• Jeanne Weber, l'Ogresse de la Goutte d'Or
    Jeanne Weber, l'Ogresse de la Goutte d'Or

    Tout au long de son histoire, le quartier de la Goutte d'Or a souvent eu mauvaise presse: il est décrit  par Zola dans l'Assommoir comme le sombre théâtre de destins sordides, il est évité par les "bons" Parisiens effarés par la présence des Apaches et de la basse prostitution, il est ensuite considéré comme une "médina" inquiétante et impénétrable, et pour finir il est dépeint comme un quartier trop "cosmopolite" par les amateurs "d'apéritifs saucisson-pinard" émétiques.

    Et la triste et bien injuste réputation de la Goutte d'Or n'a pas été améliorée avec Jeanne Weber, une de ses célèbres habitantes. En effet, la Goutte d'or a vu son nom durablement associé aux crimes de Jeanne Weber, surnommée par la presse d'alors "l'Ogresse de la Goutte d'Or". On peut effectivement rêver meilleure ambassadrice que Jeanne Weber, qui ne fût rien de moins qu'une des plus célèbres tueuses en série d'enfants.

    Nous retraçons ici le parcours de Jeanne Weber à travers ses crimes et l'incroyable et retentissant fiasco médiatique, judiciaire et médico-légal qui entoura l'affaire de l'Ogresse de la Goutte d'Or.

     

    Marcel Jean, Juliette, Lucie et Marcelle

    Jeanne Marie Moulinet nait le 7 octobre 1874 à Kérity (commune aujourd'hui intégrée à celle de Paimpol), un petit village de pêcheurs dans les Côtes du Nord (aujourd'hui Côtes d'Armor). Son père est un pêcheur d'Islande et sa mère est ménagère. Elle a deux frères et deux soeurs plus jeunes dont elle s'occupe avec attention. Sa famille est pauvre et elle ne goûte guère au bancs de l'école. Ses parents décident de l'envoyer à Paris pour soulager la famille d'une bouche à nourrir. À l'âge de quatorze ans, elle quitte sa Bretagne natale avec vingt-cinq francs en poche, les économies familiales de tout un hiver que ses parents lui confient pour partir à Paris.

    Acte naissance Jeanne Moulinet
    Acte de naissance de Jeanne Moulinet (cliquer sur les images pour agrandir)

    Arrivée à Paris, elle exerce différents petits métiers, et notamment celui de bonne d'enfants chez un architecte avenue de Clichy, où elle s'occupe des cinq enfants de la famille. C'est dans le quartier de la Chapelle que Jeanne rencontre son futur mari, Jean Weber. Ce dernier est un enfant de la Chapelle, il est né au 4 rue Martin (aujourd'hui rue Caillié), il a trois frères, Charles, Pierre et Léon. Jeanne Moulinet et Jean Weber vivent au 38 rue Pajol dans le quartier de la Chapelle quand ils se marient, tous deux mineurs âgés de vingt ans, le 2 juin 1894 à la mairie du 18e arrondissement de Paris. Jean est alors cocher et Jeanne est domestique. Les parents de Jeanne, devenus cultivateurs à Plounez dans les Côtes du Nord, ne font pas le long voyage jusqu'à Paris pour le mariage de leur  fille. La famille Weber est présente pour les noces de Jean et Jeanne Weber. Une partie de la Famille Weber est domiciliées dans le quartier de la Chapelle, les parents de Jean habitent 8 impasse Langlois (voie aujourd'hui disparue qui débouchait au 25 rue de l'Évangile), son frère Léon habite la même impasse et son frère Pierre habite au 7 rue du Pré Maudit (aujourd'hui rue du Pré). 

    8 impasse Langlois
    8 impasse Langlois

     

    signature de Jeanne Moulinet (Weber)
    Signature de Jeanne Moulinet/Weber sur son acte de mariage

     

    Jeanne Weber est une petite femme aux manières un peu rustres, pratiquement illettrée comme en témoigne sa signature sur son acte de mariage. Elle trouve dans cette union, non seulement un mari, mais également une belle-famille avec laquelle elle semble bien s'entendre. Jeanne est enceinte lors de son mariage, celui-ci est sans doute contracté pour "régulariser la situation". Après quatre mois de mariage, les époux Weber ont un premier enfant, Marcel Jean, le 4 novembre 1894. Mais ce dernier décède le 20 janvier 1895 à l'âge de trois mois. La cause de son décès est inconnue. Jean Weber est réputée dans son entourage pour son alcoolisme, aussi on ne s'étonne pas de la faiblesse de cet enfant que l'addiction de son père a rendu vulnérable par hérédité, comme le veulent les théories médicales de l'époque.

    Jean et Jeanne Weber déménagent ensuite, quittant le 38 rue Pajol pour le 49 rue de la Chapelle (aujourd'hui rue Marx Dormoy). Un deuxième fils, Marcel Charles, voit le jour le 9 janvier 1898. Les époux Weber changent à nouveau de domicile et s'installent au 3 rue Jean Robert. Jeanne met au monde une fille, Juliette, le 3 janvier 1900. Après trois jours de maladie la petite Juliette meurt le 22 janvier 1901 d'une pneumonie aiguë. Une fois de plus, on se dit que décidément les alcooliques ne font que des enfants faiblards à la santé précaire.

     

    Rue Jean Robert
    La rue Jean Robert

     

    Le couple s'installe ensuite de l'autre coté des voies du Chemin de fer du Nord, au 8 bis passage de la Goutte d'Or (tronçon de l'ancien passage Doudeauville, aujourd'hui rue Francis Carco). Jean travaille depuis quelques années comme camionneur pour la société de Louis Dotzeler, sise au 19 rue de la Chapelle (aujourd'hui rue Marx Dormoy), alors que Jeanne s'occupe de menus travaux et de garde d'enfants. Depuis la mort prématurée de deux de ses trois enfants, Jeanne est taciturne et tâte un peu de la bouteille. Elle prend soin de son fils Marcel et garde volontiers les enfants de la famille Weber et du voisinage. 

    Le 25 décembre 1902, Jeanne s'occupe de la petite Lucie, fille d'Alphonse Alexandre, un veuf demeurant au 11 rue Jean Robert. Quand le père rentre, Lucie est au plus mal. À 16 heures, en ce jour de Noël, La fillette décède. On diagnostique une pneumonie aiguë.

    Quelques mois plus tard, en 1903, Jeanne Weber se retrouve chez la famille Poyata, laitiers au 8 rue des Amiraux dans le quartier de Clignancourt. Elle s'arrange pour rester seule avec la petite Marcelle Poyata, âgée de trois ans.  On retrouve Jeanne serrant l'enfant sans vie,  sans doute morte… d'une pneumonie aiguë. Quelques jours plus tard Jeanne revient chez les Poyata, elle cherche à entrainer avec elle Jacques, le frère de la défunte Marcelle âgé de quatre ans, mais ce dernier, bien inspiré, prend peur et s'enfuie. La vie reprend son cours, Jeanne s'occupe de son foyer, "très bien tenu" au dire de tous.

     


    Les adresses parisiennes de l'Ogresse de la Goutte d'Or

     

    Georgette, Suzanne, Germaine et Marcel Charles 

    Au mois de mars 1905, Jeanne est à nouveau enceinte. Mais la mort semble soudainement rôder autour de Jeanne. Le 2 mars, alors qu'elle en a la garde, Georgette, la fille de Pierre et Blanche Weber âgée de dix-huit mois, meurt dans les bras de Jeanne Weber. Le diagnostic médical parle de convulsions. Le 11 mars, c'est une autre fille de Pierre et Blanche, Suzanne, âgée de deux ans et dix mois, qui perd également la vie dans les bras de Jeanne Weber. Le 26 mars, c'est la petite Germaine, sept mois, fille de Léon et Marie Weber, qui succombe, toujours en présence de Jeanne Weber. Le 29 mars, c'est à présent le petit Marcel, son fils, qui meurt à l'âge de sept ans. En l'espace d'un mois, quatre enfants Weber, dont le sien, meurent en la seule présence de Jeanne Weber. Cette série de morts suspectes commence à semer des doutes dans l'entourage de Jeanne. On se souvient qu'à chaque fois les personnes présentes sont envoyées par Jeanne Weber hors de la maison sous un prétexte quelconque. On se rappelle avoir retrouvé Jeanne Weber tenant fortement les petits cadavres. On se remémore l'état d'excitation étrange de Jeanne Weber. On débat pour savoir si on a réellement vu des traces d'ecchymose vers le cou des petites victimes. On se souvient, mais dans son entourage proche, on en reste là, on plaint plutôt cette pauvre Jeanne sur qui le sort s'acharne avec beaucoup de cruauté, mais on éloigne tout de même les enfants de peur qu'elle ne porte malheur. La rumeur, elle, ne s'éteint pas.

    Jeanne Weber, l'Ogresse de la Goutte d'Or
    Jeanne Weber en 1905 

     

    Jeanne semble accablée de tristesse et son état mental commence à poser question. Ses belles soeurs viennent souvent lui tenir compagnie. Le vendredi 7 avril 1905, Jeanne se retrouve chez son beau-frère Pierre, rue du Pré Maudit (aujourd'hui rue du pré), seule avec le petit Maurice Weber âgé de onze mois, fils de Charles. Elle a envoyé ses deux belles-soeurs la femme de Pierre et la mère de Maurice lui faire une commission dans le quartier. Vingt minutes plus tard, à leur retour elles retrouvent Jeanne Weber serrant l'enfant contre elle. Il est en train d'étouffer et sa mère a bien du mal à l'arracher des bras de Jeanne. Maurice est immédiatement conduit par sa mère à l'hôpital Bretonneau. Après une nuit de soins intensifs, le petit Maurice est sauf. L'étudiant en médecine qui l'ausculte conclut à une tentative de strangulation. Tous les soupçons se confirment, et les belles soeurs de Jeanne sont à présent convaincues de sa culpabilité.

     

    famille Charles Weber
    Charles Weber et sa famille, le petit Maurice est à gauche sur la photo

     

    Le samedi 8 avril 1905, Charles Weber et sa femme vont porter plainte au commissariat de police de la Goutte d'Or auprès du commissaire Monentheuil. Ils accusent Jeanne Weber de tentative d'assassinat sur leur fils Maurice, et relatent les circonstance du drame. Le commissaire reçoit ensuite les époux Pierre Weber qui portent plainte pour la mort de Suzanne et Georgette, leurs deux filles récemment disparues, ils signalent également la mort suspecte de Juliette et Marcel, les enfants de Jean et Jeanne Weber. Juste après, c'est au tour de Léon Weber et de sa femme de porter plainte pour la mort de la petite Germaine. On apprend également que la petite Julie Alexandre aurait pu être une victime de l'Ogresse. Cette fois, il semble que Jeanne Weber va devoir faire face à ses crimes. Jeanne est convoquée au commissariat de la Goutte d'Or, elle nie farouchement tout en tenant des propos décousus, elle se dit victime d'une cabale par "des calomniateurs et d'infâmes gredins". Elle est placée au dépôt et le lendemain elle est interrogée par le juge d'instruction Leydet. Dans les jours qui suivent, elle fait une fausse couche après trois mois et demi de grossesse. 

    On confie au docteur Thoinot, professeur de médecine légale et auteur d'ouvrages de référence, la tâche d'examiner le petit Maurice pour voir s'il y a confirmation du constat fait à Bretonneau et s'il y a lieu de faire procéder à l'exhumation des dépouilles des enfants Weber pour autopsie. La machine judiciaire est lancée. Jeanne Weber est incarcérée à la Prison pour femmes Saint-Lazare. On la soumet à l'expertise psychiatrique qui la déclare ni folle ni hystérique. Le docteur Thoinot et ses collègues procèdent à l'autopsie des quatre enfants Weber le 13 avril 1905. En plus des examens habituels, on procède à une analyse toxicologique. Selon le docteur Thoinot, les résultats ne permettent pas de corroborer l'hypothèse d'une mort par étouffement, et ce pour aucun des enfants.

