6 juin 1929 à Paris. Fils du facteur de piano Félix Gervex, il a commencé sa vie au 23 rue des Poissonniers (à la fin de sa vie il était propriétaire d'un hôtel particulier en bordure du parc Monceau).

    H Gervex
    Henri Gervex, 1902

     

     

    Gabriel Guay

    Peintre, Julien Gabriel Guay est né à Paris en 1848 (et est mort à ? en ?). Il a habité au 7 rue des Gardes (vers 1888).

    G Guay
     Gabriel Guay

      

     

    Louis Hostalier

    Photographe colonial, Louis Hostalier a habité au 28 rue Affre (vers 1900?).

    Hostalier
     Dos de photographie de Louis Hostalier

     

     

    Marcellin Laporte

    Peintre, Marcellin Laporte est né à Saint-Geniez d'Olt en 1839 et mort en 1906. Il a habité 4 rue Caplat (vers 1877).

    Élégante aux colombes, Marcellin Laporte
     Élégante aux colombes, de Marcellin Laporte

     

    Jalil Lespert

    Acteur et réalisateur, Jalil Lespert est né à Paris le 11 mai 1976. Il a habité la Goutte d'Or une bonne partie de sa vie.

    Jalil Lespert

     

    Léon Marié

    Graveur, Léon Marié est né à Paris (en ? et est mort à ? en ?). Élève d'Alexandre Falguière, il a habité au 20 rue Affre (vers 1879). 

    L Marié 
    Portrait de Célestine Galli-Marié, gravure de Léon Marié, 1879

     

     

    Adolphe Maugendre

    Lithographe, Adolphe Maugendre est né en 1809 à Ingouville (aujourd'hui quartier du Havre) et est décédé le 21 janvier 1895 à Paris. Il habita au 42 rue de la Goutte d'Or.

    A Maugendre
    Usines de St Léonard à Liège, par Adolphe Maugendre

     

     

    Louise Michel

    Institutrice et révolutionnaire, Louise Michel est née le 29 mai 1830 à Vroncourt-la-Côte et est morte le 9 janvier 1905 à Marseille. Pendant la Commune de Paris, elle anima le Club de la Révolution qui se tenait dans l'église Saint-Bernard. Elle habita avec sa mère au 36 rue Polonceau à son retour d'exil en Nouvelle Calédonie.

    L Michel
    Louise Michel

     

    Hermann Raunheim

    Lithographe et dessinateur, Hermann Raunheim est né à Francfort-sur-le-Main (Allemagne) en 1817 et est mort à à Vanves (Hauts-de-Seine) en 1895. Il habita au rue de la Goutte d'Or vers 1870. 

    Magnus par Raunheim
    Portrait de Désiré Magnus par Hermann Raunheim

     

    Mamadou Sakho

    Footballeur international, Mamadou Sakho est né le 13 février 1990 à Paris. Il a vécu à la Goutte d'Or dans sa petite enfance, ce qui lui vaut parfois le surnom de Monstre de la Goutte d’Or.

    M Sakho

     

     

    Sefyu

    Rappeur, Youssef Soukounadit Sefyu, est né le 20 avril 1981 à Paris. Il passa sa petite enfance au 30 rue d'Oran, jusqu'en décembre 1985.

    Sefyu
    "Oui je le suis" Album de Sefyu, 2011

     

     

    Auguste Serraillier

    Figure de la Commune de Paris, Auguste Serraillier est né à Draguignan le 27 juillet 1840 et est mort en exil en 1872 (?), sans doute à Londres. Ouvrier formier pour bottes, il habitait au 104 boulevard de la Chapelle jusqu'à son exil après la Commune. 

     

     

    Albert Theisz

    Figure de la Commune de Paris, Albert Frédéric Félix Theisz est né  13 février 1839 à Boulogne-sur-Mer et mort le 10 janvier 1881 à Paris. Ouvrier ciseleur, il habitait et travaillait au 12 rue de Jessaint.

    A Theisz
    Albert Theisz

     

     

    Georges Tiret-Bognet

    Dessinateur, peintre et illustrateur, Georges Tiret-Bognet est né le 15 janvier 1855 à Saint-Servan et est  mort le 15 octobre 1935 à Paris. Ami du peinte Maurice Utrillo et antisémite notoire, il vécu une vie miséreuse, notamment dans la Goutte d'Or où il habitait au 17 rue Cavé.

    G Tiret-Bognet
    Maurice Utrillo rentrant au Lapin Agile, Georges Tiret-Bognet, 1913

     

    Louis Toffoli

    Peintre, Louis Toffoli est né le 16 octobre 1907 à Trieste (Italie) et est mort le 18 février 1999 à Paris. Il habita rue Myrha à son arrivée en France, de 1930 à 1934.

    Louis Toffoli

     

     

    Daniel Vaillant

    Homme politique, Daniel Vaillant est né le 19 juillet 1949 à Lormes (Nièvre). Ancien ministre des Relations avec le Parlement puis de l'Intérieur, élu plusieurs fois comme député et maire du 18e arrondissement et actuellement député et conseiller de Paris, il habite rue Ernestine.

    D Vaillant 
    Daniel Vaillant devant son ancienne permanence à l'angle des rues Cavé et Saint-Jérôme

     

     

    Jeanne Weber, dite "l'Ogresse de la Goutte d'Or"

    Tueuse en série d'enfants, Jeanne Weber est née le 7 octobre 1874 à Kérity (aujourd'hui commune de Paimpol, Côtes-d'Armor) et est morte le 5 juillet 1918 à Fains-Véel (Meuse). Elle habita au 8 passage de la Goutte d'Or (aujourd'hui rue Francis Carco), ce qui lui valu sont surnom d'Ogresse de la Goutte d'Or.

    J Weber
    Jeanne Weber

     

     

    Éric Zemmour 

    Chroniqueur et éditorialiste, Éric Zemmour est né le 31 août 1958 à Montreuil (93). Il a habité durant son adolescence rue Doudeauville.

    Les personnages illustres de la Goutte d'Or

     


     

     

    Une précision sur Fabrice Luchini

    Comédien, Robert Luchini, dit Fabrice Luchini, est né le 1er novembre 1951 à Paris. Il a bien grandi dans le 18e, mais pas dans le quartier de la Goutte d'Or, comme lui-même se plait à l'affirmer. En fait, il a vécu rue Ramey (Quartier de Clignancourt) où son père tenait un commerce de fruits et légumes.

     

     

     

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    La bande la Goutte d'Or

     

    Le 17 avril 2009, un article du journal Le Parisien nous informe qu'une bande de la Goutte d'Or règle ses compte avec une bande de Clignancourt. Voilà une nouvelle qui à priori semble bien inquiétante. Que nous dit cette information ? Est-ce le symptôme d'une époque ? Doit-on y voir une dérive d'un "communautarisme" ? Est-ce là un signe d'un phénomène d'une modernité anxiogène ? "N'était-ce pas mieux avant ?" se demande le brave citoyen. Regardons donc ce qui se passait "avant" pour voir ce qu'il en était. Retournons un siècle en arrière et feuilletons le journal quotidien La Lanterne dans son édition du 10 octobre 1905. Et on y apprend… qu'une bande de la Goutte d'Or règle ses comptes avec une bande de Clignancourt, déjà. Rien de bien nouveau en somme.

     

    Les Faits Divers Illustrés"Les Apaches (du boulevard) de la Chapelle" Les Faits-Divers Illustrés, 22 novembre 1908

    (Cliquer sur les images pour agrandir)

     

    Effectivement, le phénomène de bandes de délinquants attachées à un territoire, en l'occurrence à des quartiers populaires, n'est pas né avec les "bandes de racailles" dans les "cités", ni même avec les "Blousons noirs" des années 1960, mais bien avant, à la Belle Époque, avec les bandes d'Apaches. Car en 1905, le règlement de compte entre la Goutte d'Or et Clignancourt est une histoire d'Apaches. Mais ne nous y trompons pas, les guerriers de Geronimo ne se sont pas installés à Paris pour terroriser les faubourgs, ces Apaches là sont des gars du cru.

     

    La naissance des Apaches 

     

    Les Apaches à la Goutte d'Or"Conférence apache" Carte postale humoristique

     

    Le nom d'Apaches est associé aux bandes de jeunes malfaiteurs sévissant dans les faubourgs parisiens durant le premier quart du du XXe siècle. Ce nom générique vient initialement de celui de la Bande des Apaches, une bande de Belleville active vers 1900 et dirigée par Léon Magnin. La fascination populaire exercée par la résistance de Geronimo aux États-Unis, le célèbre chef Apache, explique ce choix de baptême.