     

    Thoinot 
    Caricature du professeur Thoinot 

     

    Mais la nouvelle se répand vite dans le quartier et bien au-delà: les enfants Weber, Juliette, Georgette, Suzanne, Germaine et Marcel seraient bien tous morts étouffés par les mains de la "mégère" Jeanne Weber, "l'étrangleuse d'enfants". La presse commence à parler d'une affaire inimaginable impliquant une certaine Jeanne Weber dans le quartier populeux de la Goutte d'Or. Les crimes sont effroyables, mais plus encore c'est le fait q'une femme, mère de surcroit, en fût l'auteure qui choque le plus l'opinion publique. On se dit qu'elle doit être atteinte de folie pour commettre des crimes pareils. La presse s'intéresse de près au "Mystère de la Chapelle". Dans les journaux comme dans la rue, on surnomme Jeanne Weber d'abord "l'Ogresse du Pré-Maudit" (l'adresse de Pierre Weber, là où Jeanne se faire surprendre en train d'étouffer le petit Maurice), mais très vite on l'appelle "l'Ogresse de la Goutte d'Or" en référence à son adresse (passage de la Goutte d'Or).

     

    Jeanne Weber en procès
    Jeanne Weber sur le banc des accusés le 29 janvier 1906

     

    Le 29 janvier 1906 s'ouvre le procès de l'Ogresse de la Goutte d'Or à la Cours d'assises de la Seine, présidé par le juge Bertulus. Jeanne Weber est accusée des meurtres de ses trois nièces, de sa fille et de son fils. Elle nie les accusations portées contre elle. Les témoins sont entendus, on reconstitue les emplois du temps de Jeanne Weber précédant la mort des enfants. Tout accuse l'Ogresse de la Goutte d'Or. Mais le rapport du médecin légiste Thoinot change la donne. On ne sait pas de quoi son morts les enfants Weber, mais la science est formelle: Jeanne Weber n'a pas étouffé ni étranglé ces enfants. On soumet tout de même le dossier à deux nouveaux experts, MM. Brouardel et Vibert, qui renoncent à se prononcer faute d'éléments probants. L'accusée est acquittée, Jeanne Weber ressort libre.

    Mais elle est désormais bien seule, son mari est le plus souvent pris par la boisson et ne rentre qu'épisodiquement à la maison. Jeanne se met également à boire de plus en plus. Les Weber, salis par l'affaire, quittent tous la Goutte d'Or et la Chapelle pour s'installer dans d'autres quartiers parisiens. Tout comme la famille Weber, les habitants de la Goutte d'Or et de la Chapelle, lui vouent une haine farouche. Sur son passage, on l'insulte, on l'invective, on lui crache dessus. Cependant, dans la presse on débat de la culpabilité de Jeanne Weber. Pour beaucoup, il n'y a aucun doute possible, elle est coupable et mériterait de goûter à la lame de la guillotine. Mais il se trouve des défenseurs qui, confiant dans la vérité scientifique du docteur Thoinot et de ses confrères, ne voit dans cette affaire que le calvaire d'une mère privée de ses enfants et injustement salie sur la place publique, la mort de ses nièces n'étant qu'une funeste coïncidence. Le quotidien conservateur Le Matin va devenir un des plus grands défenseurs de Jeanne Weber. Ce quotidien va être un soutien de poids, défendant jusqu'au bout cette "malheureuse Jeanne Weber" et allant même jusqu'à organiser plusieurs fois des collectes d'argent pour lui venir en aide. Mais il n'est pas le seul, le Petit Journal, notamment, lui dispute les faveurs de Jeanne Weber. En effet, cette dernière ne rechigne pas à répondre aux interviews et à poser devant les objectifs.

     

    Jeanne Weber, l'Ogresse de la Goutte d'Or 
    Jeanne Weber posant pour Le Matin, édition du 29 avril 1907 

     

    Auguste

    L'affaire de l'Ogresse a fait grand bruit, bien au-delà de la Goutte d'or. Les journaux de France mais aussi du monde entier ont relaté l'histoire de Jeanne Weber. Ainsi en lisant son histoire dans la presse, Sylvain Bavouzet, cultivateur à Chambon dans l'Indre, est pris de compassion pour cette femme que la vie n'a pas épargnée. Il croit fermement à son innocence. Il écrit à Jeanne et la supplie de venir s'installer chez lui pour… élever ses enfants! Jeanne voit là un échappatoire qui tombe à point nommé. Mais son mari Jean ne veut pas tenter l'aventure d'un nouveau départ en province, trop attaché à son travail. On oublie la proposition.

     

    Jeanne Weber, l'Ogresse de la Goutte d'Or
    Sylvain Bavouzet

     

    Le 10 novembre 1906, on repêche dans la Seine, quai Malaquais, une femme qui prétend avoir été dévalisée et jetée au fleuve par un Apache (surnom des voyous de l'époque). Conduite à l'hôpital de la Charité, elle dit s'appeler Jeanne Moulinet et demeurer au 19 rue de la Chapelle (en réalité le lieu de travail de Jean Weber). Un suicide inavoué? Aucun journal qui relate l'affaire, ne fait le rapprochement entre Jeanne Moulinet et Jeanne Weber, pas même Le Matin qui profite plutôt de cette nouvelle pour fustiger une justice trop laxiste. 

    Le 30 décembre 1906, alors qu'elle vit au ban de la société, installée à présent dans un hôtel garni du boulevard de la Chapelle, Jeanne va se suicider en se jetant du haut du pont de Bercy. Sa tentative est vaine, en sautant, jupe et jupons se sont gonflés d'air et font office de bouée qui la maintiennent en surface. Hébétée mais saine et sauve, elle est repêchée dans l'eau glacée de la Seine, et est reconduite à son domicile.

     

    Jeanne Weber, l'Ogresse de la Goutte d'Or
    Le Radical, 1er janvier 1907

     

    Après cet épisode, Jeanne accepte finalement la proposition de Bavouzet et part seule pour Chambon le 13 mars 1907. Sylvain Bavouzet et Jeanne Weber conviennent qu'elle sera présentée comme une cousine de feu Mme Bavouzet et qu'elle portera le nom de Jeanne Glaize. Jeanne devient vite la maîtresse de maison et s'occupe avec beaucoup d'attention des enfants Bavouzet, Germaine âgée de seize ans, Louise âgée de onze ans et Auguste, un garçon de neuf ans qu'on dit plein de vie.

    Le 17 avril 1907, Auguste Bavouzet se sent un peu faible en rentrant de l'école. Jeanne Weber le met au lit et le veille. En rentrant le soir, Sylvain Bavouzet et ses filles trouvent Jeanne penchée sur le petit Auguste, suffocant. Son père et Jeanne le veille toute la nuit. Le lendemain matin, alors que Sylvain est parti chercher du lait frais dans une ferme voisine pour son fils et que les deux soeurs Bavouzet sont envoyées faire une course à l'extérieur de la maison, Jeanne Weber se retrouve seule avec l'enfant. Au retour de Sylvain Bavouzet, le petit Auguste est mort. On néglige les traces rouges sur le cou de l'enfant, et on enterre Auguste sans explication pour sa mort.

     

    Jeanne Weber veillant sur Auguste Bavouzet
    Jeanne Weber "veillant" sur Auguste Bavouzet

     

    Mais le doute est forcément présent à l'esprit de Sylvain Bavouzet qui connait le passé de Jeanne Glaize-Weber. Il se confie à ses filles mais leur demande de garder le silence. Deux jours après l'enterrement de son frère, Germaine Bavouzet rompt la promesse faite à son père et se rend à la gendarmerie pour dénoncer Jeanne Weber et fait part de sa peur d'être, elle ou sa jeune soeur, à son tour la victime de l'Ogresse.

    Les gendarmes mènent discrètement l'enquête, l'accusée n'a-t-elle pas été blanchie par la justice ? Il  pourrait s'agir, encore, que d'une pure coïncidence. Mais l'affaire se sait, on télégraphie aux journaux parisiens. Le Matin envoie un journaliste sur place pour interviewer Jeanne qui clame son innocence. On procède à l'autopsie du petit Auguste. Les docteurs Audiat et Bruneau de Châteauroux sont chargés de cette tâche. Il est constaté des ecchymoses et des marques de strangulation autours du cou de l'enfant. La rumeur enfle, l'Ogresse de la Goutte d'Or aurait frappé à nouveau. Le parquet de Châteauroux se charge de l'affaire. Mais voilà qu'une autre plainte vient de Paris. On apprend que la famille Poyata, aurait été aussi victime de l'Ogresse de la Goutte d'Or en 1903, dans des circonstances similaires aux autres affaires. Une autre affaire   remonte en surface, Paul Alexandre, l'Oncle de la petite Lucie, dépose plainte à Paris contre Jeanne Weber, alors qu'on avait ignoré la plainte précédente. Voilà qui complique sérieusement les choses pour Jeanne.

     

    Jeanne Weber, l'Ogresse de la Goutte d'Or 
    "La vacherie Poyates (Poyata) ; Les mains de la Weber" Le Matin du 1er mai 1907

     

    Jeanne Weber est arrêtée et incarcérée. Cette fois, il semble que Jeanne Weber ne pourra pas échapper aux fourches caudines de la justice. D'autant, que le juge Belleau en charge de l'instruction est fermement convaincu de la culpabilité de Jeanne. Mais c'est sans compter le professeur Thoinot, ce médecin légiste qui a permis l'acquittement de Jeanne. Car le rapport d'autopsie des légistes de Châteauroux sonne comme le terrible révélateur de l'erreur du médecin parisien. Alors le docteur Thoinot  remet en question les conclusions et les compétences des docteurs Audiat et Bruneau. Il diffame publiquement ses confères de province. Il obtient la possibilité de refaire l'autopsie du petit Bavouzet. Il conclue à une mort due à une fièvre typhoïde. L'affaire de l'Ogresse de la Goutte d'Or change alors de nature et vire au procès national de la justice et surtout de l'expertise médico-légale. Le monde de la médecine légale et de la criminologie se déchire. On s'invective par revues interposées, on en appelle au conseil de l'ordre, on débat à l'Académie de médecine, les grands pontes comme Lacassagne s'en mêlent, on publie des articles scientifiques, on fait même des expériences sur des lapins! Finalement, les professeurs Brissaud, Lande et Mairet mènent une troisième autopsie pour clore la querelle des experts.

     

    Le petit Journal

    "L'"Ogresse" Jeanne Weber. Crime ou fatalité?" Le Petit Journal Supplément Illustré du 12 mai 1907

     

    Une fois encore, c'est la science qui parle: Jeanne weber est innocente et accessoirement l'honneur de Thoinot est sauf, pour l'instant. Un non-lieu est requis par la défense de Jeanne Weber. Le 4 janvier 1908 le non-lieu est ordonné et Jeanne Weber est libérée. Jeanne est innocentée une deuxième fois par la justice, une deuxième fois grâce au secours de la médecine légale. Mais la colère gronde dans le peuple. On dénonce la complicité de la justice et de la médecine avec l'Ogresse de la Goutte d'Or. On peste dans les campagnes: c'est Paris et ses grands professeurs qui veut écraser la province et ses modestes légistes! Mais là encore, on prend la défense de Jeanne Weber dans la presse, Le Matin en tête. 

     

    Crocs et Griffes
    Tribune sur le comportement des journaliste dans l'affaire Jeanne Weber, parue dans Les Temps nouveaux du 11 janvier 1908

     

    Marcel

    Grâce à l'intervention de son avocat depuis toujours, Maitre Henri-Robert, et du journal Le Matin, soutien indéfectible de Jeanne Weber, M. Bonjean, juge au Tribunal de la Seine et président de plusieurs oeuvres de bienfaisance, accepte de prendre en charge Jeanne Weber. Mais elle se retrouve finalement démunie et sans aide. Elle se résout à se livrer dans un commissariat et à y affirmer avoir tué le petit Bavouzet et ses neveux et nièces. Mais on ne la croit pas, on met ça sur le compte de la folie. Elle fait un séjour à la prison Saint-Lazare pour vagabondage, le temps de trouver un établissement psychiatrique propre à recevoir une Jeanne Weber à l'équilibre mental jugé précaire. M. Bonjean, convaincu de son innocence, la fait embaucher dans une colonie de l'oeuvre qu'il préside, la Société générale de protection de l'enfance. Mais Jeanne n'y reste que peu de temps à cause de son alcoolisme. Elle retourne à Paris, sous un faux nom pour échapper à la vindicte populaire.

    Pourtant, le 5 mars 1908, elle commet l'imprudence de révéler sa véritable identité à Alfortville. Une foule se forme, on réclame la mort de l'Ogresse. Jeanne échappe de peu au lynchage grâce à l'intervention des forces de l'ordre. Elle tente de nouveau de se suicider, mais des agents de ville déjouent ses projets. Elle se livre à nouveau à la police et réitère ses aveux. Elle est remise au juge Leydet qui avait instruit la première affaire Weber. Devant lui, Jeanne se rétracte. On pense que ses aveux ont été le produit d'un jugement altéré de Jeanne, poussée à la folie par une société hostile. Elle est remise en liberté. Elle se livre alors à la prostitution.