    On lit souvent que ce vocable d'Apaches serait né sous la plume de deux journalistes, Arthur Dupin et Victor Morris, et qu'il aurait été repris ensuite par des bandes organisées de malfrats pour se définir elles-mêmes. L'historienne Michèle Perrot situe ce baptême en 1902. En fait, cette théorie ne tient pas face à de simples éléments factuels. En effet, initialement il semble que ce soit bien la bande de Magnin qui s'est elle-même donné ce nom, comme en font foi, par exemple, un article du Matin daté du 30 juin 1900 et un autre du 2 août 1900, ou encore un article de l'Aurore du 1er juillet 1900. 

     

    Les Apaches à la Goutte d'Or
    Extrait d'un article du journal Le Matin "Les sauvages de Belleville", 30 juin 1900

     

    Les Apaches à la Goutte d'Or
    Extrait d'un article du journal Le Matin "Arrestation du chef des Apaches", 2 août 1900

     

    Les Apaches à la Goutte d'Or
    Extrait d'un article du journal L'Aurore "Féroces bandits", 1er juillet 1900

     

    Mais cette bande a été vite oubliée et très vite c'est une autre bande de Belleville à qui, à tort semble-t-il, la presse a attribué le nom de Bande des Apaches. Il s'agit de la bande menée par François Dominique, dit Leca, et qui a connu une grande médiatisation avec la figure de "Casque d'Or", une prostituée nommée Amélie Élie qui fit chavirer les coeurs des voyous de Belleville. Suite à cette affaire, une pièce de théâtre "Les Apaches de Paris" de MM. Privat, Lordon et Delille, est créée le 17 octobre 1902 au Théâtre du Château d'Eau. Inspirée par l'affaire de Casque d'Or, la pièce est jouée alors que le procès de la tierce de Leca se tient à la cour d'assises de Paris. Cette pièce sera adaptée en 1952 au cinéma par Jacques Becker, Simone Signoret incarnant pour la postérité le rôle de Casque d'Or.

     

    Casque d'Or
    Amélie Élie, dite "Casque d'Or"

     

    La figure de l'Apache est née. La presse se chargeant ensuite de populariser et généraliser le nom. L'Apache est donc un membre de la pègre des faubourgs, mais se qui le différencie du truand traditionnel c'est sa proximité relative avec les milieux anarchistes, son goût pour les tenues vestimentaires élégantes et son appétence à "se montrer". Son accoutrement s'identifie facilement avec les trois accessoires indispensables au "look" de l'Apache, à savoir: le couteau à cran d'arrêt modifié, la chemise (joliment) froissée et surtout la casquette à trois ponts surnommée la "deffe" ou la "bâche". 

     

    Modigliani
     "Apache" Gouache sur papier de Modigiani(1904)

    Un Apache et sa gigolette
    Un Apache et sa gigolette, Le rire 02 septembre 1911

     

    Mais que fait la police ?

    Si le nom d'Apaches apparait vers 1900, ce phénomène de bande est antérieur. Dès la fin du XIXe, la presse se fait l'écho des méfaits de ces bandes pleines de culot, dont l'âge des membres varie de quinze à vingt-cinq ans.  Le taux de criminalité qui avait un peu baissé jusqu'en 1900 commence à exploser dès 1901, des taux de très loin supérieurs à ceux qu'on peut connaitre aujourd'hui. Le développement du phénomène largement relayé par les presse créé une vraie panique morale dans la population. On a peur de s'aventurer d'abord dans les faubourgs parisiens, mais bien vite c'est dans tout Paris que l'on tremble et même partout en France. Aussi, les Apaches cherchent à contrôler "leur" territoire, et les conflits entre bandes sont légions. La panique gagne plus encore et l'Apache devient le nom qu'on accole à toute forme de délinquance ; on finit par voir des Apaches partout! 

    On reproche aux forces de police leur inaction, leur incapacité à agir, voire leur frousse devant les Apaches. Certains commentateurs de l'époque vont même accuser les pouvoirs publiques et les policiers de complicité active avec les bandes d'Apaches. En première ligne de ces critiques se trouve le préfet Lépine.