    Le 8 mai 1908, à Commercy dans la Meuse, une certaine Jeanne Moulinet avec un dénommé Boucheri, un ouvrier qui travaille à Sorcy qu'elle a rencontré peu de temps avant, se présentent chez les époux Poirot-Jacquemot, logeurs rue de la Paroisse. Il prennent une chambre dans l'établissement. Jeanne demande aux Poirot la permission de prendre leur fils Marcel avec elle pour dormir pendant l'absence de Boucheri parti travailler. Elle prétend que cela rassurerait son ami très jaloux et calmerait ses propres peurs. On lui confie donc le petit Marcel âgé de six ans. Un soir, une locataire entend des bruits étranges venant de la chambre de Jeanne Moulineau, elle en avertit les propriétaires. On frappe à la porte de la chambre, en l'absence de réponse on ouvre avec un double de la clé. Une scène d'horreur s'offre aux parents du petit Marcel. Le corps de ce dernier gît à coté de Jeanne, des mouchoirs mouillés à proximité de l'enfant. Marcel porte des traces de strangulation et un filet de sang coule de la bouche.

     

    Jeanne Weber, départ pour la prison de St Mihiel
    Carte postale: Jeanne Weber avant son départ pour la prison de St Mihiel

     

    On prévient la police. Jeanne est arrêtée et interrogée par le commissaire de Commercy mais elle reste muette. On procède à l'autopsie de la dépouille du petit Poirot. On découvre que Jeanne à arraché la langue de sa victime avec les dents et l'a ensuite étranglé à l'aide de mouchoirs mouillés. Connaissant l'identité de la suspecte, l'autopsie est menée par le docteur Thiéry et contradictoirement par deux autres médecins afin de "verrouiller" l'enquête.

    Autopsie de Marcel
    Autopsie du petit Marcel Poirot par le docteur Thiéry, dans l'Almanach Illustré du Petit Parisien de 1909.

     

    Cette fois, les résultats de l'autopsie sont formels: Jeanne Weber a tué Marcel Poirot. On envoie Jeanne Weber à la prison de Saint Mihiel dans la Meuse dans l'attente de son procès.

     

    À mort l'ogresse
    "À mort l'Ogresse!… Jeanne Weber, partant pour la prison de St Mihiel, est poursuivie par les cris de vengeance de la foule"

     

    Ensuite, il s'agit  de déterminer si Jeanne est folle ou saine d'esprit. Le célèbre criminologue italien Lumbroso, à qui on montre une photo de Jeanne Weber, affirme que c'est un sujet anormal, "son crâne microcéphale, son front aplati et sa physionomie virile" (sic) font d'elle une "hystérique épileptoïde et crétinoïde" (sic) certainement "issue d'une famille de crétins" (sic). Après l'expertise psychiatrique, Jeanne est finalement déclarée aliénée mentale le 25 août 1908. La "science" tente de se rattraper, mais il est bien tard. De même, Le Matin lâche enfin sa protégée, un peu tard aussi. Le concours aveugle du journal lui valu d'être très fortement critiqué. Il fût l'un des quatre grands quotidiens français pendant le premier quart du XXe siècle, mais dès 1920 il commence à péricliter. Collaborationniste pendant la Seconde Guerre mondiale, Le Matin sera interdit de publication à la Libération.

     

    Jeanne Weber, l'Ogresse de la Goutte d'Or
    Le Journal pointe le revirement du Matin, journal de soutien de Jeanne Weber, édition du 14 mai 1908

     

    Jeanne Weber est internée à Maréville mais elle clame toujours et encore son innocence. L'opinion publique gronde, on est frustré qu'il n'y ait pas eut de procès de l'Ogresse et on dénonce avec force les erreurs fatales d'experts à qui on faisait trop confiance. Le 20 mars 1909, Jeanne Weber est transférée à l'asile de Fains-Véel dans la Meuse. 

     

    Jeanne Weber à Maréville Jeanne Weber, l'Ogresse de la Goutte d'Or
    "Je ne suis ni folle ni criminelle" affirme Jeanne Weber depuis l'asile de Maréville

     

    Le 22 avril 1909 le quartier de la Chapelle est en émoi, on y aurait croisé l'Ogresse échappée de son asile de folles. Un envoyé du Petit Journal se met en quête de Jeanne Weber à travers les rues du quartier. Il trouve une femme dont la ressemblance avec Jeanne Weber est troublante. Elle dit avoir habité le quartier et y cherche d'anciennes connaissances. Une foule commence à se former autours de l'inconnue. On reconnait la Weber, l'Ogresse est de retour! La femme proteste. On envoie chercher celui connait Jeanne Weber mieux que personne, son mari Jean qui travaille toujours au 19 rue de la Chapelle. Il arrive alors que la foule devenue dense menace de lyncher l'Ogresse. Mais Jean Weber est formel, même si cette femme lui ressemble, ce n'est pas sa femme. La foule enfin s'écarte et laisse repartir l'infortunée. On télégraphie à l'asile de Fains qui confirme que Jeanne Weber est bien présente dans l'établissement. On ne sait pas si la malheureuse a finalement retrouvé ses anciennes connaissances.

    En 1909 toujours, Jean Weber demande le divorce, car les époux Weber sont toujours mariés. Il n'obtiendra gain de cause que le 5 février 1912. Après son divorce, il se remarie avec Blanche Langlet le 2 juillet 1912. Il s'éteindra à l'âge de soixante-seize ans, le 6 avril 1950 au Kremlin-Bicêtre.

     

    Asile de Fains

     

     

    Toujours en 1909, début août, à Bar-le-Duc le bruit court que l'Ogresse se serait échappée de l'asile de Fains tout proche et qu'elle rôde dans les campagnes alentours. Le 8 août, le correspondant local du Petit Journal se rend à l'asile pour en avoir le coeur net. Il constate que Jeanne Weber y est toujours hospitalisée et est même alitée. Cette fois encore l'évasion de l'Ogresse n'était que fantasme et rumeur.

    En janvier 1910, Jeanne Weber s'évade de l'asile de Fains-Véel, mais cette fois l'information est réelle. Son évasion ne dure que quelques semaines. Elle est arrêtée le 10 février 1910 au Châtelier dans la Meuse, alors qu'elle essayait de se faire embaucher dans une ferme du village. Ce fût là le dernier épisode de la vie  édifiante de Jeanne Weber.

    Le 23 août 1918, Jeanne Weber meurt  d'une "crise de folie" à l'asile d'aliénés de Fains-Véel. Au cours de sa carrière de tueuse en série L'Ogresse de la Goutte d'Or aura tué au moins dix enfants. Sa funeste épopée restera dans la postérité autant par l'horreur de ses crimes que par le fiasco judiciaire qu'elle représente. Mais l'affaire de l'Ogresse de la Goutte d'Or a surtout été un énorme camouflet pour une médecine scientiste se sentant toute puissante. 

    Et pendant longtemps après la disparition de Jeanne Weber, la Goutte d'Or restera dans l'imaginaire collectif la quartier de l'Ogresse.

     

    Les Faits-divers illustrés
    "La vie (très approximative) de Jeanne Weber" dans Les Faits-divers illustrés du 15 mai 1908

     

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  • Nous continuons la série d'articles consacrés aux ponts de la Goutte d'Or avec le pont qui enjambe les voies de chemin de fer du Nord sur le boulevard de la Chapelle, celui qui est sans doute le plus connu mais dont en général on ignore le nom: le pont Saint-Ange.

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 2. le pont Saint-Ange
    Le pont Saint-Ange vu des quais de la Gare du Nord, le 7 octobre 2014

      

    Les ponts de la Goutte d'Or

     

     

    Dernier pont avant la gare du Nord

    Le pont Saint-Ange est un pont qui permet au boulevard de la Chapelle d'enjamber les voies de chemin de fer du Nord à l'arrière de la gare du Nord. Ainsi, le coté impair du pont Saint-Ange offre une vue panoramique privilégiée sur les quais de la gare du Nord. Situé à d'extrémité sud de la Goutte d'Or, à la frontière du dixième et du dix-huitième arrondissements de Paris, ce pont a énormément évolué depuis sa construction. À son édification vers la fin de la première moitié du XIXe siècle, le pont Saint-Ange est un simple ouvrage d'art en pierre laissant passer les deux seules voies du chemin de fer du Nord. Aujourd'hui, c'est un pont métallique qui supporte le viaduc de la ligne 2 du métro et qui enjambe pas moins de vingt-sept voies de chemin de fer de surface ainsi que quatre voies souterraines.

     

     le pont Saint-Ange 1905
    Locomotive-tender de la Compagnie du Nord et ses mécaniciens, posant sur les voies de la gare du Nord devant le pont Saint-Ange

     

    Le pont de Saint-Ange a été construit concomitamment avec le percement des voies de chemin de fer du Nord en 1843-1846. On dû alors surélever le sol du boulevard de plusieurs mètres afin que le pont soit suffisamment haut pour permettre le passage des trains de la Compagnie des chemins de fer du Nord. Tout comme les autres ponts voisins jetés sur cette tranchée de chemin de fer, il a subit de nombreuses modifications (reconstruction, élargissement, surélévation) pour s'adapter à la croissance du trafic ferroviaire de la gare du Nord et aux élargissements successifs des voies de chemin de fer du Nord. La première reconstruction date de 1860, la construction en pierre est alors remplacée par une construction métallique (de même pour le pont de Jessaint). Les dernières modifications d'envergure datent de 1977. 

     

     le pont Saint-Ange 1895
    Le pont Saint-Ange en pleine reconstruction, Le Monde illustré du 20 juillet 1895.

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 2. le pont Saint-Ange    pilier du pont Saint-Ange 
    Entre la photo de 1903 à gauche et celle de 2014 à droite, le pilier du viaduc semble s'être enfoncé dans la chaussée, mais c'est bien cette dernière qui s'est élevée au gré des transformations du pont Saint-Ange

     

    Viaduc

    Si le pont Saint-Ange a été remanié à de nombreuses reprises, la transformation la plus remarquable est sans conteste celle opérée par le passage du métro sur un viaduc métallique  sur le parcours du boulevard de la Chapelle. En effet, la ligne la circulaire Nord du métropolitain parisien, aujourd'hui Ligne 2 de la RATP, qui relie la Porte Dauphine à la place de la Nation, est en partie souterraine et en partie émergée entre les stations Barbès-Rochechouart(anciennement "Boulevard Barbès") et Jaurès (anciennement "Allemagne") où elle surplombe les boulevards de la Chapelle et de la Villette sur un viaduc porté par des colonnes de fonte et des piliers en pierre. Ce tronçon aérien de près de deux kilomètres permet au métro de traverser les lignes de chemins de fer du Nord et de l'Est ainsi que le canal Saint-Martin qu'il croise successivement. Et c'est bien ce viaduc qui donne sa physionomie multimodale si caractéristique au pont Saint-Ange, où piétons, vélos, voitures, trains et métro se croisent incessamment.

    Pour cette ligne de métro, c'est le projet de Fulgence Bienvenüe qui est retenu, alors que les ateliers de Gustave Eiffel voient le leur retoqué (voir croquis plus bas). Les études préparatoires ont lieu en 1900 et le chantier commence en 1901. Certaines parties souterraines sont d'abord réalisées et ouvertes en 1902, le viaduc est construit entre 1902 et 1903. Remarquons que le passage sur le pont Saint-Ange nécessite des travées beaucoup plus longues (75,25 mètres) que celles du reste du parcours aérien (de 19,48 à 27,06 mètres35,89 mètres pour le franchissement du boulevard Barbès et 43,47 mètres pour celui de la rue d'Aubervilliers). La ligne est ouverte aux usagers dans sa totalité le  2 avril 1903.

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 2. le pont Saint-AngeVue rare sur le pont Saint-Ange avant la construction du viaduc du métro, prise du boulevard de la Chapelle le 19 août 1901. On aperçoit en fond l'hôpital Lariboisière et sa cheminée fumante.