     

    Paname est  Apache
    "Paname est Apache" M. Garcia

      

    Louis Lépine est préfet de police de Paris de 1893 à 1897 et de 1899 à 1913, période phare des Apaches. Le préfet Lépine (celui du Concours Lépine, à ne pas confondre avec Jean-François Lépine de la rue éponyme du quartier de la Goutte d'Or) est alors sur la sellette, et est l'objet de bien des railleries et de reproches pour son incapacité à vaincre les Apaches. Politiques et éditorialistes se plaisent à l'accuser de n'être qu'un doux protecteur pour les Apaches. Il trouve tout de même quelques défenseurs et garde la confiance de son ami Clemenceau. Pourtant, Lépine va multiplier les actions pour tenter de venir à bout de ce phénomène, comme la création de la police scientifique (celle qui fût catastrophique dans l'affaire de l'Ogresse de la Goutte d'Or), ou encore les fameuses "brigades du Tigre" (brigades régionales mobiles). Il va également avoir recours à des méthodes plus originales.

      

    Lépine"M. Lépine protégeant les petits travailleurs et chassant les Apaches (jouet animé)" Le Journal du Dimanche 1902

     

    Attaque!

    Voulant reprendre l'initiative, le préfet Lépine va tester de nouvelles méthodes. Ainsi il généralise l'utilisation de chiens policiers qui avait été expérimentée plus tôt à Neuilly sur Seine. C'est pour lutter contre les Apaches que sont nées les brigades canines en France. Pour rassurer la population qui gronde, on organise des démonstrations  de chiens d'attaque lors de manifestations publiques, on parle de l'initiative dans les journaux, on édite des cartes postales de propagande, on trouve même en librairie Les mémoires de Poum, chien de police, édités en 1913. Ce n'est pas tant qu'elle est efficace, mais cette méthode spectaculaire tend à rassurer le bourgeois en panique.

     

    Les Apaches à la Goutte d'Or Les Apaches à la Goutte d'Or Les Apaches à la Goutte d'Or 
    Chiens d'attaque dressés contre les Apaches, vers 1900-1910 

     

    Les chiens de police
    "Les chiens de police à Paris ; MMrs les Apaches n'ont qu'à bien se tenir…" Le Grand Illustré 17 mars 1907 

     

    Dans les journaux, c'est la surenchère de propositions pour stopper les Apaches. Les uns prônent le bagne, les autres somment les policiers d'abattre systématiquement tout ce qui ressemble à un Apache. On prône beaucoup l'auto-défense armée, comme le Journal du Dimanche qui propose tout un éventail d'armement pour équiper le bon citoyen.

     

    Contre les Apaches  
    "Défendons-nous contre les Apaches" Le Journal du Dimanche 12 mars 1911

     

    Finalement, c'est la Première Guerre Mondiale qui va marquer le plus grand coup d'arrêt au phénomène des bandes d'Apaches. Certes, le banditisme, la criminalité et le proxénétisme n'ont pas disparu après-guerre, mais on ne parle plus spécifiquement d'Apaches à partir des années 1920. L'élégance arrogante des l'Apaches disparaît au profit de tenues plus discrètes.

     

    Les Apaches à la Goutte d'Or
    Extrait d'un article du journal Le Javelot, "Le dernier salon ou l'on cause", 10 novembre 1923

     

    Danse Apache

    Seul souvenir des Apaches qui perdurera, c'est la "danse Apache" qui a connu un grand succès à travers le monde jusqu'au début de la Seconde Guerre Mondiale. Elle est née vers 1910 et a connu ses beaux jours dans les années 1920-1930. La danse Apache est une chorégraphie acrobatique qui mime une querelle violente entre un Apache et sa gigolette.  La danse est sulfureuse et fait scandale, on y voit une incitation au crime et à la débauche. En 1910, les tenanciers de bals publics de Berlin ont décidé de ne plus tolérer dans leurs établissements la "danse des Apaches" déclarée "inesthétique et inconvenante".

     

    Danse Apache
    "Chronique londonienne" revue Akademos (première revue "gay" française) 15 juillet 1909

     

    Danse apache 
    "Danse Apaches" Cartes postales par Alice Huertas

     

     

    Danse Apache, 1934

     

    La Goutte d'Or, territoire apache

    La Goutte d'Or, quartier populaire s'il en est, et haut lieu de la pègre et de la basse prostitution, est évidemment en proie aux Apaches. La partie Sud du quartier est largement investie par des bandes, qui se font et se défont au gré des morts et des arrestations de leurs membres.