     

    croquis viaduc
    Schémas techniques du viaduc 

     

     le pont Saint-Ange le 6 juin 1902
    Vue sur le viaduc en construction sur le pont Saint-Ange, prise depuis le boulevard de la Chapelle au débouché de la rue du Faubourg Saint-Denis le 6 juin 1902 (on aperçoit au second plan à droite, la flèche de l'église Saint-Bernard de la Chapelle, alors en pleine rénovation) 

     

     le pont Saint-Ange 6 août 1902
    Vue du pont Saint-Ange et le viaduc en construction, prise depuis les voies de la gare du Nord le 6 août 1902

     

    le pont Saint-Ange le 6 mars 1903
    Vue sur le pont Saint-Ange et le viaduc du métro fraichement achevé, prise du boulevard de la Chapelle sur le pont le 6 mars 1903. On distingue encore en fond l'hôpital Lariboisière. 

     

     le pont Saint-Ange 1903 
    Vue sur le pont Saint-Ange et le viaduc du métro,  publié dans la revue Le Génie Civil du 28 mars 1903.

     

     le pont Saint-Ange le 4 juin 1903Vue sur le pont Saint-Ange et le viaduc du métro fraichement achevé, prise du boulevard de la Chapelle (vers le théâtre des Bouffes du Nord) le 4 juin 1903

     

    projet Eiffel
    Projet non-retenu de viaduc par Gustave Eiffel

     

    Dernier souvenir du hameau Saint-Ange

    Hormis ceux qui enjambent la Seine, les ponts parisiens portent généralement le nom de la voie qu'ils supportent, comme le pont de Jessaint ou le pont Jean-François Lépine et c'est également le cas du pont Saint-Ange. Il faut revenir sur l'histoire du boulevard de la Chapelle, qui n'a pas toujours porté ce nom, pour comprendre ce baptême. Ce boulevard parisien, qui s'étire depuis les rues de Château Landon et d'Aubervillier jusqu'au carrefour Magenta/Rochechouart/Barbès, est percé en 1789 sur le parcours extérieur du mur des Fermiers généraux (mur détruit juste après l'annexion des communes suburbaines en 1860). Le chemin de ronde intérieur est annexé au boulevard avec la destruction du mur d'enceinte en 1860, lui conférant sa largeur actuelle. Auparavant, il était dénommé comme suit: à l'extérieur de l'ancien mur d'octroi: boulevard des Vertus, entre les rues d'Aubervilliers et Marx Dormo ; boulevard de la Chapelle, pour le surplus. A l'intérieur de l'ancien mur d'octroi: chemin de ronde Saint-Denis, entre la rue du Faubourg Saint-Denis et la place de la Barrière Poissonnière, qui était située au débouché de la rue du Faubourg Poissonnière ; place de la Barrière Poissonnière ; l'ancien boulevard de la Chapelle s'était appelé boulevard des Anges entre les rues Marx Dormoy et de la Charbonnière et précédemment boulevard Saint-Ange entre les rues de la Chapelle et de la Charbonnière.

    Le pont Saint-Ange se nomme donc ainsi car il supportait à son origine le boulevard Saint-Ange, qui lui-même tenait son nom du hameau Saint-Ange. Le hameau Saint-Ange s'est  développé dans les années 1815-1830 depuis les rues de Chartes et de la Charbonnière jusqu'à l'actuel rue Marx Dormoy (alors Grande-Rue de la Chapelle), d'ailleurs, l'intersection en croix de Saint-André des rues de Chartres et de la Charbonnière a porté le nom de place Saint-Ange jusqu'en 1877. Ce foyer d'habitations, aujourd'hui inclus dans la Goutte d'Or, n'en faisait alors pas partie. Le quartier de la Goutte d'Or, qui s'est développé autours d'une nitrière artificielle à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, était cantonné autours de ce qui est aujourd'hui l'intersection de la rue de Goutte d'or et du boulevard Barbès, ne dépassant guère la rue des Islettes (alors rue Neuve de la Goutte d'Or). Le hameau Saint-Ange (puis "quartier Saint-Ange") de la commune de la Chapelle, porte le nom du propriétaire-spéculateur du terrain à l'origine de son urbanisation: M. de Trutat-Saint-Ange. Ce dernier acquit les terrains pour une somme de 12000 à 14000 francs pour les revendre, une fois viabilisés, pour la somme de 214000 francs. 

    L'urbanisation galopante du quartier à partir des années 1840 fit son oeuvre et le quartier Saint-Ange fût absorbé par celui de la Goutte d'Or, et hormis le pont Saint-Ange, il ne reste aucune trace de ce passé. Signalons tout de même l'hôtel Saint-Ange qui subsista à l'angle de la place de la Chapelle et de la rue de Jessaint jusqu'à que l'îlot auquel il appartenait fut détruit et annexé pour partie au square de Jessaint, le reste servant à l'élargissement de la tranchée des voies de chemins de fer du Nord (voir photo ci-dessous). Un autre hôtel Saint-Ange exista antérieurement au 22 rue de la Charbonnière.

     

    Place de la Chapelle 1937
    Hôtel Saint-Ange, place de la Chapelle, 1937 (on voit le square de Jessaint au premier plan)

     

    Promenons-nous sur le pont ? 

    Aujourd'hui, le pont Saint-Ange, comme le reste du boulevard de la Chapelle, offre un visage peu reluisant. Relativement abandonné des pouvoirs publics, les piliers de soutien du viaduc faisant office d'urinoir et de dépôt d'encombrants. Il offre néanmoins un refuge à quelques sans-abris sous les arches du viaduc, et depuis peu il abrite le "marché de la misère" qui prolonge le marché Barbès qui se tient le mercredi et le samedi sur le boulevard de la Chapelle entre les rues Guy Patin et de Maubeuge.

     

    Viaduc
    Sous le viaduc, détail, le 13 juillet 2014

     

    Déplorant cet état de relatif abandon, l'association Action-Barbès propose une réhabilitation de ce parcours en une promenade urbaine (voir le projet sur le blog d'Action-Barbès). Si on ne peut que se réjouir de cette heureuse initiative et espérer son aboutissement prochain, dans le détail, on déplorera la proposition de couverture de voies de chemin de fer entre le pont Saint-Ange et le pont de Jessaint en vue d'en faire un parking pour les autocars de tourisme. En effet, ces derniers se sont appropriés dernièrement une voie de circulation sur le pont afin de se garer en toute illégalité et en toute impunité, les responsables politiques et les forces de l'ordre privilégiant à cet endroit le contrôle au faciès plutôt que le respect du code de la route. La Goutte d'Or ne saurait être l'arrière-cour de Montmartre et de la gare du Nord, ce quartier et ses habitants méritent mieux que cela.

    Mais ce projet, soutenu par les maires du dixième et du dix-huitième arrondissements durant la campagne électorale pour les municipales du printemps 2014, semble pour l'instant n'être qu'un voeu pieu (voir à ce sujet l'article sur le blog d'Action-Barbès). Le pont Saint-Ange attendra encore…

     

    Quelques vues et évènements du pont Saint-Ange

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 2. le pont Saint-Ange
    Carte postale du pont Saint-Ange et du viaduc du métro, prise d'un immeuble du boulevard de la Chapelle aujourd'hui disparu suite à l'élargissement des voies de chemin de fer (vers 1910)

     

     le pont Saint-Ange / grève
    Carte postale de la grève générale des chemins de fer de 1910, représentant le train express de Lille passant sous le pont Saint-Ange (et non le pont Marcadet comme il est faussement légendé), vue depuis les voies de la Gare du Nord

     

    le pont Saint-Ange grève 1910
    Carte postale de la grève générale des chemins de fer de 1910, représentant des soldats gardant les voies au pied du pont Saint-Ange du coté de la gare du Nord (et non "entre le pont Marcadet et le viaduc du métro" comme il est faussement légendé)

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 2. le pont Saint-Ange   Les ponts de la Goutte d'Or : 2. le pont Saint-Ange
    Le 14 juillet 1922 à 18h10, un train venant d'Ecouan déraille sous le pont Saint-Ange , deux wagons s'écrasent sur les piliers du pont, causant deux morts et une trentaine de blessés (Le Petit Journal / Le Journal du 15 juillet 1922)

     

    P. Goute 1925
    "Sur un pont boulevard de la Chapelle où on pouvait voir passer les trains de permissionnaires retournant au front", dessin de Paul Goute, 1925

     

    Tchao Pantin
    Coluche remontant la rue de Chartres dans le film "Tchao Pantin" de Claude Berri, 1983. Le pont Saint-Ange apparait en arrière plan

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 2. le pont Saint-Ange
    Le pont Saint-Ange dans le film "L'union sacré" d'Alexandre Arcady, 1988

      

    Les ponts de la Goutte d'Or : 2. le pont Saint-Ange
    Portrait de Pigalle et François Hadji-Lazaro avec pour fond de décor le viaduc du métro sur le pont Saint-Ange, depuis le pont de Jessaint. Pochette d'Album illustrée par Tardi en 1990.

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 2. le pont Saint-Ange 
    Le train Eurostar transportant la reine Elisabeth II pour sa visité d'État en France passe sous le pont Saint-Ange avant d'arriver en gare du Nord le 5 juin 2014

     

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    St Bernard

    Église St Bernard de la Chapelle, vers 1895

     

    À deux pas du 28 rue Affre, au n°11, se dresse l'église Saint Bernard de la Chapelle. Célèbre pour son occupation par des sans-papiers en 1996, et leur violente évacuation par les forces de l'ordre, cette église a aussi accueilli Louise Michel et le Club de la Révolution pendant la Commune de Paris. Mais ce que l'on sait moins, c'est que cet édifice religieux construit de 1858 à 1861, dernière construction prestigieuse d'une commune en plein expansion, était la fierté du conseil municipal de la Chapelle Saint-denis et particulièrement de son maire d'alors, Antoine Hébert. En effet, la commune  de la  Chapelle Saint-Denis, créée en 1790 et redessinée  à partir des contours de la paroisse de la Chapelle Saint-Denis (brièvement nommée "la Chapelle Franciade" pendant la révolution), a connu un essor démographique et industriel remarquable à partir des années 1830, obligeant les édiles municipaux à mener une politique urbaine ambitieuse.

     

    Marville

    Charles Marville, "Église St Bernard de la Chapelle, architecte Magne" 186?

     

    Pour accompagner ce développement industriel et cette forte croissance démographique (le village passe de 800 habitants en 1806 à 33.346 habitants en 1856), impulsés notamment par la présence des voies de chemin de fer du Nord et de la gare de marchandises créée sur la commune, de nombreuses rues et places sont percées (en particulier dans le quartier de la Goutte d'Or) ainsi que des bâtiments publiques (écoles mairie…). Mais il s'avère également nécessaire de repenser l'offre liturgique, l'église Saint-Denys de la Chapelle (16 rue de la Chapelle) se trouvant bien trop petite pour le nombre  de fidèles, croissant sans cesse. Dès 1854, le Conseil municipal conduit par Antoine Hébert adopte l'idée d'un nouvel édifice religieux. Se pose la question de son emplacement. Il est d'abord envisagé de créer un grand édifice vers le centre du bourg (aujourd'hui "Marx Dormoy"/marché de l'Olive) qui se substituerait à l'église Saint-Denys (la basilique Jeanne d'Arc qui la jouxte aujourd'hui n'a été construite à partir de 1929). Mais finalement, c'est le quartier excentré de la Goutte d'Or qui est privilégié.

    Un premier projet est proposé par l'architecte Paul-Eugène Lequeux, ce projet est rejeté mais pas perdu, car c'est celui qui servira à la construction de l'église N.D. de Clignancourt située face à l'actuelle mairie du 18e, place Jules Joffrin. C'est finalement le projet de l'architecte Auguste-Joseph Magne qui est retenu. Magne imagine un pastiche gothique du XVe siècle qui sera salué comme une réussite en la matière, entre autres par Viollet-le-Duc (Les églises de Paris, 1883, p.198-200). Le Conseil municipal, par délibération en date des 15 juin et 12 décembre 1857, a voté la construction de cette nouvelle église. Le Préfet de la Seine en a approuvé les plans et devis (695.820 fr, mais le montant réel fût de 1.000.000 fr) le 25 juin 1858. La première pierre est posée le 10 août 1858, et l'église est consacrée le 29 octobre 1861. Mais entre la pose de la première pierre et sa livraison, l'édifice change de propriétaire. En effet, sous l'impulsion du préfet Haussmann, plusieurs communes sont annexées à Paris (loi du 16 juin 1859, effective le 1er janvier 1860) dont la Chapelle (l'équipe municipale d'alors y est fortement opposée); ainsi, l'église Saint-Bernard devint de fait un édifice parisien. En guise de bienvenue, la commune de Paris offre à Saint-Bernard son porche, non prévu sur le plan initial, et la grille de pourtour (que l'on repeint en ce moment) pour une somme dépassant les 600.000 fr.