     

    Les Apaches à la Goutte d'Or
    Le Matin, 30 septembre 1903

     

    Le boulevard de la Chapelle qui aligne garnis, hôtels douteux et maisons de passe est une des artères les moins sures de Paris. Le soir, les agressions, les crimes et les règlements de compte y sont légions. La rue de la Charbonnière est une voie presque entièrement consacrée à la prostitution, et comme on peut s'y attendre on y croise fréquemment des Apaches en parade. 

     

    CPA boulevard de la Chapelle
    "Boulevard de la Chapelle; Venez donc, beaux bébés roses" carte postale humoristique, 1909

     

    Rue de la Charbonnière
    Le Journal Amusant, 27 décembre 1924

      

    1 rue Fleury
    Deux pensionnaires devant la maison Benoit, "maison de société" au 76 boulevard de la Chapelle/1 rue Fleury
    (remplacé aujourd'hui par le Centre Fleury Goutte D'or-Barbara)

     

    Mais le reste du quartier de la Goutte d'Or n'est pas en reste. Le Bal Polonceau, au numéro 51 de la rue du même nom  et le Bal Adrien, 47 rue Myrha, sont largement investis par les Apaches, on y danse apache et on y joue à l'occasion du couteau ou du pistolet. Ces "bals des vaches" sont évidemment surveillés de très près par les policiers, notamment ceux des "moeurs". Rappelons-le encore, chez les Apaches, on dévalise, on vole, on venge, on tue, mais on a aussi un grand sens de la fête et de la gaudriole!

     

    Bals
    "Les bas-fonds du crime et de la prostitution" par M. Jean, 1899

     

    Rue Myrha
    Fusillade rue Myrha, Le XIXe Siècle, 26 août 1908

     

    La Lionne et la Bande de la Goutte d'Or

    En 1897, quelques années avant Casque d'Or et ses Apaches, une autre figure fit les délices des chroniqueurs. Marie Lyon (ou Lion?), dite "La Grande Marie" ou "La Lionne", est une prostituée dont s'est amourachée la Bande de la Goutte d'Or. Un certain Louis Lochain, dit "Petit Louis", en est le chef ; avec ses camarades Auguste Fauconnier, dit "Le Félé", Auguste le Bastard, dit "Barre-de-Fer", Léon Millet, dit "Dos-d'Azur", Léopold Schmitt, dit "Monte-En-L'Air", et quelques autres, ils écument les débits de boisson et les marchands de comestibles et font main basse  sur les alcools et les victuailles. Leur larcin, quand il n'est pas directement consommé, est revendu à bas prix dans un local s'affichant abusivement comme une "Succursale des Magasins généraux de Paris", au 114 rue de Belleville. 

     

    Rue de Belleville
    Rue de Belleville vers 1900 (le n° 114 est le 2e immeuble en partant de la droite)

     

    C'est La Lionne qui règne sur cette adresse et qui prépare les agapes pour ses voyous d'amants. Car les membres de la Bande de la Goutte d'Or sont tous les amants dévoués de La Lionne et s'accommodent très bien de cette situation. Tout semble aller au mieux pour cette joueuse troupe, jusqu'au 28 avril 1897, jour ou une descente de police vient mettre fin aux frasques de La Lionne et la Bande de la Goutte d'Or. 

     

    La Lionne
    "Une bande joyeuse" La Matin, 30 avril 1897

     

    La nouvelle paraît dans les quotidiens parisiens. C'est ainsi qu'Aristide Bruant, célèbre voisin montmartrois de la Goutte d'Or, découvre l'histoire de Marie Lyon et ses amants dans l'Écho de Paris. L'histoire ne peut pas laisser Bruant insensible, il va s'en inspirer pour écrire une chanson, La Lionne, et faire entrer Petit-Louis, Dos-d'Azur, Monte-en-l'Air, Le Félé et Barre-de-Fer dans la postérité.

     

    La Lionne, d'Aristide Bruant

    Rouge garce... A la Goutte‐d'Or
    Elle reflétait la lumière
    Du chaud soleil de Thermidor
    Qui flamboyait dans sa crinière.
    Ses yeux, comme deux diamants,
    Irradiaient en vives flammes
    Et foutaient le feu dans les âmes...
    La Lionne avait cinq amants.

    Le Fêlé, la Barre de Fer,
    Petit‐Louis le grand chef de bande,
    Et Dos‐d'Azur... et Monte‐en‐l'Air
    Se partageaient, comme prébende,
    Les soupirs, les rugissements,
    Les râles de la garce rouge
    Et cohabitaient dans son bouge...
    La Lionne avait cinq amants.

    Et tous les cinq étaient heureux.
    Mais, un matin, ceux de la rousse,
    Arrêtèrent ses amoureux
    Dans les bras de la garce rousse.
    Ce sont petits désagréments
    Assez fréquents dans leurs commerce...
    Or ils en étaient de la tierce !
    La Lionne et ses cinq amants.

     

     

    Les Tombeurs de la Goutte d'Or

    Si la Bande de la Goutte d'Or du Petit-Louis a disparu avec l'incarcération de ses protagonistes, pour autant, la Goutte d'Or n'est pas désertée, et de nouvelles bandes viennent remplacer celles décimées par les balles des bandes rivales ou par la police. En 1905, c'est les "Tombeurs de la Goutte d'Or" qui règnent sur le quartier.

    Le soir du 9 octobre 1905, pas moins d'une trentaine de membres des Tombeurs de la Goutte d'Or se sont donnés rendez-vous Aux Vendanges de Bourgogne, célèbre salle de bal et de banquet, sise au 14 de la rue de Jessaint. Un fois la soirée achevée, en s'engageant sur le pont de Jessaint, la bande tombe sur Alphonse Sabati, un membre des "Costos (sic) de Clignancourt", une bande d'Apaches rivale. Les Tombeurs entourent le Costo isolé, acculé contre les grilles du pont, et comptent bien en découdre. Il ne doit son salut qu'au passage d'agents qui font leur ronde. Les agents Maréchal et Grière tentent de maitriser Sabati qui brandit son couteau. Ce dernier se retourne contre les agents et plante son couteau en plein dans le coeur de l'agent Maréchal. Mais, comme par miracle, le couteau s'enfonce dans le porte-feuille épais du policier chanceux qui s'en sort indemne. On procède à l'arrestation de Sabati, mais les Tombeurs de la Goutte d'Or comptent bien récupérer leur ennemi de Clignancourt. Des coups de feu sont tirés, un homme s'effondre,  c'est Alphonse Sabati qui est touché, grièvement blessé par une balle dans la poitrine. Le bruit amène les renforts de police et les Apaches s'évanouissent dans la nuit, non sans avoir brisé quelques vitrines de commerces aux alentours.

     

    Rue de Jessaint
    La rue  et le pont de Jessaint vers 1900, au premier plan à gauche la célèbre salle de bal "Aux vendanges de Bourgogne"

     

    Le Manchot

    La Bande de la Goutte d'Or fait toujours régulièrement parler d'elle dans les journaux, Le quartier est incessamment en proie aux cambriolages et est témoin de nombreux règlements de compte, de jour comme de nuit.

     

    La Bande de la Goutte d'Or
    Le Matin, 22 avril 1907

     

    En janvier 1913, le police peut enfin s'enorgueillir d'avoir arrêté, encore, la Bande de la Goutte d'Or. Après Lucien Fauvel pris en flagrant délit de cambriolage rue Jean Robert, c'est au tour de Léon Buiron et de Marcel Brelaut d'être arrêtés. Mais surtout c'est le chef de la Bande de la Goutte d'or qui tombe: Georges Delan, dit "Le Manchot". Amputé d'un bras, perdu à cause d'un coup de fusil reçu dans une expédition nocturne rue du Département en août 1907, Le Manchot était recherché depuis fort longtemps, notamment après avoir tué Camille Artaz, un jeune ouvrier de quinze ans. On retrouvé chez Delan, des armes qui avait été volées au cours de cambriolages commis par la fameuse Bande à Bonnot. La compagne du Manchot, Clémentine Paquet, est mise sous les verrous également. Car dans les bandes d'Apaches, les filles ne sont pas en reste. Elles sont actives avec les hommes Apaches, pas seulement comme "gagneuses", mais elles forment elles-même des bandes "d'Apaches femelles". Une fois encore, les "Zoulettes du 9-3" aujourd'hui n'ont rien inventé.