     

    St Bernard 1890

    Église Saint-Bernard de la Chapelle, gravure anonyme vers 1890. Représentation erronée qui omet le porche, mais qui donne un aperçu de l'église si la Chapelle Saint-Denis n'avait pas été annexée à Paris.

     

    Mais malgré ce changement de tutelle municipale, il subsiste à l'intérieur de l'église une marque étonnante du conseil municipal de la Chapelle Saint-Denis: la nef est soutenue par des piliers dont les chapiteaux sont ornés des masques des édiles municipaux. Je n'ai pas trouvé d'explication à cette rareté, mais effectivement, on retrouve plusieurs têtes sculptées qui représentent une partie du conseil municipal de la commune de la Chapelle ainsi que M. Merle, l'architecte-voyer de la commune qui conduisit les travaux de l'église, et l'abbé Christophe, curé de la paroisse. Une place était réservée à Magne l'architecte, mais ce dernier, sans doute empreint de plus de modestie que les autres notables pétrifiés, déclina l'offre et préféra une allégorie de l'architecte plutôt qu'une reproduction de son portrait. Précisons que ce conseil municipal, sous le Second Empire, n'est pas élu, mais est nommé parmi les électeurs, rappelons également que le système électoral d'alors est masculin et censitaire (seuls les plus imposés, donc les plus riches votent), c'est donc des notables que nous retrouvons là.

     

    nef

    Charles Marville, "Église St Bernard de la Chapelle" 186?

     

    Faisons donc le tour de ces portraits municipaux dans l'église Saint-Bernard de la Chapelle, qui témoignent d'un temps précédant la loi du 9 décembre 1905 instaurant le principe de laïcité, temps où les affaires politiques et religieuses ne se distinguaient pas. Il est à noter qu'une partie du conseil municipal n'y est pas représenté, il s'agit des conseillers suivants: Fournier, Toutain, Merlin, Degouet, Gourland, Vincent, Martin, Soudé, Dubert, Liévois aîné, Brisson. Mais intéressons-nous plutôt à ces notables de pierre qui, en cent cinquante-trois ans, impassibles, ont  vu défiler les ouailles ouvrières de la Goutte d'or, qui ont pu entendre Louise Michel montée en chaire, qui ont vu l'occupation de l'église par des familles sans droit et qui ont entendu les coups de hache des policiers venus déloger brutalement ces mêmes familles.

     

    - Travée de gauche, partant du fond vers l'entrée:

     

    Antoine-Joseph Hébert, maire

    Né le 5 septembre 1815 à Caen (Calvados) et mort à son domicile, 13 rue des Roses à Paris 18e, le 18 mai 1896. Il fût conseiller de Paris après l'annexion. Chevalier de la Légion d'honneur le 14 août 1862.

    Hebert

     

    Louis François Eugène Merle, architecte

    Agent-voyer de la commune, il fût le conducteur de travaux de l'église.

    Merle

     

    Marie-Joseph Fège, conseiller

    Né le 22 novembre 1799 à Mégève (Savoie). Il acquiert la nationalité française le 5 novembre 1845. Entrepreneur de voitures de place à la Chapelle Sait-Denis.

    Fège

     

    Christophe-François Calla, conseiller

    Né le 5 février 1802 à Paris et mort le 24 février 1884 à Nice. Industriel (fonderie industrielle et fonderie d'art) dont les usines et ateliers sont localisés à la Chapelle Saint-Denis. Chevalier de l'ordre de la Légion d'Honneur le 26 avril 1843.

    Calla

     

    CF Calla 

    Portait de Christophe-François Calla (Anonyme) 

     

    Aubusson, conseiller

    Médecin, 16 rue Doudeauville (adresse supprimée par l'élargissement des voies de chemin de fer du Nord)

    Aubusson

     

    Gautheron, conseiller

    Gautheron

     

    Laval, conseiller

    Peintre sur porcelaine. 

    Laval

     

     

    - Travée de droite, partant du fond vers l'entrée:

     

    Auguste-Joseph Magne, architecte de la ville de Paris (allégorie)

    Né le 16 avril 1816 à Etempes (Seine et Oise) et mort en juillet 1885. Chevalier de la Légion d'Honneur le décembre 1862 et Officier de la Légion d'Honneur le 26 juillet 1879.

    Magne

     

    Abbé Jean-Joseph Christophe, curé de la Chapelle

    Né à Rochesson (Vosges) le 16 avril 1803. Il est nommé curé de la Chapelle Saint-Denis le 8 février 1851, puis  nommé évêque de Soissons par un décret du 11 novembre 1860, préconisé le 18 mars 1861 et sacré à Reims le 5 mai 1861. Il meurt le 10 août 1863 à Soissons. Ses armoiries d'évêque ont été gravées postérieurement sous son masque. Chevalier de la Légion d'honneur le 11 juin 1837 et   Officier de la Légion d'honneur le 4 juin 1860.

    Christophe

      

    Armes Christophe

    Extrait de: Armorial des prélats français du XIXe siècle , par le Comte de Saint-Saud

     

    Mgr Jean-Joseph Christophe

    Mgr Jean-Joseph Christophe (1861-1863), évêque de Soissons et Laon

     

     

    D'heilly, adjoint

    Habitait au 8 de la rue de Jessaint.

    D'heilly

     

    Moreau, adjoint

    Moreau

     

    Jean-Baptiste Tingot, conseiller

    Né le 22 octobre 1788 à la Chapelle et mort le 26 mars 1870 à son domicile au 14 rue des Roses à Paris 18. Chevalier de la Légion d'Honneur le 21 mars 1831.

    Tingot

     

    Georges Gustave Jean Baptiste Loustau, conseiller

    Né le 23 juin 1809 à Saarlouis (Prusse/Moselle) et mort le 20 janvier 1895. Ingénieur civil à la Compagnie du chemin de fer du Nord. Il a été conseiller municipal de la Chapelle de 1851 à 1860. Chevalier de la Légion d'Honneur le 18 octobre 1858

    Loustau

     

    Legrain, conseiller

    Legrain

     

     

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    L'ancienne commune de la Chapelle,  annexée à Paris en 1860 pour former le 18e arrondissement avec la commune de Montmartre, s'est vue coupée en deux en 1845 par le percement des voies de chemin de fer du Nord qui aboutissent à la Gare du nord toute proche. Ainsi la Goutte d'Or, alors quartier de la Chapelle, s'est trouvée de fait coupée du centre de la commune. Dès lors, la nécessité de lancer des ponts pour recoudre ce territoire déchiré s'est imposée.Plusieurs ponts ont d'emblée été construits sur la tranchée des chemins de fer, comme le pont Marcadet, le pont Doudeauville, le pont de Jessaint ou le pont Saint-Ange (sur le boulevard de la Chapelle). D'autres ponts ont été projetés, même un square couvrant les voies de chemin de fer (nous reviendrons sur ces projets avortés dans un article à venir), mais parmi eux, seul le pont Jean-François Lépine a vu effectivement le jour. 

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 1. le pont Jean-François Lépine
    Plan de la Goutte d'Or, nouvellement traversée par les chemins de fer du Nord, aux environs de 1845

    (Cliquer sur les images pour agrandir)

     

    Les ponts de la Goutte d'Or

     

    Nous commençons donc une série d'articles sur les ponts de la Goutte d'Or par le dernier né de ces ouvrages d'art, le pont Jean-François Lépine. La construction de ce pont est décidée en 1894 (et même envisagée dès 1864) mais sa mise en oeuvre attendra 1897, notamment pour procéder aux expropriations nécessaires et organiser le relogemment temporaire de l'école de garçons rue Stephenson devant disparaître pour laisser place au pont.

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 1. le pont Jean-François Lépine
    Vue sur le pont Jean-François Lépine depuis les voies de chemins de fer, photo prise sous le pont Jessaint. Carte postale sur la grève des Cheminots du Nord de 1910

     

    Un exploit technique 

    La construction de ce pont n'est pas passée inaperçue et a retenu l'attention de la presse généraliste et de la presse spécialisée. En effet, d'abord monté d'un seul tenant, il a été jeté en deux jours, les  23 et 24 août 1897, au-dessus des voies de chemin de fer et sans interruption du trafic ferroviaire. L'extrait du journal la Science Française, reproduit ci-dessous, détaille la délicate opération.

     

        Extrait de la Science Française N° 132, Aout 1897:

    "LE LANCEMENT DU PONT DE LA RUE STEPHENSON

    Le pont J.-F. Lépine (1).

    Le pont de la rue Stephenson sur la voie du chemin de fer du Nord repose depuis quelques jours sur ses culées. L'opération délicate du lancement s'est faite sans incident, en présence d'une foule curieuse. Le pont J.-F. Lépine relie la rue Stephenson à la rue de la Chapelle ; il a été voté en 1894 par le Conseil municipal. Après les formalités administratives, les enquêtes, les expropriations, etc., les plans furent dressés par M. Louis Biette, ingénieur de la septième section municipale, et approuvés par M. Boreux, ingénieur en chef du service technique.

    Ce pont traverse la vaste tranchée de la ligne du chemin de fer du Nord et exactement il l'endroit de la « bretelle » de jonction de toutes les voies. On désigne sous le nom de bretelle une série d'aiguilles qui permet de faire passer les trains sur toutes les lignes aboutissant à la gare d'arrivée ou s'éloignant de celle-ci. C'est un enchevêtrement de rails en ligne droite et en biais, qui supprime tout espace libre ; il n'y a pas en quelque sorte d'entre-voie sur ce point et il était donc impossible de placer là un pont à piliers, ni môme d'élever un échafaudage pour le montage sur place.

    Il fut donc décidé qu'on assemblerait le pont sur l'une des rives et qu'on le poserait ensuite sur les culées édifiées de chaque côté de cette tranchée large de 40 mètres. On emprunta une partie du square Saint-Bernard, on confisqua la rue Stephenson et on obtint ainsi un chantier assez vaste pour y effectuer le montage du pont. Les travaux commencèrent le 5 mai dernier, et à la fin de juillet l'assemblage était terminé. Le pont a 43 mètres de long, 13 de large ; il pèse 400.000 kilogrammes. En même temps on édifiait les culées en maçonnerie destinées à recevoir les extrémités du pont. Ce travail donna lieu à quelques surprises, car le sous-sol des environs est compose de couches marneuses, de carrières remblayées. Bref, on tomba juste sur une poche sablonneuse et il fallut creuser quatre puits de dix-huit mètres de profondeur pour asseoir solidement les culées. Ce travail spécial fut dirigé par M. Brunet, conducteur municipal, pendant que son collègue, M. Thomas, surveillait le montage du pont.

    Tout étant prêt, le dernier rivet posé, l'avant-bec, long de vingt-sept mètres, et du poids de cinquante tonnes, fut ajusté au pont et M. Biette procéda, avec M. Thomas, son collaborateur, aux expériences de vérification. Ces expériences furent contrôlées par M. Borcux, ingénieur en chef.

    Il ne s'agissait plus que de placer le pont en travers de la tranchée, sans interrompre la circulation si active des trains de la Compagnie du Nord.

    Le pont fut placé sur une série de galets, huit treuils furent solidement fixés,et on procéda à l'opération. C'est en apparence très simple quatre chaînes sont attachées de chaque côté de l'extrémité du pont qui reste sur la rive; ces chaînes vont sous le pont passer sous des poulies de renvoi et reviennent s'engager sur les treuils. Deux autres chaînes sont fixées directement. Les quatre chaînes font avancer, les deux autres retiennent, et cela est si bien agencé que seize hommes suffisent pour faire déplacer cette masse de fer de quatre cent cinquante tonnes.

    L'avant-bec ayant passé, on commença à faire avancer le pont. Tant que l'avant-bec dépasse, cela va bien, il est supporté parle poids du pont qui lui est quatre fois supérieur mais là où l'opération devient épineuse, c'est quand l'avant-bec prend son appui de l'autre côté.

    En effet, le pont, à partir de ce moment, n'est plus en équilibre et naturellement tend à basculer, c'est là où l'avant-bec entre en travail, et plus cela va, plus le travail augmente car le poids du pont s'accroît.

    Il y a un moment émotionnant, car cette opération est très périlleuse; mais tout avait été disposé en prévision du basculage, qui couperait les voies et bloquerait la gare. Les trains n'ont pas cessé de circuler, le « basculage » ne s'est pas produit, et les craintes des ingénieurs du chemin de fer se sont dissipées.

    L'opération a été menée avec une précision remarquable. Après quelques heures, le pont touchait de l'autre côté et l'avant-bec dévalait inutile. C'était un spectacle fort instructif pour tous ceux qui s'intéressent aux travaux d'art, et il faut féliciter en bloc MM. Boreux, Biette et Thomas, et aussi un praticien expérimenté, M. Bergeron, chef monteur de MM. Nouguier et Kessler, d'Argenteuil, les entrepreneurs de la construction du tablier métallique. M.Bergeron lançait son cinquantième pont. Le pont, avec ses travaux de viabilité, coûtera environ 400.000 francs.

    (1): Jean-François Lépine, qui donne son nom au pont, n'est nullement parent du préfet de police ; c'était un habitant de la Chapelle, décédé récemment, et qui a laissé une rente de 80.000 fr. aux pauvres du quartier."

     

    Pour compléter et illustrer cet article de la Science Française, la revue Le Génie Civil nous offre des schémas et photographies montrant parfaitement la prouesse technique, unanimement saluée alors comme telle (cliquer sur les images pour agrandir).

     

    Extraits de la revue Le Génie Civil, N° 795 4 septembre 1897. 

    Les ponts de la Goutte d'Or : 1. le pont Jean-François Lépine
    "Croquis schématique montrant différentes phases du lançage du pont J.-F. Lépine"

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 1. le pont Jean-François Lépine Les ponts de la Goutte d'Or : 1. le pont Jean-François Lépine

     Les ponts de la Goutte d'Or : 1. le pont Jean-François Lépine Les ponts de la Goutte d'Or : 1. le pont Jean-François Lépine
    Plusieurs vues sur les opérations de lançage du pont jean-François Lépine

     

    Le pont Jean-François Lépine fût inauguré le 21 février 1898 le même jour que le nouveau groupe scolaire Saint-Luc, situé dans la rue éponyme toute proche.

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 1. le pont Jean-François Lépine
    Le Rappel du 22 février 1898

     

    Vibrons sur le pont

    En 1902 le pont Jean-François Lépine est l'objet d'une expérimentation sur ses réactions aux vibrations. Une expérience qui n'est pas passée inaperçue dans le quartier et bien au-delà. Là aussi, la presse s'est fait l'écho de cette singulière expérience qui visait à mesurer la résonance du pont. On y fit passer un rouleau compresseur de 30 tonnes, puis un groupe de seize hommes (de "pas plus de mille kilos au total") au pas de gymnastique. Ce dernier test est plutôt inquiétant, car le diagramme obtenu montre que le pont entre alors dangereusement en résonance ; une foule dense qui le franchirait au pas cadencé le mettrait gravement en péril. On peut voir le résultat inquiétant sur le diagramme ci-dessous :

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 1. le pont Jean-François Lépine

      

    Un peu plus tard, en mai 1928, un arrêté préfectorale interdit à tout véhicule dont le poids est compris "entre 7,5 tonnes et 10 tonnes sur l'un des essieux" d'emprunter le pont Jean-François Lépine (au-delà de 10 tonnes par essieu, les trajets sont soumis à autorisation).

     

    Un nom bien laïc...

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 1. le pont Jean-François Lépine
    La rue J.F. Lépine vers 1900

     

     

    Chaque pont porte un nom, généralement celui de la voie qui le traverse. Le pont Jean-François Lépine, en toute logique porte celui de la nouvelle rue ouverte en vue de sa construction et qui relie la rue Marx Dormoy (alors rue de la Chapelle) et la rue Stephenson. Jean-François Lépine, ancien habitant de l'ancienne commune de La Chapelle et philanthrope est mort sans héritier, il a légué une rente de 80.000 francs aux indigents du quartier. C'est en sa mémoire qu'il fût attribué son nom à cette rue et ensuite au pont qui la prolonge.

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 1. le pont Jean-François LépineActe de décès de Jean-François Lépine

     

    Précisons, comme le fait la revue la Science Française dans sa note de bas de page de l'article reproduit plus haut, qu'il ne faut pas confondre Jean-François Lépine et Louis Lépine, alors préfet de Paris et qui a laissé son nom au concours éponyme. Confusion que l'on retrouve dans le journal satirique Paris à la Fourchette, qui déplore, à tort, l'outrecuidance dudit préfet qui se serait attribué le nom d'une rue de son vivant. Une place porte depuis le nom de Louis Lépine dans le 4e arrondissement.

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 1. le pont Jean-François Lépine
    Paris à la Fourchette, 1897

     

    À l'annonce de l'inauguration du pont J.F. Lépine, le journal chrétien La Croix s'émeut dans son édition du 18 janvier 1898 du choix du nom pour ce pont. Croyant comme d'autres que le pont aurait été nommé "pont Saint-Bernard" en référence à l'église Saint-Bernard toute proche, il déplore qu'on préfère un nom "bien long… et pas populaire" plutôt que celui d'un saint. Rappelons que l'époque est celle de débats houleux qui aboutiront à la loi de 1905 sur la laïcité, l'enjeu de ce baptême dépasse la facilité d'usage qu'invoque La Croix.

     

    Les ponts de la Goutte d'Or : 1. le pont Jean-François LépineExtrait du journal La Croix, 18 janvier 1898

     

    Terminons en ajoutant que, comme les autres ponts de la Goutte d'or, le pont Jean-François Lépine sera allongé à plusieurs reprises pour permettre l'élargissement des voies de chemins de fer du Nord (rive Est de la tranchée) rendu nécessaire avec l'augmentation du trafic ferroviaire. Le dernier élargissement date de 1977.

     

     

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  • Après s'être interrogé sur le "28" du nom de ce blog dans un précédent article, "Numéro 28", intéressons-nous à présent à la partie "rue Affre" et plus particulièrement à son nom. Profitons aussi de l'occasion pour porter notre attention sur les rues de la Goutte d'Or et l'origine de leur nom (nous aborderons leur histoire générale dans un autre article à venir). 

    Les noms des voies de la Goutte d'Or ont quelque peu évolué au fil du temps, notamment après l'annexion des communes des faubourgs à Paris. En effet, sous l'impulsion du baron Haussman, la commune de la Chapelle a été intégrée à Paris en 1860, formant avec la commune de Montmartre le 18e arrondissement. Une grande campagne de mise à plat des dénominations et des numérotations des rues est entreprise en 1863 et 1864. Il fallu alors procéder à un grand nombre de suppression de doublons pour rendre intelligible la nomenclature des voies parisiennes. C'est ainsi que la rue d'Alger à la Chapelle est devenue la rue Affre à Paris (Déc. du 24 août 1864).

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     "Sublime dévouement du pieux Archevêque de Paris (23 juin 1848)"

     

    (Cliquer sur les images pour agrandir)

      

    Les noms de voies sont attribués généralement selon des repères topographiques. La proximité d'un édifice religieux contraint à des noms en rapport, comme les rues Saint-Bruno, Saint-Jérôme, Saint-Luc, Saint-Matthieu et Pierre l'Ermite autours de l'Église Saint-Bernard. La rue d'Alger de l'ancienne commune de la Chapelle (percée vers 1840, entrée dans le giron municipal et baptisée en 1850) devant être renommée pour éviter la confusion avec la rue d'Alger dans le 1er arrondissement, c'est donc le nom d'un prélat parisien, monseigneur Affre, qui est choisi. Denis (ou Denys) Auguste Affre (1793-1848), était un archevêque de Paris blessé mortellement par une balle perdue sur les barricades le 26 juin 1848 en tenant une médiation entre les belligérants. On a voulu célébrer ainsi la mémoire de cet homme dont la mort marqua fortement les esprits de ses contemporains. 

     

    la Goutte d'Or en 1814

    Carte 1: le futur quartier de la Goutte d'Or en 1814

      

    Pour les autres rues, la proximité avec la Gare du Nord, les voies de chemin de fer et les ateliers ferroviaires a contribué à donner des noms d'industriels et d'ingénieurs, comme pour les rues Polonceau ou Stephenson. D'autres noms sont dus à d'anciens lieu-dits, comme les rues de la Goutte d'Or, des Islettes ou de la Charbonnière. Des voies peuvent porter le nom de riverains, comme pour la rue Boris Vian, la rue Maxime Lisbonne ou le square Alain Bashung. Le quartier de la Goutte d'Or  concentre quelques noms de rue faisant référence à des villes algériennes, comme la rue Laghouat (ex rue Mazagran) ou la rue d'Oran. Cela est dû à la conquête coloniale contemporaine du percement de ces voies, alors sises dans la commune de la Chapelle (jusqu'en 1860). Avant l'annexion de cette dernière, on pouvait flâner aussi dans les rues d'Alger (rue Affre) et de Constantine (rue Myrha). Bien qu'ouverte postérieurement, la rue de Tombouctou a été nommée ainsi selon cette même référence coloniale. Les voies secondaires (cité, villa ou passage) sont souvent nommées comme l'artère principale les jouxtant, comme la cité Marcadet.

     

    La Goutte d'Or en 1866

    Carte 2: le quartier de la Goutte d'Or, après annexion à Paris en 1866

     

    La dénomination des voies portant des noms de personne obéissent à certaines règles et à certaines exceptions. La norme parisienne veut que l'on ne retienne que le nom de famille sans titre ni prénom, comme pour la rue Affre (Monseigneur  Denis  Auguste Affre). On adjoint le prénom pour éviter une homonymie, comme la rue jean-François Lépine (à distinguer de la place Louis Lépine dans le 4e). Les artistes conservent leur prénom s'il faisait partie de leur nom de scène, comme pour la rue Boris Vian. Lorsque l'on rencontre des prénoms seuls, comme les rues Ernestine ou Léon, il s'agit en général de voies ouvertes sur des terrains privés et ensuite classées dans le domaine public. On ne garde pas la particule, comme la rue Doudeauville (M. de la Rochefoucauld-Doudeauville); par contre, un nom à particule commençant par un voyelle garde celle-ci. La rue de Jessaint est une entorse à cette règle, bien que commençant par une consonne, la particule est tout de même conservée. Les saints gardent leur distinction canonique, comme la rue Saint-Luc, sauf s'ils sont restés dans la postérité sous un nom particulier, comme pour la rue Pierre l'Ermite.

     

    Les rues de la Goutte d'Or

    Carte 3: le quartier de la Goutte d'Or en 2012 (Michelin)

     

    Dans le tableau ci-dessous, sont résumées les principales informations sur les voies de la Goutte d'Or. Pour rappel, la Goutte d'Or fût jusqu'au début du XIXe siècle un hameau du village de la Chapelle, situé dans le quadrilatère formé actuellement par les boulevard Barbès et de la la Chapelle et les rues des Islettes et de la Goutte d'Or (voir carte 1). Ensuite et jusqu'à l'annexion de des faubourgs en 1860, c'est un quartier en expansion de la Chapelle. Et enfin depuis 1860, la Goutte d'Or est le 71e quartier administratif de Paris (voir carte 4 ci-dessous), dont les limites sont marquées à l'ouest par le début du boulevard Barbès et la rue des Poissonniers, au sud par le boulevard de la Chapelle, à l'est par la rue Marx Dormoy et de la Chapelle et au nord par le périphérique et la commune de Saint Denis. 

    Les rues de la Goutte d'Or

    Carte 4 : les quartiers administratifs du 18e arrondissement de Paris

     

    Nous limitons ici artificiellement ses contours à un territoire plus restreint que la découpe administrative afin de correspondre à l'acception qu'en ont ses habitants, en ramenant sa frontières nord à la rue Ordener et à l'est par les voies de chemin de fer du Nord. Remarquons que ce découpage correspond peu ou prou aux limites en vigueur lorsque la Goutte d'Or était encore un quartier de la Chapelle, jusqu'en 1860 (voir cartes 2 et 3). Notons que ce que l'on appelle couramment aujourd'hui le quartier Barbès n'est qu'un usage informel récent pour dénommer les abords immédiats de la station de métro Barbès-Rochechouart, ce territoire à cheval sur les 9e, 10e et 18e arrondissements n'est pas à proprement parler un quartier. C'est donc abusivement que souvent on entend parler du quartier Barbès plutôt que du quartier de la Goutte d'Or.