     

    Les Apaches en Jupons

    Nos sociétés ont tendance à invisibiliser la violence des femmes (des fois qu'elle seraient tentées d'en user pour se défendre!). Toutefois, il existe des exceptions, notamment quand cette violence devient trop flagrante. Parmi ces tapageuses exceptions, les "Femmes Apaches" ont parfaitement su s'illustrer. Du coté de la Goutte d'Or, le boulevard de la Chapelle est certes un territoire Apache, mais il est aussi un territoire des femmes Apaches. Prises dans la violence qui règne le long du boulevard, les filles "en cheveux" savent réagir, se défendre et manier le couteau si le besoin s'en fait sentir. Et si dans la presse elles commencent d'abord à apparaître au coté des Apaches, on voit bientôt poindre des exactions commises par des bandes "d'Apaches en jupons". 

     

    Les Apaches en jupons
    Le Matin, 5 octobre 1910

     

    L'oeil de la Police, un des nombreux journaux à sensation de l'époque, nous livre en une deux de ces histoires de bandes de gigolettes sévissant dans le quartier.

    La première nous raconte l'histoire de Jules Bazet, un garçon épicier demeurant rue des Gardes et qui s'est fait "entôlé par deux belles filles". Bazet se promène un soir sur boulevard Barbès avec la ferme intention de ne pas rentrer seul chez lui. Dans sa quête de compagnie, il croise le chemin de deux belles, "bien habillées" et au pas chaloupé, qu'il s'empresse d'aborder. Il les invite dans un café tout proche. Après un charmante conversation, et mis en confiance, il emmène  nos deux Apaches en jupons à son domicile. Bien mal lui en pris, à peine arrivés dans son modeste garni de la rue des Gardes, les deux invitées se ruent sur lui, le frappent, le jettent à terre et le ligotent "comme un saucisson". La chambre est minutieusement fouillée et les deux filles se s'enfuient avec sept louis d'or et une montre en or, toute la fortune du saucissonné Bazet. On ne retrouvera pas la traces des deux drôlesses.

     

    Boulevard Barbès
    "Entôlé par deux belles filles" L'Oeil de la police, 1908 N°30

     

    Toujours dans L'Oeil de la Police, on apprend les aventures d'un autre homme, Louis Hurel, qui fut aussi une proie des Apaches en jupons. L'histoire se déroule le 18 février 1908 sur le boulevard de la Chapelle, un peu en dehors de la Goutte d'Or vers la rue Philippe de Girard.

     

     

    Apaches en Jupons
    "Apaches en Jupons" L'Oeil de la police, 1908 N°6

     

    Vers minuit, Louis Hurel, mécanicien de Lagny, vient de rendre visite à un de ses cousins qui habite rue Ordener et s'en retourne prendre son train à la gare de l'Est. Chemin faisant, il croise la route de Louise Dufort, dite "La Crevette", de Léontine Chaumet, dite "Titine", de Julie Castel, dite "La Boiteuse", de Juliette Ramey et de Victorine Hirsch. Les cinq filles l'entourent prestement et lui font le coup du Père François (voir une illustration de cette méthode ci-dessous). les Apaches en jupons le dépouille du peu d'argent qu'il possède, de ses vêtements ainsi que de ses chaussures "toute neuves", laissant le pauvre Hurel à moitié nu. Alertés par les cri de ce dernier, deux agents prennent en chasse les bougresses qui s'enfuient dans la rue Philippe de Girard et s'engouffrent dans un immeuble au n°38 de cette rue. Elles se réfugient sur le toit d'un petit hangar en fond de cour. Les agents sur place, bientôt aidés de renforts, mettent plus d'une une heure à venir à bout des Apaches en jupons qui tiennent vaillamment le siège depuis le toit de zinc. On finit par arrêter la bande et Louis Hurel a pu retrouver, entre autre, ses chaussures "toutes neuves".

     

    Le coup du père François
    "Pauvre Léontine; Le coup du Père François" (illustration d'une agression boulevard de la Chapelle, vers la rue de la Charbonnière) Les Faits-Divers Illustrés, 17 octobre 1907

     

    Finissons ces histoire d'Apache dans la Goutte d'Or avec une note plus sympathique, une chanson d'Aristide Bruant pour qui, comme nous avons pu le voir, les Apaches ont été une grande source d'inspiration.

     

     
    Aristide Bruant "Chant d'Apaches"

     

    PS: Amis lecteurs, quoi qu'on en dise, la Goutte d'Or n'est pas une "No Go Zone" et vous pouvez venir vous y promener à votre aise sans qu'aucune bande de la Goutte d'Or ne vienne vous voler vos chaussures "toutes neuves". Promis! 

     

     

     

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