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Nota : une grande partie des informations proviennent de la base de données mise à disposition sur le site de la ville de Paris. La nomenclature affichée fournit des renseignements utiles, toutefois on peut regretter quelques imprécisions et manques, voir quelques erreurs ainsi qu'une mise à jour qui se fait attendre. De plus l'histoire même du quartier, né de lotissements spéculatifs privés au début du XIXe siècle, rend difficile la datation exacte du percement des voies, contrairement aux voies d'initiative publique dûment documentées.

     

    Dénomination

    et origine  

     Ancienne

    dénomination

     Situation

     Date de

    percement

    Commentaire

    Rue Affre

    Denis Auguste Affre (1793-1848), archevêque de Paris blessé mortellement sur les barricades le 26 juin 1848

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    rue d'Alger depuis 1850 jusqu'en 1864 (ancienne commune de la Chapelle) 

     Commence au 18 rue Jessaint et finit au 7 rue Myrha

     vers 1840 "par madame veuve Desforges"

    Devient un voie publique par une délibération municipale de La Chapelle Saint-Denis du 19 mai 1850 

    Square Alain Bashung

    Alain Bashung (1947-2009), le chanteur ayant vécu Villa Poissonnière, très impliqué dans la vie associative du quartier

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

     

     16 rue de Jessaint

    2012 

     

    Place de l'Assommoir

    Référence au roman (et au café) éponyme de Zola qui se déroule dans le quartier

    Les rues de la Goutte d'Or

     

     9 Rue des Islettes

    1995

     

    Boulevard Barbès

    Armand Barbès (1809-1870), homme politique, farouche  opposant à la Monarchie de Juillet

    Les rues de la Goutte d'Or

    Ancienne partie du boulevard Ornano jusqu'en 1882

    Commence au 126  boulevard de la Chapelle et finit au 75 rue Ordener

    1863

     Son percement a absorbé une partie de la rue des Poissonniers et la rue Lévisse

    Rue Boris Vian

    Boris Vian (1920-1959) ayant vécu dans le 18e arrondissement

    Les rues de la Goutte d'Or

     

     Commence au 18 rue de Chartres et finit au 7 rue Polonceau

    1992 

     Cette rue piétonne se constitue principalement de deux volées d'escaliers

    Rue Caplat

    Nom du propriétaire du terrain

    Les rues de la Goutte d'Or

     

     Commence au 32 rue de la Charbonnière et finit au 33 rue de Chartres/47 rue de la Goutte d'Or

    vers 1840 

     Une des seules rues du quartier qui a conservé la totalité des constructions d'origine

    Rue Cavé

    François Cavé (1794-1875) industriel (locomotives), dont les ateliers se trouvaient dans cette rue

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

     

     Commence au 23 rue Stephenson et finit  au 28 rue des Gardes

     vers 1840

    Devient un voie publique de La Chapelle Saint-Denis en 1841 (Ordonnance royale du 14 mai 1841) 

    Il est à noter que, contrairement à la coutume,  François Cavé, à l'initiative du percement de la voie, a connu une rue à son nom de son vivant.

    Boulevard de la Chapelle

    Ancien village de la Chapelle

    Les rues de la Goutte d'Or

    A l'extérieur de l'ancien mur d'octroi : boulevard des Vertus, entre les rues d'Aubervilliers et Marx Dormoy ; boulevard de la Chapelle, pour le surplus. A l'intérieur de l'ancien mur d'octroi : chemin de ronde Saint-Denis, entre la rue du Faubourg Saint-Denis et la place de la Barrière Poissonnière, qui était située au débouché de la rue du Faubourg Poissonnière ; place de la Barrière Poissonnière. L'ancien boulevard de la Chapelle s'était appelé boulevard des Anges (?) entre les rues Marx Dormoy et de la Charbonnière. Précédemment boulevard Saint-Ange entre les rues de la Chapelle et de la Charbonnière. 

    Commence 43 rue du Château Landon/2 rue d'Aubervillier et finit au 2 boulevard Barbès/170 boulevard Magenta

    1789 

     Sous sa forme initiale, le boulevard de la Chapelle longeait  à l'extérieur le mur de l'octroi (qui se situait approximativement sur l'actuelle ligne d'arbres au Sud du boulevard). Après l'annexion des communes limitrophe en 1860, le mur qui entourait l'ancien Paris a été détruit et les chemins de ronde intégrés aux boulevards adjacents.

    Rue de la Charbonnière

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

     Commence au  23 rue Jessaint/1 rue de la Goutte d'Or et finit au 100 boulevard de la Chapelle

    vers 1820

     

    Elle forme une croix de saint André avec la rue de Chartres

    Devient une voie publique de La Chapelle Saint-Denis en 1842 (Ordonnance royale du 11 septembre 1842)

    Rue de Chartres

    Duc de Chartres, fils de Louis-Philippe, né en 1840

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Commence au 58 Boulevard de la Chapelle et finit au 10 rue Caplat/45 rue de la Goutte d'Or 

    vers 1820 

    Elle forme une croix de saint André avec la rue de de la Charbonnière

    Devient une voie publique de La Chapelle Saint-Denis en 1842 (Ordonnance royale du 11 septembre 1842)

    Passage Doudeauville

    Proximité de la rue Doudeauville

     

    Commençait au rue Doudeauville et finissait au 3 rue Marcadet

    1856 (voie privée)

    1911 (voie publique)

    scindé en 1896 et débaptisé  en 1931

    Il fut divisé en deux parties renomées rue Fancis Carco (de  de la rue Doudeauville à Stephenson) et Émile Duployé (de la rue Stephenson à la rue Marcadet)

    Rue Doudeauville

    M. de la Rochefoucauld-Doudeauville (1765-1841), sous-préfet de l'arrondissement de Saint-Denis

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Commence au 59 rue Marx Dormoy et finit au 16 rue Custine/58 rue de Clignancourt

    1826  (prolongée en 1847)

     

    Rue Émile Duployé

    Émile Duployé (1833-1912), abbé, auteur d'une méthode de sténographie

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Passage Doudeauville (jusqu'en 1931)

    Commence au 53 rue Stephenson et finit au 3 rue Marcadet 

     1856 (voie privée) 

    1911 (voie publique)

     Elle formait le passage Doudeauville avec l'actuelle rue Francis Carco avant le prolongement de la rue Stephenson

    Rue Erckmann-Chatrian

    Émile Erckmann (1822-1899) et Alexandre Chatrian (1826-1890), littérateurs

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Passage Lecante, puis partie de la rue Richomme  (jusqu'en 1904)

    Commence au 32-36 rue Polonceau et finit au 9 rue Richomme 

     

     

    Rue Ernestine

    Nom de la femme (ou la fille ?) du propriétaire du terrain

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Commence au 44 rue Doudeauville et finit au 25 rue Ordenner

     vers 1840

    Son prolongement jusqu'au boulevard de la Chapelle a longtemps été projeté avant d'être abandonné

    Rue Fleury

    Nom du propriétaire du terrain (?)

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Commence au 74 boulevard de la Chapelle et finit au 17 rue de la Charbonnière/13 rue de Chartres

    vers 1820 

    Devient une voie publique de La Chapelle Saint-Denis en 1842 (Ordonnance royale du 11 septembre 1842)

    Rue Francis Carco

    François Carcopino-Tusoli, dit Francis (1886-1958) écrivain français 

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Passage de la Goutte d'Or, de 1886 à 1971. Partie du passage Doudeauville de 1856 (ancienne commune de la Chapelle) à 1886 (avec la rue Emile Duployé)

    Commence au 26 rue Doudeauville et finit au 66 rue Stephenson

    1856 (Voie privée: passage Doudeauville)

    1886 (Passage de la Goutte d'Or)

    1911 (voie publique)

    C'est dans cette rue qu'habita l'Ogresse de la Goutte d'Or (tueuse en série)

    Rue des Gardes

     

    Les rues de la Goutte d'Or

    Chemin des Gardes-Françaises

    Rue Saint Charles dans la partie comprise entre la rue de la Goutte d'Or et la rue Polonceau jusqu'en 1868

    Commence 26 rue de la Goutte d'Or et finit au 43 rue Myrha

     avant 1840

    Cette rue suit le tracé d'un chemin longeant les moulins de la Butte des cinq Moulins

    Devient un voie publique de La Chapelle Saint-Denis en 1842 (Ordonnance royale du 11 septembre 1842)

    Rue de la Goutte d'Or

    Hameau de la Goutte d'Or

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Chemin de traverse de celui des Poissonniers au faubourg de Gloire

    Chemin neuf du Chemin des Poissonniers à la Chaussée Saint-Denis

    Chemin du hameau de la Goutte d'Or

    Commence au 2 rue de la Charbonnière/1 rue Polonceau et finit au 22 boulevard Barbès

    vers 1730 et 1839 pour le tracé et la dénomination actuelle

     Une des plus anciennes rues du quartier avec la rue des Poissonniers, elle a été amputée de sa première partie, devenue la rue de Jessaint

    Devient une voie publique de La Chapelle Saint-Denis en 1842 (Ordonnance royale du 11 septembre 1842)

     

    Rue des Islettes

     

    Ancien lieu-dit

     

     

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Rue Neuve de la Goutte d'Or   jusqu'en 1877 

    Commence au 112 boulevard de la Chapelle et finit au 57 rue de la Goutte d'Or 

     1839

     

    Rue Jean-François Lépine

    Jean-François Lépine (1811-1868), bienfaiteur de l'ancienne commune de La Chapelle

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

     

    Commence au 21 rue Marx Dormoy et finit au 12 rue Stephenson

    1892

     

    Impasse de Jessaint

    Proximité de la rue de Jessaint

    Rue de l'Isly (ancienne commune de la Chapelle)

    Impasse de l'Isly 

    Commençait au droit du 2 rue  de Jessaint (voir plus haut "impasse de l'Isly" sur la carte 2)

     

    Cette voie a disparu en XXXX afin de permettre l'élargissement des voies de chemin de fer de la gare du Nord

    Place de Jessaint

    Proximité de la rue de Jessaint

     

    Était située entre le boulevard de la Chapelle, le début de la rue de Jessaint et les voies de chemin de fer du Nord

    vers 1830 

    D'abord réunie à la place de la Chapelle en 1877, cette petite place  a disparue en XXXX afin de permettre l'élargissement des voies de chemin de fer de la gare du Nord

    Rue de Jessaint

    Le baron de Jessaint, sous-préfet de l'arrondissement de Saint-Denis en 1830

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    (voir rue de la Goutte d'Or)

    Commençait à ce qui correspond aujourd'hui au début de la rue Pajol, les huit premiers numéros ont été supprimés en 1860 lors de la création de la place de la Chapelle

    Commence au 30 place de la Chapelle et finit au 1 rue de la Charbonnière/2 rue Pierre l'Ermite

    1824

    1829 dans sa configuration actuelle

    Cette rue était initialement la première partie de la rue de la Goutte d'Or

    Rue de Laghouat

    Ville d'Algérie, campagne coloniale d'Algérie

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Rue de Mazagran (ancienne commune de la Chapelle) jusqu'en 1864

     Commence au 37 rue Stephenson et finit au 18 rue Léon

    vers 1840 

     Devient une voie publique de La Chapelle Saint-Denis en 1841 (Ordonnance royale du 14 mai 1841)

    Passage Léon

    Proximité de la rue Léon

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Passage Fauvet (Nom d'un moulin, ancienne commune de la Chapelle)

    Commence au 3 rue Saint-Luc et finit au 15 rue Saint-Luc

    visible sur des cartes du 18e siècle

    déclassé en 1991

    Ancien chemin de desserte du moulin Fauvet, aujourd'hui allée du square Léon

    Rue Léon

    Nom du propriétaire du terrain

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

     

    Commence au 34  rue Cavé et finit au 33 rue Ordener

    vers 1840 (de la rue Cavé à la rue Doudeauville)

    1863 (de la rue Doudeauville à la rue d'Oran)

    1909 de la rue d'Oran à la rue Marcadet

    1925 de la rue Marcadet à la rue Ordener

    Devient une voie publique de La Chapelle Saint-Denis en 1841 (Ordonnances royales du 14 mai 1841 et du 30 juillet 1841) 

    Square Léon

    Passage Léon

     

    Les rues de la Goutte d'Or

    Passage Fauvet (ancienne commune de la Chapelle)

    Passage Léon

    "La démole"   (terrain vague surnommé ainsi dans les années 1970)

    20 rue des Gardes

     

    Le square Léon se situe sur l'ancien terrain du moulin Fauvet

    Place Louis Baillot

    Louis Baillot (1924-2007) député de la 27e circonscription de Paris, député européen et conseiller de Paris

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

     

    Cette place est un tiangle formé par le croisement des rues Ernestine, Marcadet et Ordener

    2012

     

    Cité Marcadet

    Proximité rue Marcadet

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Cité Sainte Anne jusqu'en 1877

    Commençait 25 rue Marcadet

     

    Cette voie a disparu avec le percement de la section de la rue Léon entre la rue d'Oran et la rue Marcadet en 1909

    Rue Marcadet

    La Mercade ou la Marcadé, ancien lieu-dit

    Les rues de la Goutte d'Or

    Chemin des Boeufs

    Commence au 1 rue Ordener/65 rue Stephenson et finit au 86 avenue de Saint Ouen/233 rue Championnet

    Le chemin des Boeufs est indiqué en partie sur le plan de Jouvin de Rochefort  en 1672

    Jusqu'en 1867, elle commençait rue de la Chapelle, avant d'être absorbée en partie par le percement de la rue Ordener

    Rue Maxime Lisbonne

    Maxime Lisbonne (1839-1905) Communard, ancien directeur du théâtre des Bouffes du Nord

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

     

     

    Commence au 8 rue Émile Duployé et finit au 6 rue Ernestine

    2013

    Cette rue piétonne est la dernière née des voies du quartier

    Rue Myrha

    Nom de la fille du de Biron, maire de Montmartre (non vérifié

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Rue de Constantine pour la partie entre la rue Stephenson et la rue des Poissonniers (ancienne commune de la Chapelle) jusqu'en 1868 et rue Frédéric pour la partie entre la rue des Poissonniers et les rues Christiani/Poulet (ancienne commune de Montmartre)

    Commence au rue Stephenson et finit au 14 rue Christiani/2 rue Poulet

    vers 1840

     Devient une voie publique de La Chapelle Saint-Denis en 1841 (Ordonnances royales du 14 mai 1841 et du 30 juillet 1841) 

    Impasse d'Oran

    Proximité de la rue d'Oran

    Impasse du Cimetière (proximité du cimetière de la Chapelle)

    actuellement partie de la rue Pierre Budin

    Commençait au 54 rue des Poissonniers

     

    Cette voie a été absorbée par le percement de la rue Pierre Budin

    Rue d'Oran

    Ville d'Algérie, campagne coloniale d'Algérie

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Commence au 3 rue Ernestine et finit au 46 bis rue des Poissonniers

    vers 1840 

    Devient une voie publique de La Chapelle Saint-Denis en 1842 (Ordonnance royale du 11 septembre 1842)

    Rue Ordener

    Michel Ordener (1755-1811) et Michel Ordener, son fils (1787-1862), généraux de division français

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Commence au 73 rue Marx Dormoy/1 rue de la Chapelle et finit au 191 rue Championnet

    1867

    Son percement a absorbé le début de la rue Marcadet

    Rue de Panama

    Canal de panama

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

     

    Commence au 15 rue et finit au 32 rue des Poissonniers

    1884

    Cette voie forme un Y avec sa "jumelle",  la rue de Suez

    Rue Pierre Budin

    Pierre Budin (1846-1907), professeur agrégé à la Faculté de Médecine et membre de l'Académie de Médecine

    Les rues de la Goutte d'Or

    Impasse du Cimetière, puis impasse d'Oran (en partie)

    Commence au 49 rue Léon et finit au 54 rue des Poissonniers

    1906

    Cette rue est tracée sur l'ancien cimetière Marcadet et a abordé l'impasse d'Oran lors de son percement

     

    Rue Pierre l'Ermite

    Pierre l'Ermite (1050-1115), prédicateur de la première croisade

    Les rues de la Goutte d'Or

    Rue Ernestine prolongée jusqu'en 1874

    Commence au 2 rue Polonceau/26 rue de Jessaint et finit au 9 rue Saint Bruno

    1868 

    Son percement fait partie du projet de prolongement de la rue Ernestine (avec la rue Saint Jérôme), projet abandonné depuis

    Villa Poissonnière

    Proximité de l'ancienne barrière Poissonnière 

    Les rues de la Goutte d'Or

    Villa Dupuy (nom du propriétaire du terrain)

    Commence au 42 rue de la Goutte d'Or et finit au 41 rue Polonceau

    1841

    Voie privée qui a presque conservé son aspect d'origine

    Rue des Poissonniers

    Ancienne voie d'acheminement de la marée à Paris

    Les rues de la Goutte d'Or

    Chemin des Poissonniers

    Chemin de Saint Denis ("Chemin menant à La Franciade" pendant la Révolution)

    Commence 26 boulevard Barbès et finit au 1 rue Belliard/boulevard Ney

    Certainement chemin d'origine gauloise

    Ancien chemin emprunté par les chargements de poissons venant de la Manche vers Paris, avant le chemin de fer. Elle marquait la frontière entre les communes de Montmartre et la Chapelle jusqu'en 1860

    Rue Polonceau

    Antoine Rémi Polonceau (1778-1847), et son fils, Jean Barthélemy Camille (1813-1859), ingénieurs

    Les rues de la Goutte d'Or

    Chemin pour le service des moulins

    Chemin des Cinq Moulins

    Rue des Cinq Moulins

    Chemin des Couronnes

    Rue des Couronnes, jusqu'en 1864 (ancienne commune de la Chapelle)

    Commence au 2 rue de la Goutte d'Or/1 rue Pierre l'Ermite et finit au 8 rue des poissonniers

     

    Cette voie était le chemin de desserte des cinq moulins de la Butte des Couronnes

    Devient une voie publique de La Chapelle Saint-Denis en 1824 

     

    Rue Richomme

    Joseph Théodore Richomme (1785-1849), graveur

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Passage Lecante jusqu'en 1864

    Commence 25 rue des Gardes et finit au 10 rue des Poissonniers

    1843 

    Un arrêté préfectoral du 11 mai 1904 a donné le nom d'Erckmann-Chatrian à un tronçon de la rue Richomme qui débouchait rue Polonceau

    Place Saint-Ange

    Ancien hameau Saint Ange  (nom de l'ancien propriétaire du terrain)

     

    Croisement des rues de la Charbonnière et de Chartres 

    Vers 1830

    Supprimée en 1877 

    Une partie du boulevard de la Chapelle porta le nom de Boulevard Saint-Ange. Le pont surplombant les voies de chemins de fer du Nord porte encore le nom Pont Saint-Ange

    Square Saint-Bernard - Saïd Bouziri

    Église Saint-Bernard et (depuis 2012) Saïd Bouziri (1947-2009) militant des droits de l'homme tunisien qui a vécu dans le quartier de 1970 à 2009

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Square Saint-Bernard

    Place de l'église

    Place Stephenson

     16 rue Affre

    1891 

     

    Rue Saint-Bruno

    Saint-Bruno (XIe siècle), fondateur de l'ordre des Chartreux

    Les rues de la Goutte d'Or

    Rue de Valence (partie entre la rue Stephenson et rue Affre) 

    Commence au 13 rue Stephenson et finit au 6 rue Saint-Luc

    1850 entre les rues Stephenson et Affre

    1858 entre les rues Affre et Saint-Luc (alors partie de la place de l'église) 

    Au n°9 se trouve la salle Saint-Bruno. Cette ancienne chapelle de catéchisme est aujourd'hui un lieu de rencontre associatif central dans le quartier

    Rue Saint-Charles

     

     

     Commençait au 26 rue de la Goutte d'Or et finissait au 21 rue Polonceau

    Déclassée en 1868 

     La rue Saint-Charles a été adjointe à la rue des Gardes  en 1868

    Rue Saint-Jérôme

    Saint-Jérôme (346-420), père de l'Eglise  

    Initialement, partie de la rue Ernestine

     Commence au 8 rue Saint-Matthieu et finit au 11 rue Cavé

    1868 

    Son percement fait partie du projet de prolongement de la rue Ernestine (avec la rue Pierre l'Ermite), projet abandonné depuis)

    Rue Saint-Luc

    Saint-Luc, évangéliste

    Les rues de la Goutte d'Or

    Place de l'église 

     Commence au 10 rue Polonceau et finit au 21-25 rue Cavé

    1858 entre les rues Saint-Bruno et Saint-Mathieu 

     

    Rue Saint-Matthieu

    Saint-Matthieu, évangéliste

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Place de l'église 

     Commence au 21 rue Stephenson et finit au 8 rue Saint-Luc

    1858 

     

    Place Stephenson

    Proximité rue Stephenson

     

    Les rues de la Goutte d'Or

     

    Place de l'église

    16 rue Affre 

     

    Cette place a disparu avec la construction du Square Saint-Bernard

    Passage Stephenson Proximité rue Stephenson

    Passage Stephenson

     

    Commençait Boulevard de la Chapelle et finissait rue de Jessaint dans le prolongement de la rue Stephenson

     

    Ce passage a disparu avec l'élargissement des voies de chemin de fer du Nord

    Rue Stephenson

    George Stephenson (1781-1848), ingénieur anglais, construisit la première locomotive ; voisinage des ateliers du chemin de fer

    Les rues de la Goutte d'Or

    Chemin des Cinq Moulins

    Rue des Cinq Moulins   (entre les rues de Jessaint et Doudeauville)

     Commence au 12 rue de Jessaint et finit au 1 rue Marcadet /21 bis rue Ordener

    18XX (de la rue Saint-Matthieu à la rue Doudeauville)

    1859 (de la rue de Jessaint à la rue Saint-Matthieu)

    1863 (de la rue Doudeauville à la rue Émile Duployé)

    1892 (de la rue Emile Duployé et la rue Ordener) 

    Devient un voie publique de La Chapelle Saint-Denis en 1841 (Ordonnance royale du 14 mai 1841) 

    Rue de Suez

    Canal de Suez

    Les rues de la Goutte d'Or

     

     

     Commence au 1 rue de Panama et finit au 24 rue des Poissonniers

    1884 

     Cette rue forme un Y avec la rue de Panama

    Rue de Tombouctou

    Ville de l'ancien Soudan français, aujourd'hui Mali (campagne d'Afrique)

    Les rues de la Goutte d'Or

    Rue Eugène  Pottier 

     Commence au 52 boulevard de la Chapelle et finit au 11 rue Jessaint

    1896 

    Cette rue a été percée initialement pour prolonger la rue Stephenson 

    Rue de Valence

     

     

     Commençait au  13 rue Stephenson (alors rue des Cinq Moulins) et finissait au 14 rue Affre

    1850

     

     Cette rue a été absorbée par le percement de la rue Saint-Bruno

     

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  • À l'occasion de son cinquantième anniversaire, l'association Sauvegarde et Mise en valeur du Paris Historique s'associe à l'association Cavé Goutte d'Or pour organiser une visite-conférence du patrimoine historique de la Chapelle et de la Goutte d'Or. En qualité d'amateur passionné de l'histoire de la Goutte d'Or, l'auteur de ce blog est honoré d'être le conférencier qui guidera cette visite.

    Cette visite-conférence, "La Chapelle-Goutte d'Or, découverte du patrimoine méconnu historique et multiculturel du nord de Paris", propose de sillonner à travers les rues de l'ancien village de la Chapelle et de son hameau la Goutte d'or pour découvrir l'histoire de cette commune annexée en 1860 à Paris qui forme aujourd'hui le 18e arrondissement de Paris avec Montmartre. Histoire des habitants et des activités, évolutions urbaines, architecture rurale, industrielle et faubourienne, mais également les transformations urbaines récentes seront au menu de cette promenade.

    Le rendez-vous est fixé à 16h à la sortie du métro Marx Dormoy le vendredi 11 octobre 2013 (durée: deux heures).

    Visite gratuite. Parcours et renseignements : Cavé Goutte d’Or.

    JRB

     

    Visite de la Goutte d'Or

     

     

    A la suite de cette visite et toujours dans le cadre de son cinquantenaire, Sauvegarde et Mise en valeur du Paris Historique organise également un rallye ouvert à tou-te-s, Samedi 12 et Dimanche 13 octobre 2013. Rallyes : un circuit à travers la Goutte d'Or est proposé dans le cadre des 50 ans de Paris historique.

    (infos et bulletin d'inscription : http://www.paris-historique.org/?p=149)

     

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